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"Quand il y a des offres équitables sur le marché, les consommateurs répondent présent"

Le commerce équitable veille à une juste rémunération des producteurs.
©Julie Stoll

Rémunérer correctement les producteurs et veiller à la transparence auprès des consommateurs, c’est le défi du commerce équitable. Entretien avec Julie Stoll, déléguée générale de Commerce équitable France.

Quels sont les chiffres marquants du commerce équitable en 2021 ? Comment cette filière évolue-t-elle ? Julie Stoll, déléguée générale de Commerce équitable France, organisation de professionnelle du secteur, explique quels sont les enjeux du commerce équitable.

Y a-t-il une cristallisation autour des relations Nord/Sud dans le commerce équitable ?

Cette cristallisation a une origine historique, puisque le commerce équitable, dans sa forme moderne, est issu des premières relations avec les producteurs de café au Mexique. Aujourd’hui, environ deux tiers des ventes du commerce équitable en France sont des produits issus des pays du Sud. Le travail que font les entreprises avec des partenaires du Sud permet d’avoir un impact positif. Au vue de la place que prennent beaucoup de producteurs français dans les chaînes de valeur agricole et les revenus qu’ils tirent de leur activité, nous pensons qu’il est important de développer des relations de commerce équitable avec ces derniers. Depuis 2015, la filière française s’est beaucoup développée et pèse pour un tiers des ventes du commerce équitable. 

De quoi peut-on être certains quand on achète un produit estampillé commerce équitable ?

En France, le commerce équitable est une allégation protégée par la loi. Il s’agit d’une relation qui se base sur un prix établi à partir d’un coût de production. Nous sommes alors certains que les travailleurs et les producteurs agricoles vont avoir une rémunération décente. C’est la promesse du commerce équitable. La loi prévoit aussi d’autres critères comme une relation durable et une contractualisation sur la durée, mais aussi des garanties de transparence et de traçabilité tout le long de la chaîne. Depuis l’année dernière, il y a également des critères d’investissement dans la transition écologique et agroécologique ainsi que d’engagement de l’entreprise dans des activités de sensibilisation des consommateurs sur les thématiques de production durable. Nous considérons ces critères indispensables. Les chiffres du commerce équitable sont toujours basés sur la compilation des données de ventes des produits qui ont un label. Sur un produit issu du commerce équitable, il y a environ 200 points de contrôle qui vont du producteur jusqu’à l’entreprise. Nous avons donc beaucoup de garanties. 

Il n’y a pas de label unique pour le commerce équitable. Comment le consommateur peut-il s’y retrouver ?

Il y a une diversité de labels commerce équitable. Nous en comptons huit. Il y a le label Fairtrade qui est le plus connu, celui de la World Fairtrade Organisation qui est historique dans le secteur de l’artisanat et de la décoration. Fair for Life est porté par Ecocert. Bio Partenaire est équitable et bio. SPP et Agri Éthique France sont les symboles des producteurs paysans des pays du Sud. Pour ceux qui souhaitent partir en vacances de manière équitable, il existe Tourisme équitable.

Vous allez dévoiler l’observatoire du Commerce équitable 2021. Quels sont les chiffres à retenir ?

Nous observons une croissance exceptionnelle de 11% en 2021. De plus, les filières des pays du Sud et les filières françaises sont toutes deux en progression avec une croissance de 12% pour l’une et 9% pour l’autre. Cette croissance s’explique notamment par l’implication des entreprises. Il y a une augmentation du nombre de références équitables, c'est-à-dire le nombre de produits différents qui sont proposés aux consommateurs.

Il y a environ 500 entreprises en France qui proposent des produits issus du commerce équitable."

Y a-t-il des secteurs ou des produits particulièrement concernés par le commerce équitable, notamment en France ? 

Sur les filières françaises de commerce équitable, les produits laitiers connaissent une forte croissance avec une augmentation de 44% entre 2020 et 2021. Cela concerne environ 14% des produits équitables français. Il s’agit d’un marché encore modeste qui représente une centaine de millions d’euros. Nous notons néanmoins une progression très forte due à la prise de conscience des Français face à la difficulté des producteurs et éleveurs à vivre décemment de leur métier. Quand il y a des offres équitables sur le marché, les consommateurs répondent présent.

Y a-t-il un opérateur en particulier qui se positionne en tête ? 

Il y a plusieurs opérateurs. Pour les produits laitiers, il y a deux leaders du secteur en GMS (grandes et moyennes surfaces). L’entreprise Les 2 Vaches a basculé toute sa gamme de yaourt en commerce équitable et bio. En magasin spécialisé bio, le leader Triballat, est également équitable avec la marque Tante Hélène.

Est-ce que le commerce équitable coûte plus cher ?

En 2021, les entreprises qui proposent des produits issus du commerce équitable font tout pour faire en sorte d’être accessibles à une majorité de consommateurs. Mais, lorsque l’on rémunère correctement les producteurs et que l’on fait attention à l’environnement, les produits ne peuvent pas être d’entrée de gamme. Les surcoûts se situent entre 0% et 15%.

En quoi cette démarche de commerce équitable peut-elle être une réponse à la crise écologique et à la sécurité alimentaire ?

Pour avoir une sécurité alimentaire, il faut des producteurs qui puissent vivre décemment de leur métier. Aujourd'hui, dans le monde entier, être producteur agricole est presque une garantie de pauvreté. Ce sont des métiers qui ne donnent plus envie aux jeunes. Le renouvellement des générations est indispensable pour s’assurer qu’il y aura des gens pour produire notre alimentation, aujourd’hui et demain. Nous devons prendre soin de nos agriculteurs et trouver les moyens de garantir des revenus décents à cette profession.

Pour ce qui est de la transition écologique, l’alimentation pèse pour un quart des émissions de gaz à effet de serre. Nous devons transformer notre manière de nous alimenter pour répondre au défi climatique. Le commerce équitable permet de mettre les producteurs dans des conditions plus favorables pour opérer ces changements car ils auront accès à un prix rémunérateur qui couvre les coûts de production, mais également une visibilité économique sur la durée avec des contrats de trois ans. Ils seront insérés dans des organisations collectives qui vont mettre en place des stratégies pour favoriser cette transition agroécologique. 88% des produits ont la double labellisation (bio et commerce équitable). Les producteurs arrivent souvent par le commerce équitable pour ensuite atteindre le bio.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter. Écoutez la chronique Social Lab ici.

 

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