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Sommes-nous en chemin vers la neutralité carbone ?

DR Gerd Altmann/Pixabay

Nous avons discuté avec Simon Webber et Isabella Hervey-Bathurst, spécialistes du changement climatique, qui nous ont donné leur point de vue sur le dernier rapport de l’Agence internationale de l'énergie (AIE).

Le changement climatique et la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables est sans doute le problème le plus urgent auquel le monde fait face aujourd’hui. Répondre aux problématiques liées à la façon dont le monde produit et consomme de l’énergie, et définir les mesures qui doivent être prises afin de limiter les effets du réchauffement climatiques, sont désormais au sommet de l’agenda politique mondial.

Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) – Neutralité carbone d’ici 2050 : Une feuille de route pour le secteur mondial de l’énergie – présente un certain nombre de recommandations afin d’atteindre l’objectif de zéro émissions nettes de dioxyde de carbone d’ici 2050. Parmi ces recommandations figure celle selon laquelle aucune nouvelle chaudière à combustibles fossiles pour le chauffage domestique ne devrait être vendue à partir de 2025. Selon le rapport, la vente de nouvelles voitures à essence et diesel devrait également cesser d’ici 2035. Le rapport indique également qu’à partir de maintenant, les nouvelles explorations ou approvisionnements en charbon, essence ou gaz ne sont plus bienvenues.

La feuille de route de l’AIE pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 nécessitera des investissements massifs et des niveaux de coopération internationale sans précédents. Le rapport recommande également la mise en place d’une montée en puissance des énergies renouvelables, qui guidera la transformation du secteur. Les énergies renouvelables constitueront près de 90% de la production d’énergie d’ici 2050, pour 29% en 2020, indique le rapport. Parmi les autres recommandations du rapport, citons l’augmentation des investissements dans les infrastructures de recharge des véhicules électriques (VE) afin d’encourager leur utilisation. Le nombre de bornes de recharge pour les VE augmentera d’environ un million aujourd’hui à 40 millions d’ici 2030, indique le rapport de l’AIE. Cela nécessitera un investissement de 90 millions de dollars par an d’ici 2030.

Nous avons discuté avec Simon Webber et Isabella Hervey-Bathurst, spécialistes du changement climatique, qui nous ont donné leur point de vue sur le dernier rapport de l’Agence internationale de l'énergie (AIE).

Simon Webber est gérant chez Schroders, spécialisé dans le changement climatique :

« Il a été sidérant de voir comment, au milieu d’une pandémie mondiale, le changement climatique s’est hissé au sommet de l’agenda politique et des entreprises. Des points d’inflexion importants ont été franchis dans les secteurs des énergies renouvelables et des VE, puisque ces technologies supérieures sont devenues moins chères que leurs alternatives à base d’énergies fossiles, et peuvent désormais être déployées rapidement sans nécessiter d’importantes subventions publiques. Cependant, les valorisations se sont également envolées dans ces parts du marché financier l’an dernier, et c’est aujourd’hui dans d’autres parties de la transition vers une économie neutre carbone que nous avons le plus confiance.

Limiter le changement climatique a une hausse finale de 1,5°c nécessitera la décarbonation de toutes les industries à temps, et une réduction des émissions d’environ 45% d’ici 2030. Cela signifie que la révolution devra également s’étendre aux aliments, aux vêtements et aux logements durables, et ces changements ont été bien moins explorés par les investisseurs. Par exemple, il faudra se tourner vers les protéines d'origine végétale et plusieurs entreprises émergentes ont créé des marques solides dans ce domaine.

Le « Pacte vert » de l'Union européenne et de nombreuses réglementations gouvernementales devraient également générer un nouveau cycle d'investissement autour de la modernisation des bâtiments pour les rendre plus efficaces sur le plan énergétique et pour utiliser des sources de chauffage à faible teneur en carbone, comme les pompes à chaleur. Ces tendances émergent à peine mais ont des décennies de croissance à venir si nous décidons vraiment de décarboner l’économie mondiale. »

Isabella Hervey-Bathurst est gérante chez Schroders, spécialisée dans le changement climatique :

« L’une des caractéristiques les plus remarquables de la politique climatique ces dernières années a été la définition d’objectifs nationaux et supranationaux « zéro émission nette ». Parmi les pays et les régions qui adoptent cet objectif figurent l’Europe, le Royaume-Uni, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, le Canada, l’Afrique du Sud et quelques États américains. Environ 70% des émissions mondiales sont désormais couvertes par une politique « zéro émission nette ». La prochaine étape est de convertir ces ambitions sur le long terme en une feuille de route concrète d’actions et de politiques, et c’est pourquoi le rapport de l’AIE est une contribution importante au débat en cours.

Ce que le rapport rend très clair est qu’il faut immédiatement accélérer le déploiements des technologies existantes en matière d’énergies propres : il ne s’agit pas de l’effet de mode de demain. Les "points d'arrêt" imminents pour les biens de consommation courants tels que les chaudières à gaz et les véhicules de tourisme à moteur à combustion interne soulignent à quel point le chemin vers la neutralité carbone sera une rupture nette avec le passé. Cette rupture s’applique également au monde de l’investissement : le passé ne sera pas un bon guide pour l’avenir, et il y aura de grands gagnants et de grands perdants dans cette transition. »

Isabella Hervey-Bathurst et Simon Weber, Gérants actions changement climatique