Le gazon parfaitement tondu est aujourd'hui de plus en plus remis en question.
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Biodiversité

Faut-il bannir le gazon de nos jardins ?

Longtemps considéré comme le symbole d'un jardin soigné, le gazon parfaitement tondu est aujourd'hui de plus en plus remis en question. Gourmand en eau, pauvre en biodiversité et souvent entretenu à grand renfort d'engrais ou de tondeuses, il apparaît de moins en moins adapté dans un contexte de réchauffement climatique. Faut-il pour autant renoncer à la pelouse ?  On fait le point.

Près de 7 Français sur 10 disposent encore d’un jardin avec pelouse, d’après l’interprofession des semences et des plants. Pourtant, le gazon n'a pas toujours été un élément incontournable des jardins. Dans l’histoire, seules les élites pouvaient se permettre de consacrer des terrains à une végétation uniquement décorative. Les jardins à la française, puis les grands parcs anglais, ont progressivement fait de la pelouse un symbole de prestige.

Avec l'essor des banlieues pavillonnaires au XXᵉ siècle, ce modèle s'est démocratisé. Les tondeuses motorisées, les engrais et les désherbants ont permis à un grand nombre de particuliers d'entretenir un tapis vert uniforme.

Malgré les évolutions des pratiques de jardinage, l'image du gazon impeccable reste profondément ancrée dans les habitudes et continue d'être associée à un jardin bien entretenu.

Pourquoi est-il critiqué ?

Le principal reproche adressé au gazon concerne son coût environnemental. Pour conserver une pelouse dense et bien verte, il faut souvent multiplier les arrosages, les tontes et parfois les apports d'engrais ou de produits phytosanitaires.

"Le gazon rendu possible par l'utilisation massive d'eau, d'engrais et pesticides est un modèle à bout de souffle. C'est un non-sens écologique", a expliqué Olivier Filippi au média Reporterre.

À cela s'ajoute une biodiversité très limitée. Une pelouse composée uniquement de graminées, tondue régulièrement, produit peu de fleurs et offre donc peu de nourriture ou d'abris aux insectes pollinisateurs, aux oiseaux et à de nombreuses autres espèces. D'ailleurs, le mouvement "No Mow Way" ou "Mai sans tondeuse" avait été lancé en 2019 par l’ONG britannique Plantlife. L'idée est de ne pas tondre sa pelouse pendant ce mois qui est le pic d’activité des pollinisateurs et laisser la biodiversité se développer.

Le changement climatique change la donne

Les sécheresses plus fréquentes compliquent l'entretien des pelouses dans de nombreuses régions françaises. Chaque été, les restrictions d'eau se multiplient et limitent, voire interdisent, leur arrosage. Dans ces conditions, conserver un gazon vert toute la saison devient de plus en plus difficile. Cette évolution concerne déjà le pourtour méditerranéen et pourrait progressivement s'étendre à d'autres régions françaises à mesure que les températures augmentent.

Pour autant, le gazon présente aussi certains avantages. Il contribue à rafraîchir l'air, favorise l'infiltration de l'eau de pluie et participe au stockage du carbone dans les sols, à condition que son entretien reste modéré.

Faut-il supprimer les pelouses ?

L'enjeu n'est pas forcément de faire disparaître totalement le gazon, mais plutôt d'en réduire la place et d'adapter son entretien. De plus en plus de jardins intègrent ainsi des zones laissées en végétation libre, des prairies fleuries ou des couvre-sols qui demandent moins d'eau et offrent davantage de ressources aux insectes.

Cette évolution s'observe également dans de nombreuses villes, où la gestion différenciée des espaces verts consiste à espacer les tontes et à laisser certaines parcelles se développer naturellement afin de favoriser la biodiversité.

Pourtant, ce n’est pas vraiment le constat qu’a fait Olivier Planchenault au Monde : "Quand on me dit que le jardin est très grand, je saute sur l'occasion, je propose de laisser un espace de biodiversité où la nature se développe librement. Mais j'ai du mal à convaincre..."

Le gazon synthétique est-il une solution ?

Face aux difficultés d'entretien, certains particuliers choisissent le gazon synthétique. Cette alternative permet de supprimer l'arrosage et la tonte, mais elle soulève d'autres questions environnementales.

Fabriqué à partir de polymères issus du pétrole, il reste un matériau difficile à recycler. Il peut également emmagasiner davantage de chaleur en été et nécessite un entretien régulier pour conserver son aspect.

Il apparaît donc davantage comme une solution ponctuelle pour certaines petites surfaces que comme un véritable remplacement du gazon naturel.

Vers des jardins plus diversifiés

Le modèle de la pelouse parfaitement uniforme semble progressivement perdre du terrain. Les épisodes de sécheresse, les préoccupations liées à la biodiversité et la volonté de limiter les consommations d'eau poussent de plus en plus de particuliers à repenser leurs jardins.

Sans disparaître complètement, le gazon pourrait ainsi laisser davantage de place à des espaces plus diversifiés, mêlant prairies fleuries, plantes couvre-sol, arbustes et zones laissées en évolution naturelle. L'objectif n'est plus seulement d'obtenir un tapis vert impeccable, mais de créer un jardin plus résilient face au changement climatique et plus accueillant pour la biodiversité.