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Le zéro déchet a désormais son ouvrage "Pour les nuls" [INTERVIEW]

Louise Salvati a lancé son blog zéro déchet "Luizzati" en 2015.
©Louise Salvati

Après "Internet pour les nuls" ou "La politique française pour les nuls" entre autres, voit le jour ce 7 juin "Le zéro déchet pour les nuls".     

Derrière la rédaction de ce nouveau cahier publié dans la collection "Pour les nuls", Louise Salvati, l'auteure du blog zéro déchet à succès "Luizzati". ID s'est entretenu avec cette Lilloise engagée dans la réduction des déchets, également conférencière et animatrice d'ateliers de création et de coaching.

Pourquoi avoir décidé de rédiger "Le cahier zéro déchet pour les nuls" et quels types d’astuces y retrouve-t-on ?

C’est un projet que l’on m’a proposé et c’était un peu un rêve pour moi : il s'agit d'un cahier "coach", dans l’action et la pratique, plus concret que les gros livres "Pour les nuls" que l’on connaît. Cela s’adresse à tout le monde, à moins d’être déjà complètement à fond dans le zéro déchet. J’explique comment agir dans chaque aspect de notre vie pour produire moins de déchets. Beaucoup de livres sont sortis ces derniers mois sur le zéro déchet, ils sont tous géniaux mais je voulais vraiment que les gens puissent s’identifier dans cet ouvrage et s’impliquer dans cette démarche en répondant à des questionnaires et en se rendant compte de leur évolution.

Que devraient commencer par faire les "nuls" en zéro déchet ?

Aujourd’hui, les gens se disent que le zéro déchet est tendance, ils veulent avoir chez eux un livre sur le zéro déchet… Mais avant de faire leurs courses en vrac, ils doivent savoir pourquoi ils veulent le faire, si c’est pour économiser de l’argent, si c’est pour leur santé… Connaître leur motivation profonde les aidera à tenir. Ensuite, il faut toujours avoir en tête la préservation des ressources naturelles en amont et avoir le réflexe de minimiser les emballages par exemple, avant même de penser au recyclage.

A titre personnel, d’où vous est venue cette volonté de limiter autant que possible vos déchets ?

Tout a commencé fin 2014 : depuis des mois, je me posais déjà des questions sur ma façon de consommer, j’étais une sur-consommatrice très accro à la mode et je voyais que cela me rendait de plus en plus malheureuse. Le déclic a été un repas de famille à Noël : on m’a offert plein de cadeaux dont je n’avais finalement pas besoin, ce n’était que du plastique qui allait finir à la poubelle et cela a engendré une montagne de déchets d’emballages cadeaux. Je me suis dit qu’on était des milliards à fêter Noël dans le monde et que ce qui se passait chez moi devait sûrement se passer ailleurs. J'ai trouvé que cela n’avait aucun sens. Cet événement a été l’élément déclencheur : je me suis même dit que j’aurais dû réagir plus tôt. A partir de là, j’ai commencé à tout changer.

Tout le monde a été choqué de savoir que je lançais un blog zéro déchet. Les gens se sont dit : 'Cette fille-là parle d’environnement ?'. Les réactions ont été extrêmement critiques, dans le mauvais sens. On m’a dit que j’étais une hippie, une rebelle, qu’il fallait vivre avec son temps…

Concrètement, comment vous y êtes-vous mise ?

J’ai d’abord essayé de comprendre pourquoi je voulais faire ça : je voulais déjà simplifier ma vie que je trouvais trop compliquée, mais aussi réduire mon impact environnemental. J’ai fait beaucoup de recherches sur le zéro déchet mais à l’époque il n’y avait pas grand-chose. J’ai aussi commencé par fouiller ma poubelle : j’ai réalisé que je n’avais aucune notion de ce que je jetais. Je ne savais pas que je consommais autant de pots de yaourt ! J’ai ensuite fait un grand tri chez moi pour me libérer de tout ce qui ne me servait à rien. Durant les six mois suivants, j’ai changé mon mode de fonctionnement avec mon compagnon sans en parler à personne pour éviter que l’on nous démotive, et par la suite, une amie m’a conseillé de lancer un blog pour partager mes astuces. C’est ce que j’ai fait en juin 2015.

Comment ce blog a-t-il été accueilli ?

Quand j’ai dit autour de moi que je lançais un blog, on m’a dit : "Ah, tu lances un blog beauté ?". Tout le monde a été choqué de savoir que je lançais un blog zéro déchet. Les gens se sont dit : "Cette fille-là parle d’environnement ?". Les réactions ont été extrêmement critiques, dans le mauvais sens. On m’a dit que j’étais une hippie, une rebelle, qu’il fallait vivre avec son temps… On a pensé que c’était ma lubie du moment et que ça allait me passer. Mais au final, il y avait quand même pas mal de lecteurs dès le début. Cela m’a confortée dans l’idée que ce que je faisais avait un sens et pouvait aider d’autres gens.

Louise Salvati est également la cofondatrice de CoZie, une marque française de cosmétiques zéro déchet pour toute la famille.
©Luizatti

Que partagez-vous sur ce blog ?

J’ai décidé d’y partager des expériences sans filtre et sans que ce soit anxiogène. Quand on parle des ours polaires qui sont en train de mourir en Arctique, cela fait culpabiliser les gens et ils se mettent dans une bulle. J’explique comment je fais mes courses, comment je consomme la mode, je partage mes recettes zéro déchet… 

A votre avis, pourquoi le zéro déchet connaît-il un tel engouement depuis quelques années ? Ne craignez-vous pas qu’il s’agisse d’un "effet de mode" prêt à retomber ? 

Je pense qu’il y a une vraie prise de conscience des gens depuis 10 ou 15 ans, notamment avec Al Gore et son documentaire "Une vérité qui dérange" sur le changement climatique… Mais maintenant les gens en ont marre qu’on leur fasse peur, ils cherchent des solutions agréables, qui leur apportent du temps, du bonheur, et leur permettent d’agir pour l’environnement. Les êtres humains restent des gens égoïstes, ils ont aussi besoin de trouver un intérêt personnel à agir. Pour l’effet de mode, j’y pense ces derniers temps, avec tout cet engouement. J’essaie de faire comprendre aux gens que c’est un nouveau mode de vie et non une tendance.

C’est bientôt l’été. Vous avez réalisé un tour du monde zéro déchet : quels conseils donneriez-vous aux lecteurs d’ID pour passer des vacances peu polluantes ?

Effectivement, on a fait un tour du monde zéro déchet avec mon compagnon : on ne voulait pas mettre de côté nos valeurs pendant ce voyage. C’était difficile d’être complètement zéro déchet, on a essayé de voir quelles alternatives on pouvait trouver dans chaque pays : on est revenus avec 2,6 kg de déchets à deux pour neuf mois de voyage, on était assez contents. De manière générale en vacances, mieux vaut éviter l'avion autant que possible, refuser les pailles en plastique pendant les apéritifs, profiter des marchés de fruits et légumes en emmenant un sac réutilisable, prendre une gourde et éviter les petites bouteilles d’eau… Ce sont plein de petits gestes qui font la différence.

©Couverture de l'ouvrage "Le cahier zéro déchet pour les nuls"