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Obligations vertes et ESG : qu'est-ce qui explique l’essor du marché ?

©shutterstock/TH2I Shutter Rich

Le marché des obligations vertes et sociales, qui continue de croître, d’évoluer et de se diversifier, reste un outil utile pour promouvoir le développement durable. Nous en analysons les implications pour les investisseurs. 

Les obligations vertes attirent l’intérêt des investisseurs depuis longtemps car elles constituent un élément clé du développement et de la croissance de l'investissement durable ou environnemental, social et de gouvernance (ESG). Une obligation verte est, pour résumer, un instrument destiné à financer des projets ayant un impact environnemental et/ou climatique positif. Plus récemment, on a assisté à l'émergence d'obligations sociales, utilisées pour financer des investissements sociaux visant par exemple à faciliter l'accès à la santé et à l'éducation.

Cette année, selon les données de la Climate Bonds Initiative et de Bloomberg, le marché a connu un essor considérable et se rapproche de la barre des 1 000 milliards de dollars. Outre de nombreux lancements d’emprunts d'État, on a pu constater une augmentation des émissions d’obligations d’entreprise, parmi un éventail plus large de sociétés et de secteurs.

Nous décrivons ici certains changements et évolutions récents du marché, et en examinons les implications.

Pensez-vous qu'il existe une raison particulière à l'augmentation des émissions cette année, notamment depuis mars ?

La base d’investisseurs en obligations durables a augmenté et s'est élargie. Nous avons observé une augmentation des émetteurs certes en Europe, mais également sur les marchés du dollar américain et du Royaume-Uni (livre sterling). Il est logique qu'ils essaient de tirer parti de leur base d'investisseurs et de la diversifier en se tournant vers les investisseurs obligataires (ESG).

Alors que les économies ont été lourdement pénalisées par les mesures de confinement liées à la Covid-19, la réponse des gouvernements a inclus des programmes d'investissement vert et social. L'Allemagne a émis des Bunds verts et l’UE a lancé les obligations sociales SURE dans le cadre du programme Next Generation EU, qui inclut des initiatives d'investissement vert. Ces politiques ont encouragé les entreprises européennes, ce qui a, par ricochet, provoqué une augmentation significative de la taille et de la liquidité du marché, créant ainsi un cercle vertueux.

Dans des conditions de marché aussi peu favorables, a-t-il été plus facile d’émettre des obligations vertes en raison de la vigueur des tendances du secteur ESG ?

Oui et non. N'oublions pas que les investisseurs ESG posent plus questions, ou du moins devraient le faire, sur les indicateurs environnementaux et financiers des émetteurs, lorsqu'ils achètent des obligations ESG. De ce fait, les émetteurs doivent disposer de ressources supplémentaires, démontrer leur engagement et avoir une stratégie solide de durabilité.

Les politiques des banques centrales ont amené de nombreux émetteurs d'obligations d'entreprise sur le marché cette année, toutes catégories confondues, les entreprises cherchant à se doter d'un capital suffisant pour affronter le ralentissement de l’activité dû au confinement. Certains émetteurs ont utilisé leurs émissions d'obligations vertes, sociales ou durables pour mettre l'accent sur leurs initiatives environnementales et sociales, en partie parce qu'ils réévaluent leurs responsabilités dans le nouveau monde, la pandémie ayant mis en évidence bon nombre des vulnérabilités actuelles.

L’évaluation de ces obligations d'un point de vue ESG et purement financier permet d’acquérir une meilleure compréhension et une plus forte conviction, positive ou négative, sur des marchés par ailleurs volatils et incertains.

Des tendances intéressantes ont-elles émergé de cette augmentation des émissions, en termes de valorisation, d'utilisation du produit des émissions, de type d’entreprises et de secteur ?

Nous avons constaté avec satisfaction que de nouveaux secteurs sont apparus sur le marché des obligations ESG, qui ne se limite plus aux services aux collectivités et aux banques. Nous avons observé des innovations dans les obligations durables et sociales, souvent liées à des indicateurs d'impact ou aux aux Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU.

Burberry est devenu la première enseigne de mode à émettre une obligation ESG, qui permet de suivre les objectifs de la stratégie de développement durable de la société. Les objectifs de Burberry sont les suivants : (1) la neutralité carbone des opérations d'ici 2022 - efficacité énergétique et bâtiments verts, (2) l’approvisionnement en matières premières durables, notamment le coton certifié par la Better Cotton Initiative, ceci en lien avec l'ODD Vie terrestre, et (3) les emballages durables. Voilà un exemple de la manière dont les considérations ESG et commerciales peuvent se concilier, compte tenu de l'importance de ces questions pour les jeunes consommateurs.

L’émission d'obligations vertes à haut rendement constitue une nouveauté. La filiale chinoise de Volvo et Getlink, l'opérateur d'Eurotunnel, ont tous deux émis des obligations vertes notées BB. Volvo Car utilisera le produit de l’émission pour développer de nouveaux modèles de véhicules électriques. Le produit de l’obligation Getlink servira à financer des projets de transport propre, d'efficacité énergétique, d’installations de recyclage et de climatisation. Le cadre comprend des rapports sur la manière dont les produits sont dépensés. Sur le marché américain, nous avons observé l’émission d’obligations liées à la pandémie et à la diversité.

Novartis, société suisse du secteur de la santé, a émis une obligation à 8 ans, assortie d'un coupon dont l’augmentation est liée aux objectifs ESG. Novartis a pour objectif d'accroître de 200 % d'ici 2025 l'accès aux médicaments dans les pays à faible et moyen revenu. Si cet objectif n’est pas respecté, le coupon obligataire (ou intérêts) augmente d'un quart de point de pourcentage.   

Avez-vous observé une baisse ou une différence de qualité dans les nouvelles émissions d'obligations ESG ? L'augmentation des émissions ESG a-t-elle créé des opportunités ?

Des opportunités, sûrement : pour les investisseurs, mais aussi pour la société, compte tenu de la volonté claire des entreprises d'améliorer l'efficacité énergétique et de réduire les émissions de carbone, et de l’engagement des émetteurs vis-à-vis de toutes les parties prenantes. Nous ne voulons pas payer une prime trop importante pour les obligations ESG, sauf si nous pensons qu'en améliorant la durabilité, le profil global de crédit ajusté en fonction de la durabilité s'améliore.

Cela aide les investisseurs en crédit durable à créer de l'impact d'une part en faisant pression sur les émetteurs et d'autre part en investissant dans différents ODD et causes sociales et climatiques par le biais d’un marché des obligations ESG en plein essor et liquide.

Les organisations à but non lucratif comme l'International Capital Markets Association (ICMA) et la Climate Bonds Initiative (CBI) offrent-elles un cadre efficace ?

L'International Capital Markets Association (ICMA) a évolué au fil du temps, avec une consultation régulière des investisseurs et spécialistes des obligations ESG. Tout en se basant sur le volontariat, sans pénalité pour les mauvaises performances mais avec une reconnaissance pour les leaders par des investisseurs dédiés, les initiatives de l'ICMA ont permis d’établir une norme minimale, utile pour l’évaluation d'un émetteur d'obligations vertes.

L'ICMA fournit régulièrement des orientations sur les objectifs des obligations vertes ; cette année par exemple ces orientations soulignaient la pertinence des obligations sociales pour faire face à la pandémie de coronavirus. Elle a émis des orientations pour des projets éligibles dans ce domaine, tels que la recherche et l'investissement dans la santé, en particulier le développement de vaccins ou l'investissement dans des équipements.

La CBI quant à elle vise à établir en quelque sorte l’ultime référence en matière d’obligations vertes, en fournissant une certification, mais les émetteurs doivent payer pour cela et doivent en plus obtenir un avis d’expert indépendant (second party opinion). Pour la dernière obligation verte en livre sterling de Barclays par exemple, la certification CBI permet à certains fournisseurs de données comme Refinitiv de la classer comme une obligation verte, un outil utile pour les fonds dédiés aux obligations de ce type. Barclays, en tant qu’entité, doit clarifier sa stratégie concernant son plan de transition avec les clients qui s'engagent sur les activités liées aux énergies fossiles.

Que ce soit en respectant les critères d'inclusion de l'indice MSCI Green Bond ou en obtenant une certification CBI, le mieux pour un émetteur d'obligations vertes est d'être aussi transparent et fiable que possible sur la base des lignes directrices de l'ICMA et de l’avis d'agences crédibles. Lors d'un roadshow sur les obligations vertes, les émetteurs peuvent présenter leur stratégie ESG globale, les avantages, l'engagement et les défis liés à la démarche écologique de l’entreprise ainsi que les indicateurs d'impact et les étapes importantes pour l'ensemble de l'entreprise.

Comment mesurer, évaluer et analyser les caractéristiques ou la structure d'une obligation verte ou sociale, et vérifier que le produit de son émission est utilisé comme il se doit ?

Pour nous, il est important d’évaluer également la culture, la stratégie et l'orientation globales des émetteurs d'obligations vertes ou sociales. Vous pouvez alors considérer l'obligation ESG comme un moyen de respecter les engagements aussi bien financiers que de gestion. Notre équipe d'analystes et de gestionnaires de portefeuille crédit ESG examine divers indicateurs des entreprises et l'utilisation du produit des obligations, par exemple la réduction de l'intensité carbone et les émissions de carbone évitées, ou les lits d'hôpitaux et les établissements de soins de santé/sociaux créés, le nombre d'étudiants aidés. Dans l'idéal, les produits sont consacrés à de nouveaux projets, mais il existe une certaine tolérance pour une utilisation rétrospective (maximum de trois ans).

Outre les rapports annuels quantitatifs et qualitatifs sur l'obligation ESG elle-même, les rapports sur le développement durable et de plus en plus le reporting selon les normes du Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD), ainsi que les rapports financiers et les réunions régulières avec les émetteurs et l'analyse ESG spécifique au secteur, sont des sources d’informations importantes.

Que pensez-vous des mesures plus normatives, telles que les comptes distincts pour le produit des obligations ESG ?

Je pense que ces mesures seraient idéales, mais elles ne s’avèrent pas toujours réalistes ou pratiques, et ne sont pas essentielles. Le caractère écologique ou l'impact social positif de l'utilisation du produit d'une obligation sont aussi importants, si ce n'est plus, et l'engagement est le meilleur outil pour les surveiller.

Un compte distinct peut être utile pour les auditeurs, mais il peut coûter cher car il nécessite des tâches administratives. Le plus important est que l’émission d'une obligation ESG ne soit pas une opération ponctuelle ; elle doit s'inscrire dans le cadre de l'adoption d'une démarche plus verte ou plus sociale, et d’activités en accord avec celle-ci, à plus grande échelle.

Pensez-vous qu'il serait utile d'appliquer des règles spécifiques, par exemple faudrait-il instaurer la révocation rétroactive de la certification ESG ?

Il revient aux investisseurs ESG de mener des due diligence et de dialoguer directement avec les entreprises et les organismes sectoriels, les alliances, les régulateurs afin d'améliorer activement et de contribuer à une société plus verte et durable. L’avis crédible d'un expert indépendant (second party opinion) sur une obligation ESG est utile, mais l’évaluation des émetteurs par les analystes est cruciale. Tout comme la notation de crédit d'une agence, la certification sociale ou verte joue un rôle mais n'est pas le seul facteur de décision pour les investisseurs actifs engagés.

Quelles sont les tendances ou évolutions observées dans l'utilisation des produits et qu'indiquent-elles sur les principales considérations et priorités ESG des entreprises ?

Dans l'ensemble, nous pensons que les entreprises sont plus ambitieuses et élargissent leur horizon ESG. Les considérations écologiques ne concernent plus seulement l’entreprise elle-même, elles s’alignent sur les objectifs de l'Accord de Paris. La thématique des bâtiments verts a été une réussite, notamment en ce qui concerne la certification des bâtiments neufs ; elle s'étend désormais à la rénovation énergétique et à son rôle dans une économie circulaire, notamment la gestion des déchets et de l'eau. Les obligations sociales étaient souvent utilisées pour le financement de logements abordables, mais elles ciblent également l'accès à l'éducation et à la médecine. Un émetteur responsable examine l'inclusion sociale dans ses activités du point de vue de la race, du sexe, du revenu, des aptitudes mentales et physiques, et émet une obligation sociale ou durable à cette fin. Nous avons constaté les premiers développements dans ce domaine.

Quels sont les principaux avantages de détenir des obligations vertes dans un portefeuille d'obligations d'entreprise ?

L'avantage principal des obligations vertes ou sociales crédibles et thématiques dans un portefeuille d'obligations d'entreprise est d'accroître l'exposition à l'investissement durable et de diversifier l'exposition aux thèmes à venir.

La valeur des investissements peut varier à la hausse comme à la baisse et n'est pas garantie. Tous les investissements comportent des risques, y compris celui de perte du principal.