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INFO PARTENAIRE

Qu’est-ce qui fait d’une entreprise un leader climatique ?

©DR_Pixabay/Gerd Altmann

Les entreprises qui ont des plans ambitieux de décarbonation peuvent être des leaders climatiques, quel que soit leur secteur d’activité. Au cours de la prochaine décennie, contrairement à la dernière, être un leader climatique sera un avantage concurrentiel.

Les événements de cet été ont mis en évidence la nécessité urgente de lutter contre le changement climatique. Les effets des vagues de chaleur extrêmes et des précipitations ont été démontrés par les incendies et les inondations dans des endroits aussi divers que la Turquie et le Canada, ou la Chine et l’Allemagne.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies a averti en août que de tels événements météorologiques extrêmes deviendront de plus en plus réguliers si le réchauffement climatique se poursuit. Une action rapide est donc nécessaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et ainsi limiter les augmentations de température mondiales à 2 °C, ou de préférence 1,5 °C, par rapport aux niveaux préindustriels.

Bien que de nombreux gouvernements fixent des objectifs pour atteindre des émissions nettes nulles de carbone, le monde n’est pas sur la bonne voie pour contenir la hausse des températures. Notre dernier Tableau de bord des progrès climatiques montre quelques progrès récents, mais indique une hausse de la température à long terme de 3,4 °C. Il faut faire beaucoup plus et rapidement.

Quelles sont les implications pour les investisseurs ?

Compte tenu de l’urgence croissante, les investisseurs souhaitent de plus en plus s’assurer que leurs actifs sont investis dans des stratégies cohérentes avec une décarbonation rapide. L’enquête de Schroders auprès des investisseurs institutionnels pour 2021 a révélé que le risque climatique était un facteur déterminant de l’investissement pour 21 % des investisseurs institutionnels, contre seulement 8 % en 2020.

Investir dans la décarbonation pourrait signifier sélectionner uniquement les entreprises qui permettent directement la transition énergétique par le biais de leurs produits, comme les fabricants d’éoliennes ou de panneaux solaires. Cependant, on reconnaît de plus en plus que chaque secteur, sur l’ensemble du marché mondial, doit jouer son rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Comme le montre le graphique ci-dessous, les entreprises faiblement émettrices, telles que mesurées par leurs émissions de périmètre 1 et de périmètre 2, commencent déjà à recevoir une prime de cours par rapport à leurs homologues sectoriels ayant des émissions élevées. Les émissions de périmètre 1 sont celles causées directement par une entreprise par le biais de ses activités tandis que celles de périmètre 2 intègrent l’énergie utilisée par l’entreprise.

©Schroders

Mais les entreprises deviennent plus ambitieuses. Comme de plus en plus d’entreprises s’engagent à atteindre des émissions nettes nulles, elles élargissent de plus en plus leurs objectifs pour inclure les émissions de périmètre 3 - les émissions indirectes qui se produisent dans la chaîne de valeur des fournisseurs ou de l’utilisation de produits vendus.

L’inclusion des émissions indirectes dans les objectifs de l’entreprise signifie que les entreprises doivent travailler avec des fournisseurs qui sont sur la même voie pour atteindre leurs objectifs, ce qui commence à créer un cercle vertueux de partenariats commerciaux.

Nous en voyons de plus en plus d’exemples dans la pratique. L’une des sociétés que nous suivons de près, le fournisseur japonais de composants électroniques Murata, a récemment expliqué aux investisseurs que « comme Murata est inclus dans le périmètre 3 du point de vue de nos clients concernant les émissions, les clients confirment toujours les initiatives de Murata visant à réduire les émissions de GES lors de la sélection des fournisseurs de composants, et il existe un risque évident de perdre des clients si nous ne présentons pas de mesures satisfaisantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Ce n’est qu’un exemple récent de l’apparition de ce nouvel élément dans les relations d’affaires, et nous pensons qu’il est désormais clair que le leadership climatique va passer d’un coût à un avantage concurrentiel.

Les investisseurs dans ces entreprises pourraient donc bénéficier d’un meilleur rendement des investissements, tout en veillant à ce que leur capital soit investi dans des entreprises qui contribuent aux efforts de décarbonation.

Les entreprises qui prennent la tête sur ce front pourraient devenir des investissements moins risqués que les entreprises en retard. En décarbonant leurs activités - y compris leurs chaînes d’approvisionnement - avant leurs concurrents, les leaders climatiques minimisent leur risque dans un scénario d’action gouvernementale et sociétale plus agressive pour réglementer, taxer et tarifier les émissions de gaz à effet de serre.

Comment identifier un leader climatique

Une entreprise peut être un leader climatique même si ses activités ne sont pas directement liées à la transition énergétique.

Nous définissons un leader climatique comme une entreprise ayant des plans ambitieux de décarbonation. Ces plans doivent être cohérents avec un scénario de réchauffement climatique de 1,5 °C ou mieux dans le cadre de l’Accord de Paris sur le changement climatique.

Comment trouver ces entreprises ? Tout d’abord, nous filtrons l’univers des actions mondiales pour les entreprises dont l’objectif de réduction des émissions est compatible avec une réduction de 80 % de l’intensité des émissions d’ici 2030. L’intensité des émissions est le volume des émissions par unité de production.

Nous recoupons ensuite les données fournies par les entreprises elles-mêmes avec d’autres sources, notamment l’initiative d’objectifs fondés sur des données scientifiques (« Science-Based Targets ») et la campagne d’Objectif zéro (« Race to Zero ») de l’ONU. Ces deux éléments aident à établir des pratiques exemplaires pour les entreprises qui cherchent à fixer des objectifs de réduction des émissions fondés sur la science.

Nous considérons également que les entreprises sont leaders climatiques si leur objectif de réduction des émissions est inférieur à 80 %, mais qu’ils visent surtout une intensité d’émissions de 80 % inférieure à la moyenne sectorielle régionale. Bref, il s’agit d’entreprises qui prennent clairement les devant de leurs homologues, même si leur objectif global n’atteint pas une réduction de 80 %. Il en va ainsi afin de ne pas pénaliser les entreprises qui ont déjà atteint le leadership climatique et pour lesquelles il sera donc naturellement plus difficile de réduire progressivement les émissions.

Nous reconnaissons également qu’il y a des entreprises « sortant du lot » qui n’ont peut-être pas d’objectifs aussi stricts, mais qui sont néanmoins des leaders climatiques ambitieux et indéniables dans le contexte de leur secteur.

Leadership climatique dans la pratique : Microsoft

Les objectifs ambitieux ne sont en eux-mêmes pas suffisants ; les entreprises doivent définir des plans détaillés de la manière dont elles comptent atteindre ces objectifs. Et les objectifs doivent évoluer. Une fois qu’un objectif a été atteint, il est temps d’en fixer un nouveau plus ambitieux. Nous devons également surveiller attentivement que les entreprises sont en bonne voie pour atteindre leurs objectifs, car le travail acharné concerne la mise en œuvre du changement et non la fixation des objectifs.

Microsoft constitue un exemple de leader climatique. Elle s’est fixée des objectifs ambitieux visant à mobiliser toutes les parties de l’entreprise et s’est engagée à évaluer régulièrement les progrès réalisés.

Par exemple, Microsoft vise une utilisation de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2025. Elle s’est également engagée à avoir un bilan positif concernant l’eau (c-à-d. à faire mieux que reconstituer l’eau utilisée par l’entreprise) d’ici 2030, ainsi qu’à être certifiée zéro déchets d’ici 2030, et à obtenir un bilan de déforestation net nul à l’égard de toute nouvelle construction.

Microsoft s’est également engagée à avoir un bilan carbone neutre d’ici 2030 et, d’ici 2050, elle effacera l’ensemble de l’empreinte carbone créée depuis sa création en 1975.

Comment vont-ils faire tout cela ? Un outil est la création d’une « taxe carbone » interne que chaque division Microsoft doit payer sur la base de la quantité de carbone qu’elle émet. Cela couvre déjà les émissions des périmètres 1 et 2 mais à partir de cette année le périmètre 3 sera également inclus. La taxe incite chaque division à prêter attention à ses émissions et à chercher à les réduire.

La réduction des émissions est une chose, l’élimination des émissions historiques en est une autre. Une grande partie de la technologie nécessaire pour y parvenir est au mieux à un stade embryonnaire. Microsoft investit donc 1 milliard $ dans un fonds d’innovation climatique pour accélérer le développement mondial des technologies de réduction, de capture et de suppression du carbone.

Il est important de noter que la société suit publiquement ses progrès par le biais d’un rapport annuel sur la durabilité environnementale.

Microsoft est déjà sur la voie d’un bilan net nul. Beaucoup d’autres entreprises sont à des stades bien plus précoces de leur processus de décarbonation.

Nous identifions une opportunité claire pour les investisseurs dans les entreprises qui prennent au sérieux leur responsabilité de décarboner. Alors que la société et les responsables politiques s’orientent vers la pénalisation de l’inactivité et la récompense des entreprises qui soutiennent la lutte contre le changement climatique, ces investissements peuvent créer de la valeur.

©Schroders

Simon Webber, Gérant actions internationales / Isabella Hervey-Bathurst, Analyste sectorielle changement climatique