Santé

Les P’tits Doudous : diminuer l’anxiété des enfants hospitalisés par le jeu

©Richard Volante/Les P'tits Doudous

A l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire, ID propose plusieurs portraits d’entrepreneurs engagés dans des projets écologiques et solidaires. Zoom sur Nolwenn Febvre qui a créé Les P’tits Doudous afin de changer l’approche dans les soins des enfants à l’hôpital.

Nolwenn Febvre est infirmière anesthésiste. En 2011, elle a créé l’association Les P’tits Doudous, afin de diminuer l’anxiété des enfants hospitalisés avant leur entrée au bloc opératoire. Elle vient de rejoindre la promotion 2018 de fellows Ashoka, qui sélectionne chaque année plusieurs entrepreneurs sociaux pour les accompagner dans leur projet. Entrevue.

Quel est l’objectif de l’association Les P’tit Doudous ?

Les P’tits Doudous, ce sont des associations de soignants dans les hôpitaux qui se sont fédérés pour essayer d’apporter des doudous aux enfants opérés. Pour financer ces doudous, nous avons mis en place un système d’économie circulaire, en valorisant les déchets hospitaliers. On recycle des déchets contenant des métaux qui étaient normalement jetés. Nous avons ensuite créé un jeu vidéo pour accompagner les enfants au bloc opératoire. Il s’agit un jeu qui les rend acteurs du parcours, afin de diminuer leur anxiété. Il fait aujourd’hui l’objet de prescriptions médicales.

Concrètement, comment les enfants sont-ils accompagnés via le jeu ?

Le jeu (intitulé "Le Héros, c’est toi" ndlr) est donné à l’enfant dans sa chambre avant d’aller au bloc opératoire. C’est lui le héros. Il a son personnage à créer et il va rencontrer des chirurgiens et anesthésistes. Tout ce qu’il va vivre – se faire prendre la tension, aller au bloc opératoire, respirer dans un masque pour s’endormir – est aussi gamifié dans l’application. Il a des choses à faire en lien avec cela : trouver le chirurgien caché, trouver la photo de ses parents dans un coffre à trésors, respirer fort dans son masque pour s’endormir. C’est un jeu qui a permis de changer nos pratiques de soignants. En rendant les enfants acteurs de leur parcours, il y a moins d’agression. Si on leur explique qu’on les laisse faire et qu’on les accompagne, cela se passe beaucoup mieux.

Quelle est l’ampleur aujourd’hui des P’tits Doudous ?

Nous avons créé la première association à Rennes en 2011. Et aujourd’hui, on approche les 50 associations sur le territoire. À la suite des études que l’on a faites sur l’impact de nos outils, les autres établissements nous ont interpellés pour savoir comment appliquer cela chez eux. Nous n’avions pas imaginé nous dupliquer, donc c’est ensemble que nous avons défini notre modèle. Presque 50 000 enfants ont été pris en charge. Et au delà de ça, dans les 50 associations avec ça fait du bien aux 300 soignants qui s’engagent et se sentent acteurs de ce changement de prise en charge.

Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce projet ?

Le point de départ c’était de me sentir un peu fatiguée de mon métier et de ne plus supporter les pleurs des enfants. Je me disais : ‘si on peut pas changer cela, il va falloir que je m’en aille’. Un jour un petit garçon avec une fracture de la jambe est arrivé en pleurant. Il pleurait parce qu’il n’avait pas son doudou. Nous savions très bien comment réparer sa fracture et l’endormir rapidement pour qu’il n’ait pas mal. Mais je n’avais pas de doudou à lui donner. Je trouvais ça complètement dingue ! Je me suis dit que ce n’était pas possible d’être dans un établissement aussi performant et de ne pas pouvoir répondre à cette demande. C’est pour cela que j’ai créé l’association avec des collègues. Une petite fille m’a dit 'tu me donnes ça parce que j’ai été très forte' (à propos du doudou – ndlr). Oui, c’est ça. On a bien conscience que tu as été forte, il faut être récompensé.

Comment vos actions sont-elles financées ?

Le recyclage des déchets en finance une bonne partie. Idéologiquement, d’être écoresponsable, c’est aussi important pour nous. Ensuite, il y a beaucoup d’actions. On développe notre marque avec des objets Les P’tits Doudous vendus aux associations à des prix préférentiels, ou lors d’actions comme des courses solidaires par exemple. Et via notre site internet, il est possible de faire des dons.

Ce type de service ne devrait-il pas être pris en charge par les centres hospitaliers ?

Oui, dans le meilleur des mondes ce serait comme ça. Mais quand l’idée m’est venue de chercher des doudous pour les enfants, je n’ai même pas demandé à mon établissement. On entend toute la journée que les budgets hospitaliers sont très serrés. Aujourd’hui, en recyclant les déchets des hôpitaux, on fait gagner de l’argent aux établissements, on est plutôt dans cette dynamique-là. Tant mieux si on inverse les choses. L’année dernière à Rennes, on a recyclé trois tonnes de déchets, cela fait pratiquement 2000 euros d’économies pour mon établissement. Tant mieux. Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. N’attendons pas que le système fasse quelque chose, même si ce serait bien que cela soit pris en charge. Un jour peut être…

Qu’envisagez-vous pour la suite ?

Les études que l’on a faites sur l’application ont montré qu’elle est pertinente pour les enfants de 2 à 10 ans, mais pas pour les adolescents. Alors nous avons un projet de visite virtuelle du bloc opératoire pour les adolescents. Et nous travaillons aussi sur un projet pour accompagner les parents, afin de leur donner plus d’informations au bon moment.