Les engrais, indispensables à la croissance des cultures, sont dans le même temps un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre.
@Unsplash
Climat

Les engrais, indispensables aux cultures et dévastateurs pour le climat

Les engrais, indispensables à la croissance des cultures, sont dans le même temps un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre, des émissions que la France veut réduire de moitié dans le secteur agricole d'ici 2050, par rapport à 1990.

Les engrais contiennent des nutriments pour favoriser le développement des plantes. Ils peuvent être d'origine organique (purin d'orties, lisier, fientes de poules...) ou minérale, fabriqués à partir de l'azote (N) de l'air ou de minerais comme le phosphore (P) et la potasse (K). C'est au moment de la Première Guerre mondiale que la fertilisation bascule dans l'ère de la chimie industrielle. Alors que l'Allemagne est à la recherche de nitrates pour fabriquer des explosifs, le chimiste Fritz Haber invente un procédé de fabrication de l'ammoniac - à partir de l'azote de l'air combiné à l'hydrogène du gaz naturel - et s'associe avec l'industriel Carl Bosch pour le développer: leur procédé, dit Haber-Bosch, est à l'origine de tous les engrais azotés minéraux.

Après 1945, l'utilisation de ces engrais de synthèse se répand dans les campagnes européennes. L'immense majorité des agriculteurs européens utilisent aujourd'hui des engrais minéraux dits "NPK". L'Europe consomme aujourd'hui 23 % des engrais produits dans le monde sur 10 % des surfaces agricoles, selon le cabinet de conseil Carbone 4. La France, première puissance agricole européenne, a consommé jusqu'à plus de 18 millions de tonnes d'engrais (en 2013) avant de voir son utilisation refluer (moins de 10 millions de tonnes en 2024-25). Sur 30 ans, la réduction est de près de 40 % selon les producteurs d'engrais.

Le protoxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre

Mais cette baisse est encore insuffisante pour atteindre l'objectif de réduction des émissions fixé pour le secteur agricole, à l'origine de 19 % des émissions nationales. Parmi ces émissions agricoles, "près de la moitié (43 %) sont dues au protoxyde d'azote, un puissant gaz à effet de serre lié à la fertilisation azotée", selon l'Institut national de recherche pour l'agriculture et l'environnement (Inrae).

Au niveau mondial, les émissions liées aux engrais représentent environ 5 % des émissions annuelles, selon une étude de chercheurs de l'université de Cambridge publiée en 2023. Les deux tiers des émissions liées aux engrais proviennent de leur utilisation dans les champs, le tiers restant est émis au cours de leur production. Pour diminuer le recours à ces produits, qui ont aussi un effet à long terme sur la nature (pollution des eaux par les nitrates...), chercheurs et instituts techniques plaident notamment pour le développement des légumineuses (lentilles, fèves), des plantes qui parviennent à utiliser directement l'azote de l'air et restituent sa richesse au sol.

Avec AFP.