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Tenir en attendant le vaccin...

© Shutterstock / Joel Bubble Ben

Après le consortium Pfizer-BioNTech, c’est au tour de Moderna d’annoncer un vaccin, basé sur la technologie de l’« ARN messager », avec un taux d’efficacité de près de 95%. Même si ces deux vaccins expérimentaux reçoivent (rapidement) l’approbation de l’agence américaine du médicament (FDA), il faudra s’armer de beaucoup de patience avant que l’activité retrouve sa dynamique « pré-Covid19 ».

En effet, la multiplication des périodes de confinement et des mesures sanitaires pèsent sur les perspectives d’activité qui demeurent, à court terme, incertaines.Cette situation sanitaire rend plus que jamais l’activité économique dépendante du soutien des banques centrales, en plus de celui des autorités gouvernementales. Dans cette optique, les dernières avancées sur le plan budgétaire peuvent rapidement nuire à l’économie. Ainsi, alors que la Covid-19 a accéléré aux Etats-Unis, les Républicains et les Démocrates ne semblent pas pressés pour mettre de côté leurs profonds désaccords, ce qui permettrait de mettre en place un nouveau plan de relance de l’économie. En cette période de Thanksgiving, cela aurait été bienvenu pour des millions de foyers américains confrontés au chômage ou à une baisse de revenus.

On a ainsi vu les ventes au détail ralentir fortement en octobre (+0,3%) après une progression de 1,6% en septembre. On a également assisté en Europe à une résurgence du risque politique après le véto de la Hongrie et de la Pologne sur le budget communautaire pour la période 2021-2027 (1 074 milliards d’euros) et au Fonds de relance (750 Mds€), financé pour la première fois par un emprunt commun. C’est désormais la crédibilité de l’Union européenne qui est en jeu si ce plan, obtenu aux forceps en juillet, ne voit pas le jour. Pour le moment, cela ne nuit pas aux indices européens (+1,1% pour l’EuroStoxx 50 contre -0,73% pour le S&P 500) qui ont continué sur leur élan, aidés par une surpondération des secteurs ayant le plus profité des annonces de vaccins (tourisme, compagnies aériennes, banques, etc.).

La surperformance européenne peut aussi s’expliquer par les progrès constatés sur le front sanitaire. En effet, plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, s’apprêtent à déconfiner leur économie d’ici décembre, au moment où les Etats-Unis enregistrent des pics. Cette levée des mesures restrictives devrait apporter un peu d’oxygène aux ventes de véhicules neufs dans la zone Euro après leur fort recul (-7,1% sur un an en octobre). Dans ces conditions, l’anticipation d’une hausse de la demande et d’une reprise plus forte des déplacements ont profité au pétrole (+5,1% sur la semaine, à 44,96 dollars pour le Brent), aidé par des stocks bas aux Etats-Unis.

Sur les marchés obligataires, la hausse de l’aversion pour le risque n’a pas profité aux pays émergents après la dégradation par Moody’s et Fitch Ratings de la notation souveraine de l’Afrique du Sud. Par effet de contagion, le rendement du taux à 10 ans au Brésil s’est fortement tendu (+34 points de base – pbs – à 7,79%). Le Mexique, de son côté, a vu sa note confirmée par Fitch à BBB-, avec perspective stable, ce qui a permis au pays d’enregistrer une surperformance (-8 pbs, à 5,63% pour le taux à 10 ans) facilitée par le départ de Donald Trump. Les taux longs américains ont reflué avec la baisse de l’incertitude politique (-7 pbs, à 0,83% pour le 10 ans). L’aversion pour le risque a aussi profité aux titres européens (pour le 10 ans : -4 pbs en Alle- magne, à -0,58%, et -3 pbs, à -0,34%, en France).

Les pays « périphériques » (Espagne : -5 pbs, à 0,07% ; Italie : -4 pbs, à 0,60%) n’ont pas souffert du blocage du plan de relance européen par Budapest et Varsovie. C’est peut-être parce que les investisseurs sont convaincus que l’Union européenne va réussir à dépasser cette impasse. C’est peut-être aussi que les négociations sur le Brexit, qui rentrent dans la dernière ligne droite, préoccupent les esprits, au point de tout faire passer au second plan. Et si l’on en juge par l’évolution de l’euro (+0,19%, à près de 1,19 dollar) et de la livre (+0,73% sur la semaine, à 1,3297 dollar), les investisseurs ne tablent pas sur le scénario du « no deal ». En effet, la poursuite des discussions par vidéoconférence devrait permettre de supplanter les points de blocage sur la pêche, la concurrence équitable et la relation future. Dans l’éventualité où un accord ne serait pas trouvé d’ici cette semaine, le scénario d’un accord tardif est apparu, ce qui permettrait d’éviter les longues files d’attente des deux côtés de la Manche dès le 1er janvier prochain, tout en continuant à négocier les contours juridiques.

Karamo KABADirecteur de la recherche économique