Les fortes chaleurs combinées à l'humidité et à la pollution risquent d'altérer les performances et l'endurance des footballeurs au Mondial-2026, selon un chercheur à l'Inserm.
©Unsplash
Climat

Chaleur, humidité, pollution : "le jeu risque d'être moins spectaculaire" au Mondial-2026

"Un jeu beaucoup moins spectaculaire, moins intense": les fortes chaleurs combinées à l'humidité et à la pollution risquent d'altérer les performances et l'endurance des footballeurs au Mondial-2026, souligne auprès de l'AFP Paquito Bernard, chercheur à l'Inserm.

Une revue d'études récentes ainsi qu'une meta-analyse compilant des statistiques sur 30 ans menée avec son équipe montrent que plus l'indice de température WBGT (intégrant humidité et rayonnement solaire) augmente, plus l'impact se fait sentir sur la distance parcourue par les joueurs, le nombre de tacles ou la qualité des passes. Des observations encore plus marquées lorsque les matches ont lieu l'après-midi. Cette Coupe du monde se tiendra du 11 juin au 19 juillet aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada.

Une telle conjonction de facteurs, c'est du jamais vu pour un Mondial ?

"En 2014 au Brésil, cela avait déjà été un peu le cas pour la chaleur et l'humidité, mais moins sur la pollution. Là, les enjeux de vagues de chaleur seront beaucoup plus présents par rapport à d'autres Coupes du monde où il avait pu faire chaud. Il y aura donc une combinaison de risques de forte chaleur, de pollution, d'humidité voire, pour certains stades, de risque de feux de forêt. Aux Etats-Unis, on parle de mégafeux de forêt, c'est-à-dire avec des panaches de fumée pouvant porter sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres. Et il y aura également l'altitude pour les stades comme Mexico et Guadalajara. Ce sera surtout un problème pour les équipes qui n'auront pas le temps de s'acclimater. Par exemple, ça va être un enjeu de produire un effort si vous devez passer de Miami, au niveau de la mer, à Mexico, à plus de 2 000 mètres d'altitude. Et Mexico c'est aussi la ville où il y a le plus gros risque historique de qualité de l'air la plus dégradée parmi les villes accueillant la Coupe du Monde".

Quel peuvent être les effets sur les actions des joueurs et le jeu en général ?

"Globalement, le jeu risque d'être beaucoup moins intense, beaucoup moins spectaculaire. Défenseurs, milieux, attaquants : toutes les positions sont impactées concernant la distance parcourue sur l'ensemble du match. Et ce n'est pas nécessairement que sur les efforts d'endurance et le ratio entre courir longtemps/courir vite: c'est aussi, en raison des enjeux de qualité de l'air, une dégradation des capacités à produire des gestes techniques et à prendre de l'information autour de soi".

Donc au-delà des jambes, le cerveau ralentit lui aussi ?

"Les joueurs vont arriver très fatigués de leur fin de saison dans leur club, et pas nécessairement prêts pour jouer dans un contexte très chaud ou très humide. Si le footballeur doit par exemple produire un effort dans un premier match très chaud et très intense, malgré les pauses spéciales +fraîcheur+ instaurées par la Fifa, ça peut engendrer des symptômes d'épuisement par la chaleur, d'étourdissement ou d'évanouissement. Et même sans aller jusque-là, le footballeur sera moins alerte et moins précautionneux dans la prise d'information ou la gestion technique."

Avec AFP.