LES ENGAGÉS

Mode : "Quand on achète un vêtement éco-responsable, on est heureux de contribuer à quelque chose de plus grand"

Éloise Moigno a co-fondé avec Thomas Ébélé la plateforme engagée dans la mode éco-responsable et éthique "SloWeAre".
©Éloise Moigno

Alors que se tient actuellement la Fashion Week à Paris, quid de notre rapport à la mode ? C'est précisément la question que s'est posée Éloïse Moigno il y a quelques années. Bien décidée à rendre sa garde-robe plus éthique et à inspirer d'autres Français sur ce plan, Éloïse a co-fondé l'an dernier la plateforme d'informations sur la mode éco-responsable "SloWeAre". Interview.

Peut-on vraiment, même si on le veut, s'habiller éthique tous les jours ? C'est ce qu'a notamment demandé ID à Eloïse Moigno, co-fondatrice de SloWeAre.

Pourquoi avoir décidé de lancer une plateforme d'informations sur la mode éco-responsable ?

J'ai eu un déclic vestimentaire il y a maintenant sept ans. Mes parents sont agriculteurs bio, ils m'ont transmis certaines valeurs : j'ai réalisé que je mangeais bio, que je faisais attention à ce que je mettais sur ma peau, mais moins à ma façon de m'habiller. J'ai commencé à me pencher sur l'état des lieux de ma garde-robe, à regarder d'où venaient mes vêtements, comment ils étaient faits, et j'ai réfléchi à comment faire en sorte d'avoir des vêtements de qualité qui durent dans le temps. Je me suis demandée où trouver des pièces indémodables même dans 20 ans, que l'on peut mettre au bureau et dans la vie de tous les jours, et qui auront toujours un bel aspect de qualité. On commençait alors à parler beaucoup du "Made in France" et je me suis dit que c'était une première solution pour m'habiller plus éthique.

Vous avez alors commencé à chercher de bonnes adresses de vêtements "Made in France" ?

Oui, et j'ai eu quelques surprises, entre ce que disent certaines marques sur leurs étiquettes et la réalité. J'ai acheté des vêtements sur lesquels il était inscrit "Fabriqué à Paris", mais en fait ces vêtements n'étaient pas spécialement "Made in France". J'ai alors commencé à dérouler la bobine de fil : je me suis énormément renseignée auprès de créateurs, de marques et de personnes qui font directement du fil, pour tout comprendre. J'ai aussitôt fait un parallèle avec le secteur de l'agroalimentaire, puisque je travaillais dans un groupe de presse agroalimentaire : si tout n'est pas parfait dans ce secteur, il y a quand-même une bonne transparence par rapport au milieu textile au niveau de la chaîne de production/fabrication. Je me suis rendue compte que le secteur textile était hyper opaque et qu'il y avait énormément de choses à faire pour avoir des informations sur les matières, l'origine des produits, les prix... Ce qu'un consommateur lambda ne fera quasiment jamais. J'ai commencé à partager le fruit de cet expérience sur un blog, "Ecofashion Paris", et à proposer des "ecofashion tours". L'idée était de donner des rendez-vous à des groupes de personnes dans Paris pour leur faire découvrir des boutiques éco-responsables, des ateliers, et les sensibiliser sur la question du savoir-faire. 

L'idée était donc de donner de la visibilité à ces boutiques responsables...

Oui, à tous ces créateurs cachés dans de petites artères derrière les grandes avenues, qui font des produits à la fois beaux et qui ont une valeur ajoutée par rapport à la fast fashion et également à ces marques qui proposent des tarifs hyper élevés pour une qualité très proche de la fast fashion. Tout cela m'a menée à la création de "SloWeAre" avec mon collègue Thomas, qui a une formation d'école d'ingénieur tandis que je suis issue d'une école de commerce. Nous voulions créer une plateforme multimédia destinée au grand public, pour le sensibiliser, lui donner envie de mieux consommer, pour l'inspirer. Nous voulions également avoir une partie "mise en avant des boutiques". Notre véritable valeur ajoutée, c'est que toutes les marques que l'on met en avant sont auditées. On retrace toute leur chaîne de valeurs pour bien comprendre comment elles placent leur management éco-responsable dans leur chaîne de valeurs. Il est indispensable pour nous qu'elles soient éthiques sur l'ensemble des idées du développement durable, donc sur la partie sociale, environnementale et économique, et qu'elles puissent être transparentes envers nous mais aussi envers le consommateur. 

Combien de boutiques sont actuellement recensées sur votre site ?

Il y en a environ 60, toutes ne sont pas encore répertoriées en ligne, il faut le temps de bien recueillir toutes leurs informations. 

L'offre de vêtements responsables est-elle assez importante aujourd'hui pour que tout le monde puisse faire sa transition ?

Il y a énormément de marques qui se développent aujourd'hui, soutenues notamment par le crowdfunding. La problématique est plus celle de la visibilité et c'est pour cela qu'on a créé "SloWeAre". Ces marques n'ont pas forcément les moyens de communiquer au départ : leur enjeu est de trouver très rapidement leur clientèle pour pouvoir se développer. 

Est-ce vraiment facile de s'habiller éthique tous les jours ?

Quand je me suis lancée il y a sept ans, je ne trouvais pas cela facile, parce qu'il fallait déjà pouvoir identifier les marques éthiques, d'où cette plateforme. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que lorsque l'on souhaite s'habiller éthique, il ne s'agit pas de jeter son dressing du jour au lendemain. Il faut prendre le temps de faire un premier tri dans son dressing, d'apprendre à se connaître pour ne pas refaire les mêmes erreurs vestimentaires en achetant un vêtement sur un coup de tête, qui finalement ne nous va pas. Ensuite, ce que je recommande, c'est de faire une check-list de tous les produits vestimentaires dont on a besoin pour rechercher les bons créateurs. On est moins sur un achat d'impulsion, mais on est quand-même sur un achat "plaisir". On va avoir un vêtement différent, de meilleure qualité, avec de meilleures finitions, et qui a une histoire. Quand on achète un vêtement éco-responsable, on est heureux de contribuer à quelque chose de plus grand. 

Croyez-vous à davantage d'engagements "durables" de la part des marques de la fast fashion à l'avenir ? 

Toutes ne sont pas au même niveau, certaines ne se posent pas les bonnes questions, et  d'autres commencent à prendre la main sur leur chaîne de production. Par contre, les choses se font assez lentement... Mais il y a une prise de conscience. 

En parallèle de la Fashion Week, aura lieu un événement consacré à la mode responsable samedi 29 septembre à Paris, dans le cadre du ChangeNOW Summit à la Station F ?

Oui, c'est un événement annuel dont nous sommes partenaires et qui vise à mettre en avant des projets voués au changement. Ils feront notamment intervenir de grands acteurs de la mode qui placent l'éco-responsabilité au cœur de leur démarche. L'événement est ouvert à tous (ndlr : billets à réserver, plus d'informations sur le site change-nowsummit.com).