Santé

L’hypnose thérapeutique est-elle vraiment efficace ?

©Guillermo Caffarini/Shutterstock
Débat d'ID.

L’hypnose est une technique de soins de plus en plus utilisée, en psychothérapie mais aussi dans les hôpitaux. Est-elle vraiment efficace ? Les va-et-vient du pendule et la voix de l’hypnotiseur peuvent-ils nous faire perdre la tête ?

Dans le domaine médical, les apports de l’hypnose font consensus. C’est une technique utile pour soulager les patients. Mais d’où viennent ses effets ? Selon l’hypnothérapeute Antoine Bioy, soigner par l'hypnose requiert un apprentissage spécifique, pour permettre au patient de se laisser aller à de nouvelles perceptions. Un point de vue que conteste Stéphane Laurens : selon lui, ce n’est qu’un moyen parmi d’autres d’influencer son interlocuteur. Le folklore autour de l’hypnose ne serait que de la poudre aux yeux…

Antoine Bioy
Antoine Bioy a pratiqué l’hypnose dans le cadre de son métier de psychologue. Il est aussi chercheur et a publié en octobre 2017 un Que sais-je ? consacré à l’hypnose.

L’hypnose peut-elle être thérapeutique ?

L’hypnose agit dans trois dimensions : au niveau de l’état de conscience, de la relation à l’environnement et du ressenti corporel. Elle permet de réécrire sa réalité, notamment lors d’une thérapie. L’indication majoritaire est celle de la gestion de la douleur et de l’anxiété, dans le cas d’une anesthésie ou d’un accouchement par exemple. Ensuite, l’hypnose peut être efficace pour les troubles dits psychosomatiques, comme le syndrome du côlon irritable. Enfin, en psychologie, elle peut aider les patients atteints de phobie, de dépression voire de schizophrénie. Certaines interventions brèves, assez dirigistes, permettent de modifier des éléments simples comme la douleur aiguë ou les nausées. Les prises de médicaments peuvent ainsi être diminuées voire supprimées.

Est-ce que le patient garde le contrôle ?

C’est moins simple que cela. Déjà, il faut avoir son consentement, il arrive que le patient refuse d’emblée. Ensuite, il peut toujours s’arrêter en cours de séance. Mais s’il accepte, le patient donne à son thérapeute le pouvoir d’influencer ses ressentis corporels et ses pensées. L’état hypnotique est une transe, une conscience modifiée. Dans un état de conscience ordinaire, les demandes du thérapeute paraîtraient incongrues voire folles. Il y a donc une diminution du contrôle consentie. Si le patient reste dans un état hypnotique, c’est finalement son choix : il garde son libre-arbitre. L’hypnothérapeute ne peut pas le pousser à agir contre sa volonté.

L’hypnose est-elle un jeu auquel le patient veut bien se prêter ?

Cette théorie, dite du « role playing » (jeu de rôle), date des années 1950. En effet, pour que ça marche, il faut que le patient ait une représentation des comportements hypnotiques avant de les adopter devant son thérapeute. Mais ça n’est pas suffisant pour tout expliquer. Si on demande à des gens de jouer un rôle d’hypnotisé sans rien leur suggérer, ils ne seront pas dans un état hypnotique. Ils doivent être dans une transe. C’est comme les bons acteurs, qui ressentent vraiment les émotions qu’ils jouent. En acceptant de jouer un rôle, ils accèdent à des sentiments nouveaux qu’ils n’auraient jamais ressentis à ce moment-là sans y être invités. De même, l’hypnose crée des activations de conscience différentes.

Stéphane Laurens
Stéphane Laurens est chercheur en psychologie sociale. Il est l’auteur de Manipulations et influences : Réalités et représentations à travers deux siècles d’études, publié en mai 2017.

Pour vous, les techniques hypnotiques n’ont pas d’efficacité en elles-mêmes. Pourquoi ?

Elles ont des effets, bien sûr : atténuation de la douleur, obéissance des assistants dans les spectacles… Dans de nombreux cas, l’état hypnotique est activé. Mais la question est celle de la cause. D’où viennent ces effets ? Les gens les attribuent parfois à un pendule, à un point lumineux ou à la fascination, mais ce n’est qu’une croyance. Vous pouvez utiliser tout et n’importe quoi, une boîte de bonbons si ça vous chante, le résultat sera le même. Ce qui compte, c’est le sens que vous mettez derrière le geste. Pour cette raison, n’importe qui peut pratiquer l’hypnose, il suffit de connaître quelques techniques d’influence et de trouver quelqu’un qui se prête au jeu.

L’hypnose est-elle une manipulation ?

C’est avant tout une croyance partagée entre hypnotiseur et hypnotisé. Notre contexte culturel fournit à tous ce qu’est l’hypnose : comment se passe une séance, ses effets… Les participants ont un contrat tacite. Il y aurait manipulation si l’un agissait à l’insu de l’autre, mais ce n’est pas le cas. L’image populaire de l’hypnose est celle d’une personne qui a une emprise sur les autres. En 1890, alors que l’hypnose est à la mode, les législateurs veulent la réserver aux médecins pour prévenir la population d’un soi-disant danger. En réalité, il n’y a pas de danger car pas d’assujettissement. Si l’hypnotisé ne veut pas se prêter au jeu, rien ne se passera.

L’hypnose ne serait-elle donc qu’un leurre ?

Hippolyte Bernheim, le grand spécialiste de l’hypnose de la fin du 19e siècle, a d’abord considéré qu’il existait bien un état hypnotique. Mais 10 ans plus tard, dans un ouvrage intitulé De la suggestion, il écrit : « Il n’y a pas d’hypnotisme, il n’y a que de la suggestion. » Certaines expériences montrent qu’on obtient les mêmes résultats avec un patient hypnotisé qu’avec un patient non-hypnotisé. Si un état hypnotique permet d’induire de nombreux comportements, cela provient seulement d’un processus d’influence consenti de part et d’autre. Cette explication par les croyances partagées explique beaucoup de faits, même si elle est loin d’être parfaite : comment se fait-il que l’hypnose fonctionne sur les lapins ou sur les bébés ?