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Santé

Paris : une "Maison" pour les soignants épuisés ou en souffrance

Hôpital Henri Mondor, Créteil.
©ALAIN JOCARD/AFP

"Si on ne les aide pas, ils ne pourront pas bien aider les autres" : longtemps taboue, la souffrance au travail des professionnels de santé a désormais un lieu dédié à Paris, où les soignants peuvent consulter gratuitement un psy ou participer à des groupes de parole.

Installée à quelques pas de l'Arc de Triomphe, cette "Maison des soignants" propose aide, information et ressources aux médecins, infirmiers ou aide-soignants confrontés au burn-out ou à la dépression. Un mal-être déjà ancien, mais que la crise du covid a davantage mis en lumière, souligne Eric Henry, président de l'association SPS (Soins aux professionnels de santé), qui a créé cette nouvelle structure.

"Sortir du déni"

La société doit "sortir du déni" face à une souffrance "palpable", affirme ce médecin généraliste, qui en veut pour preuve le succès du numéro vert lancé par SPS en 2016 pour proposer aux professionnels de santé l'écoute de psychologues formés.

En 2020, première année de la crise du Covid, plus de 6000 personnes ont appelé ce service, contre moins de 1500 l'année précédente. Et les écoutants ont alerté les services d'urgence à plus de 20 reprises, pour éviter des passages à l'acte suicidaires. "Avant, lorsque le docteur allait mal, il ne fallait pas que ça se sache. Mais le covid a fait exploser tout ça", relève M. Henry, évoquant ces médecins qui récupèrent les antidépresseurs non consommés par leurs patients pour en prendre en cachette, ces infirmières qui abandonnent leur métier "essorées" par la surcharge de travail, ou ces agents administratifs des hôpitaux qui n'en peuvent plus d'être confrontés à la colère des usagers aux guichets.

Stress post-traumatique

"C'est compliqué, en tant que soignant, d'admettre qu'on a besoin d'aide, mais il faut en parler", affirme Dahlia Tharwat, une sage-femme de 34 ans qui confie avoir elle-même consulté un psychologue. "La souffrance des patients peut avoir un impact sur nous. Il ne devrait pas y avoir de tabou avec ça : pour bien accompagner les autres, il faut être accompagné soi-même", affirme la jeune professionnelle.

Dans les 750 m2 de la "Maison des soignants", les usagers pourront prendre part à des ateliers de gestion du stress ou de méditation de pleine conscience. Ils pourront faire un bilan de leurs problèmes de sommeil - récurrents chez de nombreux professionnels de santé -, apprendre à mieux s'alimenter ou s'informer sur la manière de reprendre une activité physique. Et pourront entamer, si nécessaire, un suivi psychologique à long terme.

Pour les soignants, la souffrance psychique et l'épuisement ont longtemps relevé de "pathologies de la honte", mais désormais "ils sont davantage en accord avec eux-mêmes et peuvent dire 'je suis fatigué', ce qui ne veut pas dire que ce sont de mauvais professionnels", analyse Célia Belrose, la psychologue qui assure les consultations. Burn-out, stress, effets délétères des réorganisations administratives, conflits entre collègues, manque d'effectifs : ces problématiques ne sont pas propres aux travailleurs de la santé, mais elles peuvent prendre une acuité particulière lorsque les professionnels doivent en "faire abstraction et donner le meilleur d'eux-mêmes pour sauver la vie d'autrui", résume-t-elle. En outre, la confrontation avec la mort peut engendrer des syndromes de stress post-traumatique qu'il faut prendre en charge, insiste Mme Belrose.

Un moyen "d'éviter de s'épuiser"

Le nouveau lieu doit permettre aux soignants de "se soigner, s'informer, se former, se ressourcer", mais aussi de "rompre l'isolement" et "d'éviter de s'épuiser", énumère Catherine Cornibert, de l'association SPS. Ravis de cette première implantation "emblématique" au coeur de Paris, les promoteurs du projet rêvent désormais de le voir essaimer dans toutes les autres régions de France. Ils entendent militer en parallèle pour que l'organisation du système de santé soit plus respectueuse des individus qui le composent. "Nous agissons comme les pompiers du système. Les pompiers sont indispensables, mais ce ne sont pas eux qui vont changer le monde", constate le Dr Henry. Or "les choses doivent changer", insiste-t-il.

Avec AFP. 

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