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Flore Berlingen, Zero Waste France : "consommer n'augmente pas notre bonheur"

©BogdanSonjachnyj/Shutterstock

Selon les chiffres de l'Ademe, un Français jette en moyenne 354 kilos d’ordures ménagères par an. Pour limiter cette production de déchets, il existe pourtant des gestes simples. Rencontre avec Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, qui nous en dit plus sur le mode de vie zéro déchet.

Pouvez-vous nous présenter Zero Waste France en quelques mots ?

Zéro Waste France est une association qui existe depuis 20 ans. Elle soutient le zéro déchet sous toutes ses formes aussi bien en tant que mode de vie que comme projet politique à l'échelle locale ou nationale.

Comment passer au zéro déchet ?

Passer au zéro déchet ça signifie changer beaucoup de choses que ce soit dans ses habitudes de consommation ou dans sa gestion des déchets quand un objet arrive en fin de vie. L'objectif c'est de réduire voire supprimer totalement les emballages, en se tournant vers des alternatives comme le vrac ou les produits consignés, et de limiter au maximum le gaspillage alimentaire. Ça concerne la consommation quotidienne avec les produits alimentaires, cosmétiques ou d'entretien mais également la consommation occasionnelle avec les vêtements, le mobilier ou les produits électroniques.

Cela implique de questionner l'usage et le besoin de chaque achat : est-ce que je ne possède pas déjà cet objet ? Est-ce que j'en ai vraiment besoin ? S'il y a réellement un besoin, le but va être de chercher des voies alternatives pour s'approvisionner. Par exemple, éviter les produits neufs et se tourner vers les produits d'occasion ou reconditionnés ou vers la location et l'emprunt. Il ne faut pas non plus oublier de penser à la réparation c'est-à-dire l'allongement de la durée de vie des objets qui sont déjà en circulation.

Le modèle que vous décrivez n'est-il pas à l'opposé de notre mode de vie actuel ?

Oui, cela nécessite des changements profonds de nos modes de vie. Avant de faire le moindre achat, il faut se poser la question en termes de consommation de ressources et de production de déchets. Ce sont les deux facettes d'une même problématique : d'un côté les ressources s'épuisent et de l'autre les déchets s'accumulent.

On est en surconsommation actuellement et l'indicateur qui l'illustre le mieux c'est le jour du dépassement qui avance chaque année. On consomme l'ensemble des ressources que la Terre est capable de renouveler en seulement quelques mois. De plus, les déchets produits sont loin d'être tous recyclables et même ceux qui le sont finiront par redevenir des déchets. Malheureusement, le recyclage à l'infini ça n'existe pas et même le cycle de recyclage est consommateur de ressources et producteur de déchets.

Avez-vous quelques conseils pratiques pour nos lecteurs ?

Pour commencer, si on possède un jardin ou que l'on habite à la campagne il ne faut pas hésiter à faire son propre compost. Ça permet de réduire d'un tiers la production de déchets tout en créant un produit qui représente une réelle richesse pour les sols. Un autre geste qui peut faire la différence et qui est plus facile en milieu urbain, c'est d'acheter un maximum de choses en vrac notamment les fruits et légumes. Enfin éviter au maximum les produits neufs. Avant d'acheter un nouveau téléphone ou un vêtement il faut systématiquement chercher une alternative comme la location, l'emprunt, l'occasion ou la réparation.

Quelles sont les sources de motivation pour passer au zéro déchet ?

Les motivations des personnes qui passent au zéro déchet sont le plus souvent écologiques bien sûr mais pas seulement. Elles sont parfois économiques ou liées à la santé dans la recherche d'un mode de vie globalement plus sain. D'une manière plus générale, il y a également le constat que la consommation ne nous rend pas plus heureux et que l'hyperconsommation est une source de frustration constante. Autrement dit consommer n'augmente pas notre bonheur et aurait même plutôt tendance à le réduire.

Quand on adopte le mode de vie zéro déchet, ne finit-on pas par voir des déchets partout ?

C'est sûr qu'à partir du moment où il y a une prise de conscience au niveau de la consommation de ressources et de la production de déchets, un certain nombre de choses qui étaient invisibles deviennent visibles. On ne peut plus faire abstraction de ce qui se trouve dans notre poubelle. Certains gestes qui étaient automatiques auparavant comme le fait de jeter les restes après avoir cuisiné deviennent complètement contre nature maintenant que l'on sait que les épluchures peuvent être recyclées en compost. À partir de ce moment-là, un geste aussi simple que celui de mettre à la poubelle un déchet organique devient une frustration quand on n'a pas la possibilité de faire autrement.

Les citoyens font de plus en plus d'efforts mais est-on en train de passer au zéro déchet du côté des entreprises et collectivités ?

Oui, ça commence à bouger du côté des élus politiques et des responsables économiques mais pas suffisamment sachant que de nombreuses solutions existent déjà. On sait que certaines méthodes comme la tarification des déchets ou le tri des biodéchets pour le compostage sont efficaces. Ce sont des outils qui sont à la disposition des collectivités locales et qu'il faut intégrer.

Mais l'idée c'est que la transition ne se fera pas si on passe notre temps à se rejeter la balle. Certains citoyens ont tendance à renvoyer la faute sur les élus politiques ou les décideurs économiques. Inversement les entreprises ont tendance à se défendre en affirmant qu'elles ne font que répondre à la demande des particuliers. Si tout le monde campe sur ses positions rien n'est fait au final et c'est pourquoi chez Zero Waste France nous tenons à mobiliser tous les acteurs de la société.

Une interview réalisée en partenariat avec France Inter.