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Un mois après…

© DR_Pixabay_Joa70

Il y a un mois, l’entrée des chars russes en Ukraine (le 24 février) marquait la concrétisation du risque géopolitique auquel la majorité des analystes accordaient une probabilité faible.

Surprenant le monde par sa rapidité et son ampleur, l’opération était promise à une issue rapide. C’était sans compter la réaction internationale, notamment occidentale, qui, alliant sanctions économiques de très grande ampleur et aide matérielle aux résistants ukrainiens, a transformé cette offensive en enlisement. Le triple sommet (OTAN, G7, Union européenne) de cette semaine rajoute à la fermeté des Occidentaux. Au-delà de la situation en Ukraine, la matérialisation du risque géopolitique crée un précédent et devrait aboutir au maintien de primes de risques élevées. Il jette une incertitude sur l’évolution de l’économie mondiale.

Du point de vue du risque pandémique, si la situation en Occident est à la détente, la politique du « zéro Covid » est sous tension en Chine. Confrontée à sa pire flambée épidémique depuis 2020, la Chine a dû procéder à des mesures de confinement. C’est le cas à Shenyang, ville du nord-est de 9 millions d’habitants, important centre industriel ou est implantée notamment BMW. Conscientes des difficultés suscitées par la faible efficacité de leur vaccin, d’une part, et de la volonté de piloter la purge du secteur immobilier d’autre part, les autorités chinoises garderont pour mot d’ordre la stabilité de l’économie.

Un mois après le déclenchement du conflit, et en dépit des risques, après avoir accusé le coup, les marchés actions des grands pays développés ont connu un rebond. Si les indices européens n’affichent qu’une légère baisse par rapport au 23 février (-2.4% pour l’Eurostoxx), outre-Alantique, les indices sont en hausse (S&P 500 : +7,5% ; NASDAQ : +8,7%). Anticipation de résolution rapide du conflit ? Probablement pas ! L’explication vient plutôt de l’autre côté de l’Atlantique avec la Réserve fédérale américaine (Fed) qui, ayant entamé son processus de normalisation au dernier trimestre, affiche aujourd’hui un ton résolument plus offensif. En début de semaine, Jerome Powell, son président, a évoqué le sujet de la maîtrise de l’inflation, compte-tenu de la force (voire de la surchauffe) de l’économie américaine, si bien que les analystes misent à présent sur une fourchette de taux des Fed funds située entre 2,25% et 2,5%. La réaction des marchés actions, surprenante dans un premier temps, s’explique en fait par la réaction positive des investisseurs face à la volonté de la Fed de s'intéresser au sujet du dérapage de l’inflation aux Etats-Unis. Cette confiance dans la politique de "stop & go" de l’institution monétaire américaine reste solide, les investisseurs ne misant pas, à ce stade, sur un risque de récession du fait d’une erreur de la politique monétaire. En Europe, les marchés monétaires anticipent un relèvement de 50 points de base de la Banque centrale européenne et le plan « Repower EU » visant à réduire la dépendance énergétique de l’Europe à la Russie est prometteur.

Un mois après ce choc européen, la catastrophe humanitaire engendrée par le conflit est importante et les risques économiques sont quant à eux focalisés sur l’inflation venant de l’énergie et des matières premières et la congestion des chaînes d’approvisionnement, en particulier celles liées à la zone de conflit. Pour autant, les valorisations de marchés n’intègrent pas de risque de récession. Les croissances de bénéfice moyennes restent en hausse (+9,7% pour le S&P 500 et +7,2% pour l’EuroStoxx en 2022). Si nous excluons un scénario de récession, les actifs risqués devraient jouer leur rôle protecteur, dans un contexte inflationniste, à condition que les taux d’intérêt restent sous contrôle. La sélection thématique restera la clé (sociétés à fort pricing power, matériaux, énergies vertes…).

En dépit des discussions entre belligérants, cette guerre n’offre que peu d’issue diplomatique. Le risque que le conflit s’installe dans la durée n’est donc pas négligeable. Il aura un impact sur la croissance mondiale et, à terme, sur les valorisations des actifs de croissance.

Olivier GUILLOU, Directeur de la gestion