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Mondial de football : Nike et Adidas laissent les ouvriers du textile "sur la touche", déplore un collectif

Sur le prix d’une paire de chaussures Nike ou Adidas, la part revenant aux travailleurs a baissé de 30 % entre 1995 et 2017, selon le collectif "Ethique sur l'étiquette".
©Marcin Kadziolka/Shutterstock

A quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde de football, le collectif Ethique sur l'Etiquette épingle les choix économiques des équipementiers leaders Nike et Adidas. Des choix fondés selon lui sur "un investissement démesuré dans le sponsoring", tandis que les conditions de travail des ouvrières et des ouvriers des usines de confection restent "toujours aussi précaires".  

La "course au sponsoring" des géants Nike et Adidas n'a "jamais été aussi vive", atteignant même de nouveaux records, mais "pourtant, en bout de chaîne, les ouvriers sont loin de voir les effets de cette santé économique presque provocatrice", estime Ethique sur l'Etiquette. Dans son nouveau rapport intitulé "Anti-Jeu : les sponsors laissent les travailleurs sur la touche*", le collectif rappelle au passage que Nike et Adidas équiperont 22 des 32 équipes engagées dans le prochain mondial de foot débutant le 14 juin en Russie, et s'annonçant comme le plus coûteux de l'Histoire.

Ethique sur l'Etiquette cite notamment le "contrat record de sponsoring (de 65 millions d'euros par an) négocié par Adidas avec l’équipe nationale d’Allemagne" et la signature par Nike du "premier contrat de sponsoring à vie avec un joueur de foot, pour un montant total d’un milliard de dollars, soit 25 millions $ par an". Il ajoute que dans le même temps, sur le prix d’une paire de chaussures Nike ou Adidas par exemple, la part revenant aux travailleurs aurait baissé de 30 % entre 1995 et 2017. Le rapport précise également que "sur un maillot Adidas de la coupe du Monde vendu 90 euros, les travailleurs touchent 0,8 euros", tandis qu'Adidas empocherait "18 euros de bénéfice net".

Si Nike et Adidas avaient dépensé en marketing et sponsoring le même montant en 2017 qu’en 2012 (ces montants ayant déjà atteint des niveaux élevés il y a 5 ans), les sommes économisées auraient permis de couvrir des salaires décents dans leurs principaux pays de production (Chine, Indonésie, Vietnam, Cambodge)", pointe le collectif.

La suite d'un premier rapport

Deux ans après un premier rapport publié à l'occasion de l'Euro 2016, le collectif affirme ainsi que les choix économiques des deux équipementiers, "tournés vers la performance financière et la rémunération prioritaire des actionnaires au détriment des droits fondamentaux des travailleurs, s'alourdissent". Il regrette d'ailleurs le désengagement de ces grandes marques de la Chine "en faveur de  l’Indonésie, du Cambodge ou du Vietnam, où les salaires moyens sont inférieurs de 45 % à 65 % au salaire vital".

A noter que les marques avaient adressé en 2016 une réponse écrite au premier rapport, que l'on retrouve sur le site de l'organisation Business & Human RightsAdidas a par exemple indiqué que les déclarations de ce premier rapport font de son point de vue "des généralités", les "pratiques d'approvisionnement et les tendances en matière de confection" n'étant "guère étayées", "mal informées" et "donc trompeuses..." La marque a ajouté se préoccuper "du bien être des travailleurs fabriquant (ses) produits" et prendre "des mesures afin d'augmenter progressivement les rémunérations et d'offrir des salaires justes". De son côté, Nike a entre autres précisé travailler avec ses usines partenaires "pour obtenir un meilleur engagement et pour valoriser (ses) ouvriers".

*rédigé par le bureau d'analyse sociétale pour une information citoyenne (Basic).

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