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Politique

Néonicotinoïdes : la gauche saisit le Conseil Constitutionnel

Les députés et les sénateurs de gauche ont saisi l'instance afin de bloquer le projet de loi sur la réintroduction des néonicotinoïdes.
©EQRoy/shutterstock

Députés et sénateurs de gauche contre-attaquent sur le projet de loi autorisant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour la filière de la betterave sucrière. 

84 députés, très majoritairement issus des bancs de gauche, de même que les sénateurs de gauche ont saisi mardi le Conseil constitutionnel sur le projet de loi autorisant le retour temporaire des néonicotinoïdes, insecticides tueurs d'abeilles, au nom de la "préservation de l'environnement".

Adopté le 4 novembre par le Parlement après le vote positif du Sénat, le projet de loi autorise, à titre dérogatoire, les producteurs de betteraves à sucre à utiliser jusqu'en 2023 des semences traitées avec des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, interdits depuis 2018.

Très contesté à gauche, ce texte "difficile", selon l'aveu du gouvernement, doit permettre de sauver la filière confrontée à une maladie qui affaiblit la plante, conduisant à une perte importante de rendement. "Notre recours n'a pas pour objet de refaire le débat parlementaire", a assuré la députée (ex-EDS) Delphine Batho. "Nous avons à l'encontre du projet de loi des griefs majeurs de nature constitutionnelle", a complété l'ancienne ministre de l'Environnement.

"Une loi qui bafoue la Charte de l'Environnement"

Le recours devant la haute juridiction a été déposé par les députés communistes, socialistes, la France insoumise, les membres de l'ex-groupe Ecologie Démocratie et Solidarité (EDS), mais aussi par huit députés du groupe Libertés et Territoires.

Au Sénat, les élus des trois groupes de gauche (PS, CRCE à majorité communiste et écologistes), ainsi que plusieurs sénateurs du groupe RDSE à majorité radicale, ont également saisi le Conseil constitutionnel, "pour contester une loi qui bafoue la Charte de l'Environnement". Dans le viseur des députés : l'insuffisance de l'étude d'impact déposée par le gouvernement avec le texte de loi. 

"Comment est-ce possible qu'une étude d'impact en 2020 ne fasse pas mention de l'effondrement de la biodiversité dont la science dit qu'elle est liée aux néonicotinoïdes?" a interrogé Delphine Batho, lors d'une conférence de presse.

"L'étude d'impact est incomplète sur le plan des risques de la santé et elle méprise les alternatives sur le plan agronomique", relève le socialiste Dominique Potier.

Les élus de gauche considèrent en outre que le projet de loi concilie de manière "manifestement déséquilibrée" la liberté d'entreprendre et la protection de l'environnement, "objectif de valeur constitutionnelle", et de la santé. "Cette loi est emblématique d'une politique qui donne la primeur à l'économie libérale par rapport au vivant", a commenté le communiste Hubert Wulfranc.

Autre argument avancé par Loïc Prud'homme (LFI) : les dispositions de la loi "priveront de garanties légales le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé en méconnaissant le principe de non-régression", écrivent les députés. Ce "droit" est consacré par la Charte de l'environnement qui a valeur constitutionnelle depuis 2005.

Pour les sénateurs de gauche, "la ré-autorisation des néonicotinoïdes est clairement antinomique avec ces principes, alors que l'on compte plus de 1.200 études scientifiques attestant de leurs effets graves et persistants sur l'ensemble de la biodiversité".

Avec AFP.

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