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Conso

Avec cette application, vous allez connaître l'impact des produits que vous consommez sur la société

©RobertKneschke/Shutterstock

Le lundi 1er octobre était organisée en France une "journée sans achat" pour maintenir la pression sur les politiques et surtout les entreprises après la marche internationale pour le climat. Comment se renseigner sur ces campagnes de boycott et surtout comment apprendre à mieux consommer ? Rencontre avec Levent Acar, co-fondateur de l'association i-buycott à l'origine de l'application du même nom.

Après les boycotts citoyens, vous lancez une nouvelle initiative ? 

Exactement, nous allons donner des outils aux citoyens pour qu'ils puissent connaître au quotidien l'impact des produits qu'ils consomment sur la société et la santé. Pour l'instant, seuls les produits alimentaires sont concernés. Par exemple, vous scannez un produit de la marque "Innocent" et vous saurez que c'est un produit naturel mais qu'il est actuellement la cible d'une campagne de boycott car il appartient à Coca Cola, lui-même visé pour sa gestion de l'eau, notamment au Mexique. Dans un premier temps, les utilisateurs ne pourront être informés que des campagnes actives sur BuyOrNot qui est une plateforme ouverte à tous. Dans un second temps, nous prévoyons également d'inclure les actions d'autres ONG ainsi que des indicateurs plus factuels sur les entreprises. Pour l'instant, nous en discutons encore avec nos partenaires intéressés. 

Un des enjeux pour informer les citoyens sur l'impact de leur consommation à tous les niveaux, c'est de collecter une base de données suffisante sur les produits et les entreprises. Comment y parvenez-vous ? 

C'est effectivement un point important de notre travail. Par exemple pour la multinationale Nestlé, lorsqu'un scandale environnemental éclate, le consommateur se rend compte du nombre de filiales qui appartiennent à cette entreprise et automatiquement il est démotivé. Il est découragé parce qu'il réalise que ce sont des produits qu'il utilise au quotidien. Mais retrouver cette information plus tard permet de responsabiliser le consommateur. Donc ce que nous allons faire c'est construire une base de marques ciblées par des campagnes de boycott. C'est une construction qui se fait en parallèle des données récoltées avec Open Food Facts pour l'aspect santé. 

Vous prévoyez d'augmenter le nombre de produits ciblés en élargissant votre base de données aux campagnes de boycott d'autres associations. Le consommateur ne risque-t-il pas de ne plus rien pouvoir acheter ? 

Il pourra toujours consommer mais il pourra consommer de manière consciente. C'est-à-dire qu'on peut être informé de l'existence d'une campagne et refuser d'y participer. Tout comme il peut choisir de continuer à consommer un produit trop sucré, il peut continuer d'acheter un produit qui est la cible d'un boycott. La première étape pour nous, c'est d'apporter cette information au consommateur qui a toujours le choix. 

Comment garantissez-vous votre indépendance ? 

C'est une question importante. Actuellement nous somme une association à but non lucratif reconnue d'intérêt général, ce qui est très important pour nous. Le second point qui assure notre indépendance, c'est l'aspect participatif et collaboratif de nos campagnes. À l'heure actuelle, ce sont les citoyens qui décident de mettre en place des campagnes suite aux réponses des entreprises. Nous ne décidons pas de clôturer une campagne qui est publiée. 

Cette indépendance rend-elle le financement difficile ? 

Aujourd'hui, nous avons un modèle économique hybride. La grande majorité de notre financement provient des dons qui sont au minimum d'un euro par mois. Actuellement plus de 1100 donateurs mensuels nous soutiennent. Nous bénéficions également de l'aide des citoyens à travers le moteur de recherche Lilo qui permet à ses utilisateurs de redistribuer les "gouttes" gagnées avec des recherches à des associations. Nous réalisons aussi des formations pédagogiques de sensibilisation auprès d'écoles et d'associations. On a aussi mis au point un "serious game" qui permet de relever les mécanismes de la société de consommation en proposant aux utilisateurs de jouer le rôle d'un élu, d'un consommateur ou d'un chef d'entreprise. Le but est de montrer les limites et les dérives de la société notamment avec l'influence des lobbys.

Donc vous pouvez garantir une indépendance totale vis-à-vis des informations que vous communiquez aux consommateurs ? 

Effectivement, notre objectif n'est pas de créer un "business" mais de donner des outils aux consommateurs et de faire pression sur les entreprises afin qu'elles évoluent dans leurs fonctionnements. C'est inscrit dans l'ADN de notre association, c'est notre idéal. Même si ça peut paraître utopique à certains, grâce au soutien des citoyens, on arrive à faire bouger les lignes. 

Comment vous soutenir concrètement ? 

Vous pouvez faire un petit don unique ou mensuel sur notre site ou notre application, sachant qu'il est déductible des impôts. Nous avons choisi de fixer la limite minimum à un euro pour que ce don soit accessible à tous. De notre côté, ça nous permet de subvenir aux besoins de l'association. En effet, nous sommes une équipe avec un salarié, 150 bénévoles ainsi que des volontaires en service civique. 

Avez-vous un conseil indispensable pour être un consommateur responsable ? 

Le plus important c'est de ne pas seulement juger un produit sur son aspect nutritionnel. Un produit est bon s'il est bon pour moi, pour nous et pour la planète. Autrement dit il faut vraiment prendre en compte l'impact écologique, parce que nous sommes complices de ce que nous achetons. Chaque fois que nous dépensons de l'argent, nous votons pour le type de monde que nous voulons.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Pour écouter la chronique Social Lab :