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Transition alimentaire : une association sauve les choux-fleurs non-transformés

Hadenn travaille au développement des choux-fleurs non-CMS.
©Hadenn

La Fondation Carrefour s'engage en faveur de la transition alimentaire solidaire en soutenant des projets axés sur l'anti-gaspillage solidaire, l'agriculture durable et solidaire, et/ou l'engagement sociétal. ID vous propose un dossier spécial publié à l'occasion de ses 20 ans : zoom sur l’un des projets qu’elle soutient aux côtés d’Hadenn.

L’association bretonne Hadenn s’est donné pour mission de sauver les productions de choux-fleurs dits "non-CMS". Autrement dit, des légumes non-transformés. Elle mène pour cela de vastes projets de recherches et d’essais pour développer de nouvelles variétés. Entretien avec son Président Luc Calvez.

Qu’est-ce que le projet Hadenn ?

Hadenn, qui signifie "graine" en breton, est une association dont les membres sont également producteurs au sein de la coopérative BioBreizh. Nous avons choisi ce nom puisque le projet consiste à produire et multiplier de semences de choux-fleurs non-CMS (stérilité mâle cytoplasmique, ndlr).

Nous menons des essais depuis 2018 : cela prend du temps et nous commençons juste à voir les premiers résultats. Pour cela, nous avons deux prestataires techniques sur les semences, qui réalisent des croisements dans des tunnels sous abri puis des essais chez une dizaine de producteurs de l’association. L’idée est donc de pouvoir d’ici quelques années avoir des graines de choux-fleurs non-CMS qui pourront être multipliées et distribuées aux adhérents de BioBreizh. Nous cherchons un certain respect de la production et une éthique à travers un cahier des charges exigeant.

Les productions CMS sont incompatibles avec notre cahier des charges et la philosophie que l’on se fait de la culture biologique.”

Qu’est-ce qu’une semence dite "CMS" ?

Les semences CMS apparaissent dans la grande famille des crucifères. Pour le cas du chou-fleur, il s’agit de l’utilisation de la stérilité mâle naturellement présente chez le radis, qui est introduite artificiellement dans les cellules de choux en laboratoire (utilisation de la technique par fusion de protoplastes). Les producteurs souhaitent préserver la diversité des légumes cultivés, c’est pourquoi nous nous engageons à ne pas utiliser les variétés issues de la stérilité mâle cytoplasmique (CMS) ou des nouvelles techniques de croisement des plantes (NBT, New Plant Breeding Techniques), qui visent à développer des résistances aux maladies et bloquent la reproduction. Par précaution également pour le consommateur, Hadenn travaille sur le développement de semences qui donneront des légumes non-transformés.

Retrouvez l'ensemble de notre dossier sur la transition alimentaire solidaire par ici !

Pourquoi fallait-il créer de nouvelles semences précisément sur les choux-fleurs ?

En termes de chou-fleur non-CMS, nous constatons ces dernières années une réduction de plus en plus importante des variétés proposées sur les catalogues des semenciers : on se retrouvait donc avec des variétés manquantes en hiver, ce qui est aberrant en Bretagne, puisque c’est le fleuron de la production de chou-fleur. Il fallait absolument combler ces trous en favorisant l’émergence de variétés nouvelles.

Les semenciers développent de plus en plus de graines CMS au détriment de graines non-CMS. Malgré nos interpellations et de nos inquiétudes partagées sur la baisse de ces ressources, les fournisseurs de graines n’ont que très peu bougés. Les producteurs ont réagi de leur côté en prenant leur destin en main et essayant de produire une partie de leurs propres graines. L’association essaye donc de développer des variétés rustiques, du terroir, avec une génétique vraiment adaptée à la Bretagne et ses conditions de production.

Il y a un appauvrissement génétique continu des variétés que l’on peut trouver sur le marché. Il est donc nécessaire pour les producteurs de gagner en indépendance...”

On ne trouve donc presque plus de variétés non-CMS dans les rayons des supermarchés ?

Exactement. Il y a un appauvrissement génétique continu des variétés que l’on peut trouver sur le marché. Il est donc nécessaire pour les producteurs de gagner en autonomie... La difficulté pour nous, c’est que l’on doit créer une variété tous les quinze jours car les choux-fleurs ne se conservent pas au champ. Cet aspect rend le projet très technique et très complexe.

Il faudrait donc se séparer des maisons grainières ?

On ne peut pas s’en séparer totalement... Mais on est obligé d’avoir des mots forts, d’être un peu "réac’" puisqu’il faut faire bouger les choses. Et c’est compliqué de communiquer là-dessus puisque d’un côté, on peut expliquer cela aux professionnels du milieu qui comprendront facilement la démarche mais d’un autre, c’est plus délicat auprès du grand public car la CMS n’est pas reconnue au même titre que les OGM.

Je pense qu’il faudrait donc agir en termes de protection des populations, comme dans certains pays limitrophes comme l’Allemagne ou l’Autriche qui connaissent beaucoup de mouvements de producteurs en ce sens, des coopératives, et même certains grands magasins qui s’engagent dans des cahiers des charges pour protéger leur consommateur...

C’est justement ce que fait Carrefour en France ?

Oui ça été le cas de Carrefour par exemple, qui dès le début, a refusé les CMS au même titre que les OGM dans les productions de ses partenaires. On voit aussi timidement d’autres enseignes se positionner là-dessus : c’est notamment le cas de Biocoop... Mais Carrefour est vraiment précurseur sur cet aspect. De notre côté, dans le cadre du projet avec la Fondation, l’objectif est de pouvoir fournir les magasins en choux-fleurs de variétés non-CMS qui correspondent à notre cahier des charges.

Aujourd’hui, la coopérative BioBreizh, grâce au travail de l'association Hadenn, commercialise quelque 3000 tonnes de choux-fleurs non-CMS par an. Si plus de soixante croisements de ces légumes sont actuellement toujours à l’essai au sein du laboratoire, 22 semences paysannes différentes ont d’ores et déjà été produites par les adhérents.

En partenariat avec la Fondation Carrefour.

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