Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Dans cet espace, la rédaction d’ID n’exerce pas de droit de regard sur les informations disponibles et ne saurait voir sa responsabilité engagée.
INFO PARTENAIRE

Vers une dérive de l’objectif de neutralité carbone ?

DR Anja?#helpinghands #solidarity#stays healthy?/Pixabay

L’Accord de Paris a établi une équation facile à retenir : pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C, il faut absolument atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Son principe consiste à compenser, à l’échelle de la planète, toute émission de gaz à effet de serre (GES) issue de l’activité humaine par des séquestrations de quantités équivalentes de CO2, pour qu’elles n’intègrent pas l’atmosphère. L’ Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a émis une alerte car l’objectif de neutralité carbone n’est pas directement transposable à un territoire, une entreprise ou un citoyen.

En effet, chercher à appliquer une neutralité carbone arithmétique à une autre échelle que la planète engendre des biais méthodologiques et éthiques pour plusieurs raisons. La non-additionnalité des démarches. Pour comptabiliser correctement le cumul des émissions des différents acteurs à une autre échelle que nationale ou mondiale, il faudrait que seules les émissions directes soient prises en compte.

Néanmoins, les émissions indirectes, (par exemple, les émissions liées à la fabrication de biens et de services consommés ou les émissions liées à l’utilisation de biens et services vendus) représentent souvent la part prépondérante de leurs émissions totales (en moyenne de l’ordre de 80%). Un raisonnement à une échelle réduite fait prendre le risque de conduire les acteurs à ne cibler leurs actions que sur leurs émissions directes et à exclure de leur démarche la part prépondérante de leurs émissions sur laquelle ils portent pourtant une forte responsabilité. L’absence d’équité entre acteurs. En réduisant trop l’échelle de comptabilisation des émissions, on élargit les inégalités par rapport aux possibilités de séquestration de chacun.

Ainsi, un territoire doté d’un patrimoine forestier important pourra s’appuyer sans effort sur la séquestration pour revendiquer une neutralité carbone arithmétique. Le risque d’immobilisme. Focaliser son action sur le graal de l’atteinte d’un zéro arithmétique de ses émissions de GES, c’est risquer l’immobilisme des acteurs une fois ce zéro atteint, sans chercher à réduire davantage leur impact sur le changement climatique. Pour reprendre l’exemple du territoire doté d’un patrimoine forestier important, celui-ci devrait vraisemblablement aller au-delà de la neutralité carbone arithmétique sur son périmètre s’il voulait vraiment contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone de son pays ou de la planète.

Par ailleurs, la recherche de l’affichage d’une neutralité carbone pousse la plupart des acteurs à rechercher des actions de compensation directement accessibles à moindre coût, au détriment de la recherche de la réduction de leurs propres émissions. Or, la mise en œuvre d’actions de compensation est consommatrice d’énergie, non extensible à l’infini, et souvent incertaine quant à son acceptabilité sociale, notamment pour les puits de carbone. L’Agence invite tous les acteurs (organisations, territoires et citoyens) à mettre en œuvre des actions en priorité sur leur propre périmètre de responsabilité - c’est-àdire sur lequel leur activité induit un impact sur les gaz à effet de serre - et à ne pas fonder leur stratégie uniquement sur le financement de projets de réduction des émissions ou de séquestration chez des tiers. Pour montrer l’ampleur de la tâche, l’ADEME rappelle qu’un citoyen français émet en moyenne 11 tonnes de CO2 équivalent par an quand l’objectif de neutralité carbone imposerait 2 tonnes de CO2 équivalent par an.

François LETT, Directeur du département éthique et solidaire