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Zimbabwe : des bancs de l'amitié pour soigner la dépression

©Kichigin/Shutterstock

Le programme "Friendship Bench" a été lancé en 2005 par le psychiatre Dixon Chibanda. Il propose d'établir un diagnostic sur l'état mental des patients ainsi qu'un suivi psychologique, le tout en discutant sur un banc. 

Les patients atteints de dépression suivent des séances de thérapie avec les "grands-mères" - des femmes âgées travaillant comme aides-soignantes ou travailleuses sociales - sur des bancs publics, situés à l'extérieur des infrastructures sanitaires. Les notes que celles-ci rédigent ainsi que les séances - qui sont enregistrées - sont ensuite étudiées par les équipes du programme qui doivent avertir leurs supérieurs en cas de risque de suicide. Ces thérapies s'appuient sur les résultats que les patients ont obtenus au "Shona Symptoms Questionnaire 14", un questionnaire inventé par le psychiatre Vikram Patel qui comporte quatorze questions en "shona" (la langue locale la plus employée) et qui permet d’établir un diagnostic sur l’état mental de la personne. 

Dixon Chibanda a mis au point ce programme après le suicide d’une de ses patientes. 

J'ai compris que je ne pouvais pas simplement travailler en tant que psychiatre dans un établissement tertiaire et attendre que les gens viennent me voir. Donc j'ai commencé à étudier des solutions plus pratiques afin de déplacer les soins psychologiques des institutions vers la communauté. Dixon Chibanda dans un entretien avec l'Organisation Mondiale de la Santé

Dans les années 2000, le Zimbabwe comptait deux psychiatres pour douze millions d’habitants. Il y avait donc une absence de personnel qualifié pour prendre en charge les personnes souffrant de maladies mentales. De plus, la dépression a longtemps été un sujet tabou dans le pays. Il n’existe pas de mot équivalent en shona : le terme qui s’en rapproche le plus est kufungisisa - ruminer -. 

Chibanda était tout d’abord sceptique quant à l’idée de confier la thérapie à ces "grands-mères". "Je pensais : nous avons besoins de psychologues, nous avons besoin de psychiatres", explique-t-il à l'OMS. Mais il a finalement constaté qu’il s’agissait du profil le plus adéquat : ces femmes ont une grande capacité d’écoute et d’empathie, elles sont intégrées à la communauté et peuvent facilement vulgariser les termes médicaux relatifs à la thérapie.

Une étude sur les résultats du programme a été publiée en 2016 et met en avant une réduction significative des symptômes dépressifs à partir de trois séances sur un des "bancs de l'amitié". 

Lorsque nous avons comparé notre approche à une approche plus standard des troubles mentaux nous avons constaté qu'après neuf mois, les patients des bancs de l'amitié avait des risques de faire une dépression bien plus faibles que les patients suivant des soins plus classiques. Dixon Chibanda.

Le programme s’est aujourd’hui étendu à plus de soixante-dix communautés dans plusieurs villes du Zimbabwe ainsi qu’à Zanzibar, aux Malawi et aux Caraïbes. La ville de New-York a importé et adapté le concept depuis 2017. Il a également été présenté lors du Forum Économique Mondial qui se tenait à Davos du 22 au 25 janvier. 

Voici la vidéo de la présentation du projet par Dixon Chibanda pour TED, un organisateur de conférences internationales qui a pour objectif de partager des concepts innovants :