Santé

Un dîner à l’aveugle pour sensibiliser au handicap

Le deuxième "Dîner dans le noir" du festival Zanzan à Rennes a rassemblé 64 convives jeudi soir.
©Charlotte Hervot/ID

Dîner "à l’aveugle" ? Pourquoi pas. A Rennes, 64 convives ont participé au repas dans le noir organisé par le festival Zanzan. 

Jeudi 15 mars 2018 au soir, au bar-restaurant du Théâtre national de Bretagne (TNB) à Rennes, se jouait une drôle de pièce. Un masque sur les yeux, 56 participants, servis par des bénévoles et guidés par un hôte aveugle ou mal-voyant, ont partagé un dîner dans le noir, organisé dans le cadre du festival culturel Zanzan. 

Un premier dîner l'an dernier

Chaque année, l’association Zanzan Films, créée en 1998 par Philippe Thomas, réalisateur et producteur infirme moteur-cérébral, sensibilise le public au travers d’une dizaine d’animations : exposition avec une version braille des textes, projections de films en version sous-titrée, concerts avec colonnes vibrantes pour malentendants… et depuis 2017, un "repas à l’aveugle", pour sensibiliser au handicap. 

"Je connaissais le restaurant Dans le noir ? à Paris. J’ai proposé l’idée à l’équipe et on a organisé un premier dîner l’an dernier, dans le cadre d’un parcours sensoriel, retrace Marine Magnard, coordinatrice du festival. L’idée a plu, alors on a remis ça pour notre 7e édition." Pour préparer le repas, l’association Zanzan Films a demandé conseil à Sylvie Ganche, une Rennaise aveugle, à l’origine du "Marius", un prix de la meilleure audiodescription en marge des César.

"Il y a plein de façons de mal voir"

Se servir du vin sans en renverser sur la table, être sûr de finir son assiette, vérifier que l’on ne s’est pas taché… des difficultés du quotidien pour les déficients visuels. D’autant qu’il y a "plein de façons de mal voir", indique Sylvie Ganche. Pour elle, "il ne faut pas que ça soit une expérience traumatisante. Il faut être vigilant à la façon dont on met le bandeau et quand on le retire par exemple. On conseille le menu selon la difficulté voulue par les organisateurs. S’ils veulent être durs, c’est poulet et petits pois direct !" 

Pour Jean-Marie et Émeline, le "Dîner dans le noir" est avant tout une "expérience pour mieux comprendre les autres".
©Charlotte Hervot/ID

À table justement, la dextérité et les papilles sont mises à l’épreuve. L'entrée : caviar d’aubergines, poivron confit, falafel, salade et vinaigrette à la grenade. Pour le plat principal, c’est œuf poché à l’estragon, purée de panais, souvent confondu avec du céleri, tombée de champignons et légumes croquants. Le dessert ? On vous le laisse découvrir en même temps que les invités de la table de Carole, malvoyante et guide le temps de ce repas obscur.

Extrait d'un dîner dans le noir pour sensibiliser au handicap - Découverte du dessert

"Je n’ai pas d’iris, comme ma sœur jumelle. Je vois encore, mais un petit peu", explique Carole, attablée à côté d’Émeline, institutrice de 29 ans et de Jean-Marie, 28 ans, développeur économique. Pour eux, ce repas – une première – est avant tout une "expérience pour mieux comprendre les autres".  Et ici, Carole en l'occurrence.

Comment se déplace-t-elle dans la rue ? Comment s'habille-t-elle ? Carole est bien équipée : machine à lire, boitier pour traverser au feu, détecteur de couleur... Devenue débrouillarde malgré elle, Carole partage gaillardement sa vie de tous les jours et oriente les voyants devant leur assiette. "C’est comme un voyage. On est dans une situation où l’on n’a pas les mêmes repères, remarque Jean-Marie. On est confronté aux mêmes difficultés que les aveugles et non-voyants. C’est perturbant." 

"Dîner dans le noir, on fait ça tous les jours"

Perturbant, mais éphémère. À la fin du dîner, les masques des voyants tombent. Un moment parfois difficile à vivre pour les hôtes, comme l’explique la militante Sylvie Ganche. "Les dîners dans le noir sont à la mode chez les voyants. Mais pour nous, c’est pas toujours un moment agréable, observe la chargée d’accessibilité du centre culturel Les Champs libres à Rennes. Parce que dîner dans le noir, on fait ça tous les jours." Reste que ce soir-là, le concept a séduit puisque les huit tables du restaurant affichaient complet. À l’année prochaine ?