Un cancer est dit "d'origine professionnelle" s'il est la conséquence directe de l'exposition professionnelle à un risque physique, chimique ou biologique, ou résulte des conditions d'exercice de l'activité.
Pour le cancer du sein au coeur de la campagne de prévention Octobre rose, les rayons ionisants sont classés "cancérogènes avérés" par l'agence anti-cancer de l'OMS (CIRC) et le travail nocturne, "probablement" cancérogène. D'autres facteurs, comme les substances chimiques, sont scrutés par l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) qui rendra ses travaux fin 2027.
Plus meurtrier des cancers chez la femme avec près de 13.000 décès annuels en France, le cancer du sein est une maladie d'origine multifactorielle.
Faire reconnaître l'origine professionnelle d'un cancer du sein est ardu car il est absent de la liste des pathologies pour lesquelles le lien avec une profession est présumé. Faute d'inscription dans un "tableau" -ce qui ouvre droit à une indemnisation forfaitaire lorsque des critères précis sont remplis-, chaque femme doit prouver en justice le lien "direct et essentiel" entre sa maladie et son travail.
"+Essentiel+ veut dire qu'il n'y a pas d'autres facteurs pouvant favoriser l'apparition d'un cancer: c'est très compliqué à démontrer", explique à l'AFP le Dr Alain Randon, médecin de l'association Ramazzini qui analyse l'exposition professionnelle de patients accompagnés par syndicats et associations de victimes dans leur demande de reconnaissance.
"Malheureusement, nous ne donnons un avis favorable pour enclencher une procédure judiciaire qu'à un dossier sur deux: ceux quasi dépourvus des +facteurs confondants+, des facteurs personnels favorisant l'apparition d'un cancer: tabagisme important, antécédents familiaux de cancer du sein, des ovaires ou de l'utérus...", dit-il.
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Risque multiplié par trois
"On regarde le poids de ces facteurs +confondants+ par rapport à l'exposition professionnelle. Le fait d'avoir travaillé 20 ans de nuit, d'avoir été exposée aux rayonnements ionisants, d'être stressée - ce qui affaiblit les défenses immunitaires-, sera majeur par rapport au fait d'avoir fumé dix paquets de cigarettes par an, d'avoir pris du poids, ou la pilule pendant 5 ans à 10 ans", détaille le médecin.
Syndicats en particulier la CFDT Grand-Est, pionnière sur le sujet - et associations cherchent à obtenir une amélioration de la jurisprudence.
"Plus il y aura de cas reconnus, plus cela incitera à les faire reconnaître", estime le médecin, car "le ministère du Travail n'est pas prêt à publier de nouveaux tableaux de maladies professionnelles, il y a un blocage total". Ces tableaux, qui résultent d'une négociation entre syndicats et patronat, doivent être validés par le ministère.
Pour l'heure, l'origine professionnelle d'un cancer du sein n'a été reconnue que pour quelques femmes, après des années de procédure: des infirmières de Metz exposées à des rayons ionisants en radiologie, une ouvrière de parqueterie exposée au travail nocturne et aux perturbateurs endocriniens à Agen ou encore, en juillet, une hôtesse de l'air ayant cumulé nuits et exposition aux rayonnements cosmiques lors de vols long courrier, à Bayonne.
Son avocate, Me Elisabeth Leroux, pointe un discours "culpabilisant" envers ses clientes: "Vous avez fumé, vous buvez un peu trop, vous n'avez pas allaité, vous êtes trop grosse: c'est votre faute".
Alors que travailler trois nuits par semaine pendant dix ans multiplie le risque par trois -mais celui-ci revient à zéro dès qu'on retrouve un travail diurne-, "on n'interroge jamais ces femmes sur leurs potentiels risques professionnels", déplore l'avocate, qui défend des infirmières, policières, gardiennes de nuit, ouvrières, croupières ...
Toutefois, "lorsqu'elles ont fait toute leur carrière de nuit ou ont été massivement exposées, sans protection, à des perturbateurs endocriniens, on arrive à démontrer que cette exposition surpasse les facteurs de risque personnels: les juges l'entendent", explique Me Leroux.
Mais les démarches longues et complexes découragent nombre de femmes qui doivent "déjà
se battre contre la maladie" et s'occuper de leur famille, car ces cancers frappent souvent des
personnes jeunes.
Avec AFP