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Le "snowfarming", une alternative pour les stations en mal de neige

La station Valberg est la première station de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur à bénéficier du label Flocon Vert.
©nikolpetr/Shutterstock

Largement pratiqué dans les pays nordiques, le recyclage de la neige d'une saison sur l'autre dans les domaines skiables - ou "snowfarming" - a convaincu une poignée de stations alpines désireuses d'être moins exposées aux aléas climatiques.

Le principe en est simple : la neige est amassée durant l'hiver à proximité des pistes, parfois dans des trous creusés dans le sol, puis recouverte de sciure ou d'une bâche jusqu'à l'entame de la saison suivante.

Protégée des chaleurs estivales, la neige stockée peut être réutilisée en début de saison en sous-couche durant la préparation des pistes.

La neige accumulée se conserve bien ainsi puisque les pertes sont de l'ordre de 20 %.

Dans la plupart des cas, l'or blanc conservé est produit artificiellement au cours de la saison car la neige de culture, plus dense, fond moins facilement.

"C'est une technique ancestrale qu'on ne fait que raviver. Sur un début d'hiver incertain, on s'assure une quantité de neige certaine. Et ça n'a pas de prix", souligne Jean Bourcet, directeur des remontées mécaniques du Grand Bornand, en Haute-Savoie.

"C'est une solution d'appoint intéressante quand la configuration du domaine skiable s'y prête. Elle a vocation à se multiplier car il s'agit d'une pratique vertueuse", estime Laurent Reynaud, directeur de Domaines skiables de France.

- Enneiger très tôt -

Dans les Alpes, plusieurs stations ont tenté l'expérience, poussées par l'impératif de sécuriser des événements programmés en début de saison, alors que les températures ne permettent pas encore la production de neige artificielle.

C'est le cas au Grand Bornand, qui doit garantir chaque année à la fédération internationale de biathlon le stockage de 16 000 mètres cubes de neige pour obtenir l'organisation d'une épreuve de la coupe du monde.

Deux enneigeurs sont exclusivement dédiés à la constitution d'une réserve nichée à 1400 mètres d'altitude dont la capacité totale a été portée à 40 000 m3. Soit l'assurance de pouvoir pré-enneiger "dix à douze" kilomètres de pistes.

"Ce mode de gestion pérenne nous permet d'enneiger rapidement des circuits de retours essentiels dans la partie basse de la station. Ensuite, il n'y a plus qu'à produire un peu de neige par dessus", détaille Jean Bourcet.

Depuis l'automne dernier, la petite station de Bessans, située en Savoie à 1800 mètres d'altitude, a également vu en cette technique un moyen d'ouvrir très tôt une boucle de son domaine, exclusivement dédié au ski nordique.

Son maire, Jérémy Tracq, explique avoir finalement adopté le "snowfarming" - envisagé une première fois en 2008 - après avoir été convaincu par la baisse des coûts et par la récurrence de "débuts d'hiver compliqués".

La station a déposé un peu moins de 7000 m3 de neige sur un carré de prairie afin d'ouvrir une boucle de ski de fond de 1,5 kilomètre durant les dernières vacances de la Toussaint. Coût de l'opération : entre 10 000 et 12 000 euros.

"C'est raisonnable. Il y a dix ans, c'était 100 000 euros en investissement et en fonctionnement. Le plus onéreux, c'est l'achat de la sciure, sachant toutefois qu'elle se régénère d'une année sur l'autre", explique M. Tracq.

L'élu affirme que l'expérience va être reconduite et que la capacité de stockage sera portée à 15 000 m3 afin de permettre l'ouverture à l'automne prochain de trois kilomètres de pistes.

Pour Samuel Morin, chercheur à Météo France et directeur du Centre d'études de la neige, le "snowfarming" offre plusieurs caractéristiques éco-compatibles : des dépenses en énergie "peu élevées" pour rassembler la neige et un impact "très faible" sur cycle de l'eau, compte-tenu des volumes stockés.

Avec AFP.