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Accueil des migrants : "les peurs qui nous freinent là où la solidarité fait du bien"

©Kyle Glenn

La journaliste Julia Montfort et son compagnon accueillent un migrant chez eux depuis un an. Elle a décidé de partager ce vécu dans un article dans laquelle elle énumère "les peurs qui nous freinent là où la solidarité fait du bien".

Dans son édito politique du 19 juin 2018 (écouter ci-dessous), le chroniqueur Thomas Legrand est revenu sur un sondage dans lequel on apprend que les plus jeunes (18-24 ans) sont les plus favorables (à 54 %) à l'accostage du bateau Aquarius en France. Les plus rétifs étant les 50-64 ans (à 36 %).

Et sur la toile depuis plusieurs jours, des prises de paroles de "jeunes" confirment cette tendance, notamment ce billet de la journaliste Julia Montfort qui revient sur ce choix que son ami et elle ont fait il y a un an de vivre avec Abdelhaq, un migrant tchadien de 21 ans. Chose intéressant, elle détaille avec honnêteté des questions que nous sommes sans doute nombreux à poser tout bas : "Et s’il me dérobait quelque chose…? Et si c’était un terroriste ? Est ce que je peux lui faire confiance ? Et si je n’arrive plus à le mettre dehors ?" détaille-t-elle au sujet de ce qui s'est passé dans sa tête la première nuit... avant de réaliser qu’Abdelhaq est d’abord "un jeune garçon perdu en France" : "A 14 ans, il a été victime de persécutions dans son pays. Il a connu l’enfer des prisons tchadiennes et s’est enfui pour sauver sa peau. Il est sans nouvelles de sa famille depuis des années. Il aimerait pouvoir leur dire qu’il va bien, qu’il a survécu au bourbier libyen, à la traversée de la Méditerranée. Après avoir surmonté de nombreux obstacles, est ce un péché de vouloir survivre ardemment ?" explique-t-elle avant de rappeler que migrer ne se fait jamais de gaité de coeur.

On ne profite pas d’une situation d’exil. Cette question des migrants dessine le monde de demain. Un monde érigé de murs ou un monde pour plus de liberté. Il est urgent de se saisir de cette question fondamentale alors que l’Europe ne parvient pas à coordonner ses efforts. Alors que la France noie le droit d’asile.

La solidarité fait du bien

Julia Montfort se demande aussi pourquoi elle n'a pas favorisé chez elle l'accueil d'un sans domicile fixe : "Peut être parce qu’il n’y a pas de priorité dans le secours à autrui. C’est une question d’occasions, de circonstances. J’ai ouvert ma porte à ce garçon parce que j’étais en capacité d’accueillir quelqu’un à ce moment-là. La prochaine fois, qui sait, je l’ouvrirai peut être à un compatriote précaire" rétorque-t-elle en soulignant que "la compétition et l’individualisme inhérents à nos sociétés productivistes nous font parfois oublier que nous sommes tous liés". Alors que sa copropriété a accueilli favorablement la présence de leur nouvel ami, c'est la preuve pour elle que la solidarité est contagieuse et qu'"elle fait du bien".

Avec le temps, le jeune couple a proposé à Abdelhaq de rester, conscient que son destin est un peu lié au leur maintenant :

Nous lui apportons un peu de légèreté dans un quotidien marqué par l’angoisse de l’expulsion. On ne peut que s’incliner face à l’ardent courage de ces jeunes qui trouvent la force de vivre, d’apprendre et de se reconstruire.

Pour finir, la jeune femme et son mari expliquent être parfaitement au courant des risques qu'ils encourent : en France, selon la loi, "toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité (…) l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 euros". Malgré cette "tendance à la criminalisation du secours à autrui", ils ont choisi, comme beaucoup, de faire le choix de la désobéissance civile...

Forte de cette expérience d'ailleurs, la journaliste lance la série CARNETS de Solidarité, afin de raconter leur histoire et d’aller à la rencontre de Français qui tendent la main.

J’ai l’intuition profonde que nous sommes un peuple plus solidaire qu’il n’y paraît. On pense que les Français se renferment. Certains discours politiques nous décrivent une nation du repli sur soi. Et si nous montrions une autre réalité? Celle d’un peuple chaleureux, accueillant, conscient de l’urgence sociale en cours ? Conscient qu’il faut parfois enfreindre la loi pour un geste d’humanité.

Une vidéo à partager

A noter : le youtubeur Vincent Verza a aussi réalisé une vidéo dans laquelle il revient sur la réalité des migrants et explique ce qui, selon lui, nous empêche de faire plus et comment agir autrement. A regarder et à diffuser là aussi !