QUESTION DE LA SEMAINE

Ménage écologique : vous y êtes-vous mis ? Le point sur les bonnes pratiques

©New Africa/Shutterstock

Vous êtes-vous mis au ménage écologique ? C'était notre question de la semaine. Voici le résultat des votes et une sélection de vos réactions. Pour faire suite à ce sondage, ID a cherché à savoir quelles étaient les bonnes pratiques en la matière : entretien avec Isabelle Augeven-Bour, de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME). 

D'après une nouvelle étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), dévoilé par Le Parisien le 10 avril, les produits d'entretien faits maison "polluent bien moins que leurs équivalents industriels", même si aucune situation préoccupante n’est associée aux usages les plus courants, dès lors que des précautions d’usage sont prises. Quoiqu'il en soit, les produits d'entretien maison (bien dosés) auraient notamment l'avantage d'émettre moins de composés organiques volatils (COV), qui ont leurs lots d'impacts sur la santé et l'environnement (voir la synthèse de l'étude). 

À cette occasion, ID vous a demandé si vous étiez passé en mode écologique côté ménage : 

Vous êtes-vous mis au ménage écologique ?

Choix

Les lecteurs d'ID sont assez bons élèves : vous êtes une majorité à n'utiliser que des produits faits maison, bien dosés selon vous, ou alors à favoriser les produits éco-labellisés. À date de publication de l'article, vous êtes seulement 3 % à utiliser uniquement des produits ménagers industriels (vous pouvez encore voter ci-dessous et découvrir les résultats). Voici quelques bons plans que vous nous avez laissés en commentaires sur Twitter et Facebook :

Vinaigre blanc, huiles essentielles, cristaux de soude, bicarbonate de soude, savon de Marseille, savon noir, huile d'olive... Permettent de faire le ménage et de fabriquer sa lessive, son adoucissant, son liquide vaisselle ! 

Le vinaigre blanc. Mélangé à l'eau, il fait des merveilles pour nettoyer. Le mieux, c'est de laisser du zeste de citron macérer plusieurs jours dans le vinaigre avant de le mélanger à l'eau. Et le bicarbonate de soude !

Savon de Marseille en vrac + cristaux de soude + eau bouillante. Linge propre, parfum neutre, 0 produit chimique, fait maison !

Mais alors, y'a-t-il des recommandations particulières à suivre lorsque l'on veut fabriquer ses produits ménagers faits maison ? Doit-on s'inquiéter si l'on utilise encore uniquement des produits d'entretien industriels ? Pour faire suite à notre sondage de la semaine, ID a questionné Isabelle Augeven-Bour, du service "Qualité de l'air" de l'ADEME, qui a piloté le travail d'étude sur l'impact des produits d'entretien sur la qualité de l'air intérieur mentionné plus haut*. 

ID : Que nous apprend cette étude ?

Isabelle Augeven-Bour (I.A.) : Déjà, ce projet a permis de mettre au point un protocole reproductible pour pouvoir comparer les différents produits entre eux. Par ailleurs, les chercheurs de l'Ineris et du CSTB ont comparé l'étiquetage des produits d'entretien manufacturés avec leur composition réelle. Ce qu'on a pu constater, c'est que les étiquettes donnent des informations relativement parcellaires, regroupées autour de termes génériques, qui ne permettent en aucun cas de prévoir les émissions de produits organiques volatils qui vont avoir lieu. On a donc regardé les émissions de composés organiques volatils (COV) de produits manufacturés et faits maison. C'était la première fois que l'on observait les émissions de produits faits maison.

Ce qu'on a constaté, c'est que lorsque les produits sont utilisés suivant les préconisations des fabricants pour les produits manufacturés et dans des conditions normales d'utilisation domestique, il n'y a pas de risque sanitaire avéré. Par contre, il y a quand même une exposition, lorsque l'on utilise des produits manufacturés, à un cocktail chimique plus grand, parce qu'ils contiennent beaucoup d'ingrédients. Il y a quand même une limite à notre étude, c'est que pour un certains nombre de ces ingrédients, on ne connaît pas leur toxicité. On manque de valeurs sanitaires. C'est-à-dire qu'on ne connaît pas le seuil à partir duquel ils peuvent être dangereux pour la santé. Quoiqu'il en soit, lorsque vous faites vos produits vous-même, vous mettez un nombre d'ingrédients beaucoup plus restreint, donc le cocktail de produits chimiques est plus faible.

ID : Vous préconisez donc les produits faits maison ?

I.A. : Oui, avec un nombre restreint d'ingrédients et, très important, en n'ajoutant pas trop d'huiles essentielles. Voire en les évitant. C'est un principe de précaution. Car ce qu'on a pu constater sur les produits faits maison, c'est que quand on augmente de façon assez importante la quantité d'huiles essentielles, on remarque que les émissions de COV sont vraiment beaucoup plus fortes. Étant donné qu'on ne connaît pas bien les impacts sanitaires des huiles essentielles - des études sont en cours -, on préconise de ne pas en mettre trop. Après, je précise qu'il n'y a pas de risque avéré si on utilise des produits manufacturés en respectant les consignes des fabricants et en faisant le ménage de façon classique.

ID : Et en pensant à bien aérer, que ce soit en utilisant des produits industriels ou faits maison ?

I.A. : Il faut en effet aérer pendant et après l'utilisation des produits. On a remarqué pendant cette étude que les COV émis par les produits d'entretien le sont pratiquement dans la totalité dans la demi-heure qui suit l'application. Il faut donc bien aérer pendant 10 minutes après l'application. Surtout que pour cette étude, nous étions dans une maison expérimentale pour se mettre dans des conditions proches des conditions réelles : mais dans les vrais intérieurs, il y a d'autres sources de COV qui peuvent être présentes, qui viennent des meubles, de la fumée de cigarette, de la cuisine, d'éventuelles bougies, etc. Ce réflexe d'aération est donc primordial. 

ID : Quels sont les risques pour la santé liés au fait de respirer ces COV ?

I.A. : Je précise que dans le cadre de cette étude, il n'y a pas de risque majeur qui a été décelé. Par contre, beaucoup de ces COV sont allergènes, il faut donc éviter la présence d'enfants, de femmes enceintes, de personnes ayant des problèmes respiratoires quand on fait du ménage... Et puis certains de ces composés peuvent être cancérigènes.

ID : Que conseillez-vous à ceux qui ne sont pas prêts à faire leurs produits maison et leur préfèrent les produits industriels ?

I.A. : De respecter les consignes des fabricants et de ne pas en utiliser trop. Et, dans la limite du possible, c'est mieux de prendre des produits éco-labellisés pour l'environnement plus généralement. On n'a pas besoin d'avoir 36 000 produits d'entretien chez soi. 

ID : Et pour ceux qui sont prêts à en faire eux-mêmes, avez-vous un site référent de recettes à suggérer ?

I.A. : Non, on n'a pas étudié cela. On a réalisé six produits faits maison dans le cadre de cette étude avec du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude, du savon de Marseille et des huiles essentielles notamment, en reprenant des recettes que l'on trouve un peu partout. Ce qui reste important est de ne pas faire trop de mélanges et encore une fois de ne pas mettre trop d'huiles essentielles, voire pas du tout. 

*NICOLAS M., KARR G., REAL E. MAUPETIT F. 2018. Impact des produits d’entretien sur la qualité de l’air intérieur. PEPS - Définition d'un protocole d'essais simple et harmonisé pour l'évaluation des émissions en composés volatils. Synthèse, 20 pages.