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Un cycle si déroutant…

©Pixabay/geralt

La récession induite par l’arrêt de l’économie en 2020 fut la plus courte de l’histoire. La reprise subséquente a ensuite pris de court les prévisionnistes, qui l’ont largement sous-estimée. En 2022, la plupart des indicateurs utilisés pour tenter de prévoir les retournements de cycle ont transmis des signaux contradictoires, et les pires scénarios ne se sont pas matérialisés. En ce début 2023, les investisseurs tentent à nouveau d’évaluer la trajectoire de l’économie mondiale.

Les indicateurs avancés, basés entre autres sur la confiance des entreprises, suggèrent que l’activité mondiale ralentit fortement depuis mi-2022. Le moral des ménages n’a quant à lui jamais été aussi faible hors période de récession. Avec l’inversion de la courbe des taux, les marchés financiers semblent s’être calés sur cette thématique, puisque ce phénomène coïncide historiquement avec l’apparition d’une récession à 12-18 mois. A titre d’exemple et en se basant sur l’écart de taux à 10 ans et celui à 3 mois, l’économie américaine affiche une probabilité de ~40 % d’entrer en récession sur cet horizon. Pourtant, les données d’activité réelle (consommation…) se montrent beaucoup plus robustes que ce à quoi s’attendait le consensus. L’économie tient bon, malgré le pessimisme ambiant.

Autre signal brouillé, celui transmis par le marché immobilier. La valorisation des biens résidentiels américains a bondi durant la crise sanitaire, en raison notamment de la faiblesse des taux d’intérêt. Cette progression s’est néanmoins opérée sans levier financier important, à la différence des précédents historiques sur ce segment. La décélération observée en 2022 ressemble davantage à une correction des « excès artificiels » engendrés par la pandémie, qui devrait toutefois entraîner un effet richesse négatif. En Europe, hormis les pays pratiquant des taux variables, tels que la Suède, ce phénomène n’a pas encore été véritablement observé.

Jamais dans l’histoire récente autant d’investisseurs n’ont anticipé – au même moment – une récession.

Aux États-Unis, pour contredire cette assertion, il faut notamment se tourner vers le marché du travail, où les indicateurs qui en découlent ne signalent pas l’imminence d'une récession. En outre, la combinaison d’un début de modération salariale, d’une désinflation plus diffuse et l’anticipation d’un ralentissement du tempo des relèvements de taux directeur, a récemment augmenté la probabilité d’un « atterrissage en douceur » (désinflation sans récession) de l’économie américaine. Pour le moment, la décélération de l’inflation provient de facteurs exogènes, comme la détente des chaînes logistiques et le recul du prix des matières premières, qui affectent principalement la catégorie des biens et de l’énergie. Les services continuent quant à eux de progresser, en raison notamment de la composante immobilière, qui aura malgré tout tendance à ralentir au second semestre. Le point de focalisation se situe dorénavant sur les services hors immobilier, davantage influencés par les hausses salariales. Toute la question est de savoir jusqu’où la Fed sera prête à pousser le curseur pour freiner la demande et détendre le marché du travail. Comme évoqué lors de notre précédent édito, la tolérance vis-à-vis d’une inflation à ~3 % pourrait bien évoluer, ce qui coïnciderait avec une forme hybride d’« atterrissage en douceur ».

La situation en zone Euro est plus incertaine. La stratégie de la Banque centrale européenne n’est pas encore tout à fait fixée et la dynamique de l’inflation souffre d’un retard de plusieurs mois vis-à-vis des États-unis. Autre divergence, le momentum de croissance du PIB se renforce outre-Atlantique depuis le troisième trimestre 2022, tandis qu’il s’amenuise sur le vieux continent. La crise énergétique s’est atténuée à la faveur d’une météo clémente, le marché de l’emploi est résilient, mais l’effet de la détérioration des revenus réels et la hausse du coût du capital ne se sont pas encore fait ressentir. Même s’il paraît prématuré d’en estimer l’incidence complète, la perspective d’une « réouverture » de la Chine a cependant fait naître un nouvel espoir pour la croissance européenne, qui en dépend pour ses exportations et son tourisme.

Le cycle économique actuel est atypique dans son déroulement, perturbant considérablement la lecture des indicateurs usuels. Le consensus s’oriente toutefois vers une récession « modérée » tant aux États-unis qu’en zone Euro, mais une vision moins consensuelle consiste à envisager la naissance d’un découplage transatlantique…

Florent WABONT, Économiste