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"Un café, des contacts", ou le circuit court de l'emploi

©TonyaB/Shutterstock

"Un café, des contacts, des emplois": depuis dix ans, de Roubaix à Marseille, Paul Landowski applique sa maxime en faisant rencontrer directement, "dans un lieu public et convivial" d'un quartier populaire, entreprises et chômeurs.

En ce mardi matin de décembre, une quinzaine d'employeurs de Seine-Saint-Denis, PME comme grands groupes, sont attablés dans un restaurant de Bagnolet. Et présentent leurs offres à une soixantaine de demandeurs d'emploi un peu intimidés.

"Pas d'à priori, allez voir tout le monde. Vous ne partez pas tant que vous n'avez pas trouvé un travail, on vous prend en otage !", encourage au micro M. Landowski.

Cet ancien cadre a créé l'association "café contact de l'emploi" en 2006 lorsqu'au chômage à 49 ans, il s'est demandé "comment rencontrer un employeur".

"Au lieu d'attendre, j'ai invité, avec d'autres cadres, des employeurs à venir nous voir dans un café à Strasbourg, et ça a fonctionné", raconte-t-il

Onze ans et 220 cafés plus tard, le concept est rodé: faire rencontrer "au bas de l'immeuble" des entreprises avec des chômeurs qui n'ont souvent pas eu d'entretiens depuis des mois en dépit de centaines de CV envoyés.

"Le contact d'abord, le CV ensuite", résume M. Landowski.

Arfanissa, 29 ans et au RSA, aura ainsi "en une matinée plus d'entretiens qu'en un an". Le jeune homme repartira avec un rendez-vous pour une formation de conducteur de tramway chez l'exploitant d'une ligne du département.

"Dans les salons pour l'emploi, c'est très formaté et les entreprises sont surtout là pour communiquer. Ici, celles qu'on a démarchées viennent avec des offres immédiates", explique M. Landowski.

Même si on croise aussi des jeunes diplômés à la recherche d'un premier emploi, l'objectif est d'abord de toucher "des perdus de vue" qui "viennent parce qu'on vient chez eux".

"Ici, il n'y a pas la prévention, les codes d'un entretien classique", se réjouit Marion Le Dantec, responsable insertion emploi au conseil départemental, qui a financé quatre cafés en 2018 pour 34.000 euros.

"8 à 10% d'embauche"

C'est aussi ce contact direct qui a motivé les employeurs présents, confrontés à des difficultés de recrutement et noyés sous les CV.

"On cherche depuis un petit moment, on est passé par Pôle emploi, les réseaux sociaux, des cabinets de recrutement", témoigne Laura Stefania de GK Pro (équipement des forces de sécurité) venue avec trois offres (comptable, commercial et service achats). "Même quand on a des CV qui nous plaisent, 50 % ne viennent pas quand on les appelle", soupire-t-elle.

A ses côtés, Jonathan Lelièvre, de la société Weyga (façonnage pour imprimeurs), également installée à Bagnolet, cherche deux opératrices de production mais est "confronté à un marché du travail dans l'industrie un peu difficile avec des formations qui n'existent plus".

"Ce café est l'occasion de se faire connaître et de recruter des personnes qui n'habitent pas loin", espère-t-il.

Thibaud Dufresne, qui propose des CDI à des jeunes ingénieurs pour la société de services en informatique Sardel Conseil, est lui même passé par Café contact après avoir été licencié en 2011.

"J'ai trouvé la formule excellente car ça m'a permis d'avoir un réseau. Et je préfère recruter des jeunes qui ont un bon relationnel, on les fera ensuite monter en compétences", explique-t-il.

Sur les 15 entreprises présentes, dix ont prévu 31 nouveaux entretiens, selon un bilan réalisé deux semaines plus tard.

Mais sans garantie de succès. Recontacté, M. Lelièvre a "recruté une opératrice qui a démissionné avant la fin de sa période d'essai car elle trouvait le travail trop dur". M. Dufresne "a relancé deux candidats potentiels mais sans retour".

"On a en moyenne 8 à 10% d'embauche", selon M. Landowski, et pour les autres, "les entretiens leur redonnent confiance".

Fonctionnant avec deux salariés et des bénévoles, il voudrait trouver un partenaire national pour multiplier ce type d'initiatives de petite échelle.

Cet adepte du mouvement citoyen "bleu-blanc-zèbre" d'Alexandre Jardin est en effet convaincu que "la demande de lien social et de proximité est énorme".

"L'Etat ne peut pas tout, je le dis à Macron: utilisez-nous !", lance-t-il.

Avec AFP.

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