Chronique "Rien de neuf"

"Rien de neuf" (ou presque) en avril : résister à la tentation du marketing

©Gaëlle Coudert/ID

L'association Zero Waste France a lancé le défi "Rien de neuf" en début d'année. L'objectif : n'acheter aucun objet neuf en 2018. Gaëlle, notre rédactrice en chef, a décidé de se lancer et de faire le point chaque mois sur son expérience.

Cela me paraissait plutôt simple jusqu’ici. Mais mon quatrième mois de défi "Rien de neuf" m’a semblé plus difficile à tenir. En résumé, je l’avoue, j’ai failli céder à la tentation de l’achat. Faute avouée à demi pardonnée, et puis le coupable est tout trouvé : le marketing, ai-je décidé de conclure.

Tout a commencé quand j’ai décidé de partir en vacances au Brésil. Terrible erreur ? Sans parler de mon bilan carbone que je n’ai pas vraiment contribué à améliorer… Lieu du crime : l’une des nombreuses boutiques de tongs Havaianas présentes à Rio. Les fameuses sandales brésiliennes en caoutchouc que l’on retrouve maintenant sur toutes les plages du monde. Des bleues, des roses, des fleuries, des dorées. Puis des modèles miniatures "La Reine des neiges" ou "Star Wars" pour petits garçons et petites filles. Il y en a pour tous les goûts, alignées sur de grands présentoirs multicolores. Voilà une marque qui sait comment se vendre. Tout le monde la connait, et tout le monde veut avoir une (ou plusieurs) paire(s) de tongs Havaianas, surtout au Brésil, où elles sont fabriquées. D’ailleurs, je n’ai plus qu’une paire... J’aimerais vraiment en avoir une autre… La paire dorée que je viens de décrocher du présentoir par exemple ? Je suis avec une amie qui ne participe pas au défi. Elle en a choisi pour elle et ses enfants. Moi, j’hésite, puis je me décide à les reposer. Je n’en ai pas vraiment besoin, et quitte à enfreindre les règles du défi, autant le faire pour faire plaisir à quelqu’un, plutôt que m’offrir égoïstement un nouvel accessoire... Bref, devant mon hésitante résignation, mon amie a décidé de me les offrir. Super, j’ai gagné une paire de tongs neuve sans tout à fait briser les règles du défi ! Un peu hypocrite, n’est-ce pas…

Les solutions d’occasion

Pour les besoins de cet article, je suis allée faire un tour sur l’appli Vinted, pour voir si j’aurais pu procéder autrement et en trouver d’occasion. Il y en a à foison (plus de 500 annonces) … Dont certaines ont à peine été portées, et sont finalement bien moins chères que celles achetées au Brésil (déjà moins chères que des neuves achetées en France). Même chose sur Leboncoin. Rien sur Videdressing, mais en revanche, dans le même style, de magnifiques sandales Hipanema… Bref, j’avais clairement de nombreuses solutions durables de seconde main à portée de clic.

Alors pourquoi ne pas avoir attendu ? Certainement parce-que comme beaucoup d’entre nous, je n’ai pas vraiment l’habitude d’attendre pour avoir ce que je veux. Peut-être aussi parce-que je me suis laissée corrompre par la (très bonne) stratégie marketing de la marque, qui m’a laissé penser que j’avais absolument besoin – tout de suite – de nouvelles tongs en caoutchouc. C’est un peu le mal de la société moderne : trop de biens produits et trop d’envies créées artificiellement chez les consommateurs… Alors qu’en réalité, accumuler des objets ne rend pas plus heureux. J’en suis consciente. Et je me sens d’ailleurs beaucoup mieux depuis que j’ai fait le tri dans mes affaires pour ne garder que l’essentiel. Mais je pense que ce n'est pas si mal de ne pas trop se mettre la pression. Je pense que c'est surtout cette prise de conscience, l’objectif du défi "Rien de neuf". À long terme, sans aller jusqu’à ne rien acheter indéfiniment, s'interroger sur la nécessité de chaque acte d'achat.