Mise en œuvre progressive et inégale de la transparence salariale dans les entreprises.
© DOAN THANH BINH/Pexels
Société

Transparence salariale: la directive déjà appliquée dans quelques entreprises

Quelques entreprises ont d'ores et déjà anticipé la directive européenne sur la transparence salariale, à des degrés divers et parfois en s'attirant des critiques syndicales.

La directive, qui vise à réduire les écarts de rémunération à poste équivalent, notamment entre les femmes et les hommes, permettra aux salariés d'obtenir de leur employeur des informations sur le niveau de rémunération de leurs collègues occupant des postes comparables. Au grand dam des organisations patronales Medef et Les Entrepreneurs (ex-CPME).

Fin 2025, 54% des entreprises disaient ne pas être prêtes pour son application, selon une étude du cabinet Robert Walters.

Mais quelques-unes ont déjà pris les devants. Le géant de l'ameublement Ikea, qui compte plus de 12.000 salariés en France, a ainsi mis en place dans le pays des "bandes de rémunérations" pour permettre aux salariés de se situer.

"On a plus de 300 métiers différents dans notre organisation, ce n'est pas une mince affaire de pouvoir les classifier en fonction d'un certain niveau de responsabilité", a exposé à l'AFP le DRH du groupe, Olivier Gondry.

A l'intérieur de chacune des 22 bandes de salaires, il a fallu "faire en sorte qu'on puisse quand même continuer à récompenser la montée en compétence et en performance, avec des niveaux minima, médians et maxi", mais le résultat "a été plutôt un moteur de motivation, de clarté, de transparence", se félicite M. Gondry.

"Ces bandes de rémunération n'ont pas été négociées avec les syndicats et n'ont rien à voir avec les grilles des minima chez Ikea, négociées chaque année en NAO" (négociations salariales annuelles), critique Roger Pouilly, délégué syndical central CGT de Meubles Ikea France.

Il trouve le document de la direction "illisible et incompréhensible", et ajoute qu'"on arrive à de grands écarts avec les grilles qui sont négociées".

"On a une direction qui fait mine d'être transparente et d'être aux avant-gardes sur la transparence salariale. Mais dans les faits, on est vraiment très, très loin du compte", abonde Hocine Redouani, également délégué syndical central CGT.

Salaire du voisin 

L'assureur santé Alan, qui compte aujourd'hui 900 salariés dont 600 en France, a fait le choix de la transparence salariale dès la création de l'entreprise en 2016, en mettant en place une grille salariale unique, où chaque niveau "dépend du métier et des compétences associées", selon le site internet de l'entreprise.

"On est sur un salaire qui est non négociable, quelle que soit l'ancienneté", a déclaré à l'AFP Paul Sauveplane, le DRH d'Alan.

"On connaît le salaire du voisin", et "ça nous force à évaluer les niveaux de chacun de manière collective. Ce n'est pas votre boss tout seul qui décide de vous augmenter ou pas", explique ce dirigeant qui voit dans la clarté du système un facteur d'attractivité.

La "dynamique va être plus rapide chez les gens qui performent très bien, mais toujours lisible", affirme M. Sauveplane.

Fantasmes 

Chez Satelia, start-up d'une centaine de salariés spécialisée dans le suivi à distance de patients atteints de maladies chroniques, les salaires de chacun sont également connus de tous.

"À l'époque où on a mis ça en place, il y a 8-9 ans maintenant, dès le début de l'entreprise, il y avait tout un mouvement, notamment porté par des start-ups américaines", se souvient le fondateur de l'entreprise, Nicolas Pagès.

Premier avantage, "c'est hyper utile en termes de communication, pour faire parler de soi".

Deuxième atout, la transparence exerce une "forme de pression par le bas", sur les salariés payés "très au-delà de 2 fois ou 3 fois le salaire médian, entre 5.000 et 10.000 euros par mois" et qui ne peuvent pas se permettre de "glandouiller quand le salaire est public".

"Clairement, côté employés, ça évite les fantasmes", constate Audrey Labèque, responsable qualité et affaires réglementaires de l'entreprise.

De plus "en termes d'équité homme-femme, on peut vérifier si, à poste égal, un homme peut être payé plus ou non", ajoute-t-elle.

Au chapitre des difficultés, la transparence "met un peu plus de pression sur le département des ressources humaines", relève M. Pagès.

"Il faut que les DRH, sur chaque augmentation, aient de quoi la justifier de manière publique", alors qu'auparavant "ce n'était pas nécessaire."

Avec AFP