Face à l'augmentation du prix du gasoil, les automobilistes décident de se tourner vers l'E85 (Bioéthanol).
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Le Superéthanol-E85 permet-il vraiment de rouler moins cher ?

Vendu moins d’un euro le litre, le Superéthanol-E85 attire les conducteurs en quête d’économies. Entre coût de la conversion, impact environnemental et dépendance aux importations, son intérêt dépasse pourtant la seule question du prix à la pompe.

Depuis le début de la guerre en Iran, fin février, les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz secouent les marchés pétroliers. Un accord provisoire conclu en juin avait fait retomber les cours, avant que la reprise des hostilités en septembre ne ravive les inquiétudes sur l’approvisionnement.

En France, cette instabilité se ressent à la pompe. Alors que le SP95-E10 dépasse les 2,17 euros le litre, certains automobilistes se tournent vers le Superéthanol-E85, vendu moins d’un euro. Composé d’essence et de bioéthanol issu notamment de betteraves, de blé ou de maïs, ce carburant est disponible depuis près de vingt ans. Mais la flambée récente des prix lui donne un tout nouvel attrait.

Un prix bas, malgré une consommation plus élevée

En septembre, le litre d’E85 coûte environ 0,85 à 0,89 euro. À ces tarifs, 40 litres reviennent à environ 35 euros, contre près de 87 euros pour la même quantité de SP95-E10. La comparaison a toutefois une limite : une voiture roulant à l’E85 consomme davantage de carburant pour parcourir une même distance.

L’économie peut rester substantielle. Interrogé par RTL, un automobiliste de la Marne estime avoir économisé entre 2 600 et 2 900 euros en parcourant 50 000 kilomètres depuis sa conversion en 2022. Il s’agit d’un cas individuel : le gain dépend du véhicule, du kilométrage et des prix pratiqués.

Pour utiliser l’E85, il faut disposer d’une voiture essence conçue à cet effet ou faire équiper un modèle compatible d’un boîtier homologué. La conversion peut coûter plus de 1 000 euros selon le véhicule. Elle doit être réalisée par un installateur habilité, puis inscrite sur la carte grise. Les voitures diesel ne peuvent pas être converties à l’E85.

Des aides locales peuvent alléger cette dépense. La Région Sud propose notamment 250 euros aux foyers non imposables qui remplissent les conditions de son dispositif.

Une production française, des matières premières aussi importées

Le bioéthanol est souvent présenté comme un moyen de réduire la dépendance de la France au pétrole. Mais produire le carburant sur le territoire ne signifie pas que les cultures dont il est issu y ont été récoltées.

Selon le Service des données et études statistiques, 48 % des volumes de bioessences consommés en France en 2024 provenaient de matières premières d’origine étrangère. Ce chiffre concerne l’ensemble des bioessences, utilisées dans l’E85 mais aussi incorporées aux essences classiques. Il ne correspond donc pas à la part importée de l’E85 seul.

Dans une analyse publiée le 22 septembre, l’ONG Transport & Environment pointe une autre limite. Une partie du bioéthanol destinée à l’E85 provient, selon elle, de volumes auparavant incorporés aux autres essences. La progression de l’E85 ne se traduit donc pas nécessairement par une hausse de la production française de biocarburants.

Un bénéfice climatique qui fait débat

L’origine agricole du bioéthanol soulève aussi des questions environnementales. Les cultures mobilisent des terres, de l’eau et des intrants, et peuvent entrer en concurrence avec des productions destinées à l’alimentation.

Le bilan des émissions dépend de la méthode de calcul. Transport & Environment estime que le bénéfice climatique des biocarburants issus de cultures agricoles peut être faible, voire nul selon les cultures, lorsque l’on tient compte des effets indirects des changements d’usage des terres. L’ONG précise toutefois que l’estimation de ces effets, établie à l’échelle mondiale, doit être interprétée avec prudence dans le contexte français.

L’E85 peut ainsi alléger la facture d’un automobiliste. Mais son prix à la pompe ne suffit pas à mesurer ce qu’il apporte à l’indépendance énergétique du pays ou à la réduction des émissions des transports.