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Transition écologique : les opérateurs de télécom ont un rôle à jouer

Marion Graeffy, co-fondatrice de TeleCoop.
© TeleCoop/Mary Lou Mauricio

Entretien avec Marion Graeffy, co-fondatrice et directrice générale de TeleCoop, un opérateur télécom coopératif engagé dans la transition écologique et solidaire. Fondée en avril 2020 par quatre citoyens, la coopérative a été créée “pour permettre à tous de se réapproprier ses usages numériques et pour offrir des services télécoms plus écologiques et plus respectueux de la vie privée”.  

Avec près de 5 500 abonnés et 900 sociétaires, TeleCoop propose des abonnements mobiles qui permettent d’être facturés en fonction de sa consommation de données mobiles réelles ou d’obtenir une aide financière à la réparation de son mobile. Pour en savoir plus, interview avec Marion Graeffy, co-fondatrice et directrice générale de TeleCoop

Qu’est ce qui change entre un opérateur de téléphonique classique et un opérateur coopératif comme vous ?

Ce qui change, ce sont nos objectifs. Nous sommes une coopérative et plus particulièrement une SCIC, société coopérative d'intérêt collectif. Nous sommes donc dans nos statuts une entreprise à lucrativité limitée ce qui veut dire que notre premier objectif n'est pas nécessairement de rémunérer nos actionnaires comme cela peut être le cas pour un opérateur classique. Notre objectif premier est bien sûr de créer et développer une entreprise rentable pour assurer sa pérennité mais c'est surtout de pouvoir innover et proposer des solutions au service de la transition écologique et sociale de notre secteur d'activité. 

 
C'est important car le numérique représente actuellement 4% des gaz à effet de serre au niveau mondial et cela pourrait passer à 8% d'ici 2025. Porte d’entrée dans le numérique, l’opérateur télécom a une forte responsabilité dans la manière dont il encourage à consommer le numérique
Dans notre cas, être une coopérative change tout dans la manière dont nous prenons nos décisions et nous accompagnons nos clients. 
Par exemple, TeleCoop a fait le choix de ne pas vendre directement de mobile pour ne pas dépendre dans notre modèle économique de la vente de matériel et donc d’être tenté de pousser ses abonnes à en changer. 
Pourquoi ? Tout simplement parce que le matériel dont nous avons besoin pour nous servir du numérique représente 75% de l'impact environnemental du numérique. A la place, nous proposons des solutions à nos abonnés pour qu'ils puissent garder leur mobile le plus longtemps possible ou leur proposons des offres pour s'équiper de manière durable.

L’expérience client est-elle la même que chez un opérateur classique ?

Les offres mobiles de TeleCoop sont basées sur le réseau d'Orange ce qui permet à nos clients de bénéficier de la meilleure couverture en France et des services en Europe et dans le monde. Ensuite, nous permettons à nos abonnés de conserver leur numéro et nous nous occupons de la résiliation de leur contrat en cours auprès de leur opérateur actuel. Cependant, la grande différence est probablement le rôle de notre service client. En effet, il est présent pour accompagner chacun dans ses usages et il prend le temps de le faire. Son rôle n'est donc pas de proposer des services en plus ou de nouveaux smartphones à ses abonnés.

Si tout est mieux, quels sont encore les freins pour s'abonner passivement chez vous ?

Le frein principal est le fait que nous soyons pour le moment assez peu connus par le grand public. Mais cela change avec le temps ! L'autre frein réside également dans le fait que nous soyons très peu nombreux à connaitre notre consommation de données mobiles réelles.

Chez TeleCoop, nous proposons un forfait qui facture ses abonnés en fonction de leur consommation de données mobiles réelles pour permettre à chacun de reprendre conscience de ses vrais besoins et mettre son mobile à sa juste place. 

Sur un marché où les opérateurs proposent des forfaits avec un nombre de plus en plus importants de données mobiles sans tenir compte des besoins réels de leurs abonnés, c'est un nouveau type d'habitude à installer mais on le fait sur nos consommations d'électricité ou d'eau, alors pourquoi pas sur le numérique qui n'est pas non plus une ressource illimitée de par ses impacts.

Les télécommunications représentent-ils un enjeu stratégique ?

Oui, les télécommunications sont devenues notre principale manière de communiquer, de s'organiser et de faire face à des crises actuelles ou futures. Cependant, les télécommunications en France sont détenues majoritairement par des acteurs privés. Même si l'Etat a un rôle de régulateur dans la façon dont les opérateurs investissent sur leur réseau, les réseaux restent majoritairement privés. Quand on compare au fonctionnement des réseaux d'eau ou d'électricité et quand on mesure l'importance des réseaux de télécommunication, on est en droit de s'interroger. Comment l'intérêt collectif sera défendu en cas de problème d'accès au réseau ? Comment pourrons-nous nous assurer que nous pourrons toujours avoir accès de manière équitable à la ressource numérique ? 

En période de crise écologique, les consommateurs sont aussi pris en étau entre volonté de changement et une vie de plus en plus chère…

L’adoption de comportement sobre doit devenir à la fois quelque chose de désirable, de par les valeurs et le mode de vie défendus, mais aussi quelque chose d'intéressant économiquement. C'est la raison pour laquelle nous œuvrons à la fois pour permettre à chacun d'être facturé sur la base de sa consommation de données mobiles réelles. Ainsi moins on consomme, moins on paye. Au-delà de cela, il faut mesurer l'ensemble des coûts liés au numérique. Quand son opérateur n'encourage pas à changer de mobile, nous aide à le réparer et à le maintenir ou encore nous conseille sur la façon de choisir un mobile durable, cela représente aussi des économies sur le plus long terme. 
Pour certains, cela peut sembler cher. Dans ce cas, nous les invitons à se reposer la question des besoins concrets qu'ils ont dans leur utilisation du numérique. On peut mettre en place des mesures de sobriété sans passer chez TeleCoop ! Mais bien sûr, plus nous serons nombreux, plus nous serons en capacité de porter notre message de sobriété au plus grand nombre et ainsi œuvrer à la transformation plus globale du secteur des télécoms pour qu'il soit porteur de solutions pour la transition écologique.

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