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INFO PARTENAIRE

Tour de vis fiscal aux Etats-Unis

Pixabay/Steve Buissinne

Comme il s’y était engagé durant la campagne présidentielle, Joe Biden a annoncé un durcissement de la fiscalité aux Etats-Unis, ciblant plus particulièrement les plus aisés, une décision très attendue par la base du parti démocrate.

Après les entreprises, qui verront le taux d’impôt sur les sociétés passer de 21% à 28%, ce sont désormais les ménages gagnant plus de 400 000 dollars par an qui devront mettre davantage la main à la poche. Ainsi, pour financer « The American Family Plan », le taux marginal d’imposition sur les plus-values au-delà de 1 million de dollars va passer de 20% à 39,6%. Or, les 1% les plus riches détiennent près de 57% de la capitalisation boursière.

On comprend aisément que ce tour de vis fiscal n’a pas été bien accueilli sur les places boursières. Ainsi, malgré la possibilité que ce projet de loi soit recalibré au Congrès, les indices américains ont cédé du terrain sur la semaine (Nasdaq 100 : -0,9%, à 13 930 points ; S&P 500 : -0,2%, à 4 179 points). Une telle évolution des indices est étonnante tant les données conjoncturelles et de publications de résultats d’entreprises ont été de bonne facture. L’indice PMI composite éclair a ainsi établi un nouveau pic historique (+2,5 points, à 62,2 en avril) grâce à la poursuite de l’amélioration du secteur manufacturier (+1,5 point, à 60,6) et surtout des services (+2,7 points, à 63,1 en avril).

Ce bond dans les services s’explique par la levée des restrictions avec la montée en puissance de la campagne de vaccination. Le pays compte désormais plus de 200 millions de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin, soit deux fois l’objectif initial de 100 millions de doses administrées dans les 100 premiers jours du mandat de Joe Biden. On ne peut pas en dire autant partout dans le monde, notamment en Europe et en Asie. En effet, alors que le Japon s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques, l’état d’urgence a été décrété à Tokyo, Osaka et Kyoto au moins jusqu’au 11 mai pour tenter de calmer la flambée de Coronavirus. Mais c’est surtout l’Inde, en passe de devenir le nouvel épicentre de la pandémie, qui concentre toutes les inquiétudes avec une flambée des contaminations alors que, faute de doses suffisantes, le pays peine à vacciner sa population.

Sans aide internationale, il est peu probable que le pays s’en sorte tout seul, ce qui risque d’effacer à terme tous les efforts enregistrés dans les pays avancés. Même si les marchés obligataires n’intègrent pas encore le scénario d’une recrudescence des nouvelles contaminations, on constate tout de même que les investisseurs continuent de préférer les placements dans les actifs jugés les plus sûrs. Le rendement du taux à 10 ans américain a une nouvelle fois connu une semaine de recul (-1 point de base –pbs, à 1,5648%), les investisseurs étant de plus en convaincus que la Réserve fédérale (Fed) se montrera patiente, contrairement à la Banque du Canada qui a annoncé une réduction à venir de ses rachats de titres sur les marchés obligataires.

La Banque centrale européenne (BCE) ne devrait quant à elle pas trop se précipiter pour mettre fin à son assouplissement quantitatif, surtout qu’elle a indiqué s’attendre à une contraction du PIB au premier trimestre. Même si elle anticipe un fort rebond de la croissance, la BCE a quand même annoncé une accélération de ses achats d’urgence face à la pandémie (PEPP). Christine Lagarde, présidente de la BCE, a même conditionné l’arrêt de la stimulation monétaire à la fin de la pandémie Cette perspective n’a pas semblé nuire à l’euro qui a encore engrangé des gains contre le dollar. En hausse de 0,9% sur la semaine, la monnaie commune est revenue à un niveau proche du seuil de 1,21 dollar. Cela peut s’expliquer par la décision de la Cour constitutionnelle allemande de rejeter un recours en référé visant à bloquer le processus de ratification du Plan de relance européen.

En effet, sans juger sur le fond, la plus haute juridiction allemande estime que les inconvénients d’un retard sont plus importants que toute autre considération. Si elle venait à donner un autre avis, le processus sera déjà engagé puisque les Etats auront déjà levé sur les marchés les 750 milliards d’euros.

Karamo KABA, Directeur de recherche économique