Abonnez-vous

En vous abonnant, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Dans cet espace, la rédaction d’ID n’exerce pas de droit de regard sur les informations disponibles et ne saurait voir sa responsabilité engagée.
INFO PARTENAIRE

Scénario en W en Europe

©Shutterstock/deepadesigns

L’explosion du déficit public français, passé de -3,1% en 2019 à -9,2% du PIB en 2020, a de quoi effrayer, à juste titre. Selon l’Insee, après ce saut de 211,5 milliards d’euros du déficit public, l’endettement s’établit désormais pour 2020 à 2 650 milliards d’euros.

Or, le cas de la France, confrontée à une chute des recettes (-5,0% en 2020 après -3,1% en 2019) et à un bond des dépenses (+5,5% en 2020 après +2,6% en 2019), est loin d’être isolé, ce qui va pousser la Banque centrale européenne (BCE) à poursuivre ses achats massifs de titres afin d’éviter une implosion du système et maintenir artificiellement les taux d’intérêt à un bas niveau, peu importe les chiffres d’inflation.

On sait déjà que le rapport d’inflation dans la zone Euro pour le mois de mars, qui sera publié cette semaine, devrait montrer une accélération des prix (de +0,9% en février à +1,4% en mars sur un an), comme le laisse entrevoir la forte hausse du prix des intrants ou le bond dans l’allongement des délais de livraison dans l’indice composé PMI flash de Markit. En dépit de ces anticipations inflationnistes, la situation s’est calmée sur les marchés obligataires avec la multiplication des mesures de restrictions à la mobilité (Allemagne, France, Espagne, etc.). La probabilité d’un « scénario en W » ou d’une rechute de l’activité à court terme a fortement grandi dans plusieurs pays. Cela s’est traduit par un recul des cours du pétrole (-1,45%, à 60,6 dollars pour le WTI) en dépit de l’accident d’un porte-container qui a bloqué complètement le canal de Suez. La crainte d’une nouvelle envolée des contaminations a provoqué un reflux des rendements obligataires, à l’image de la France (-8 points de base - pbs - à -0,13% pour l’OAT 10 ans), de l’Espagne (-7 pbs, à 0,29%) et de l’Italie (-6 pbs, à 0,61%). Cependant, les perspectives d’activité à moyen terme se sont améliorées dans la zone Euro si l’on se fie à l’amélioration de l’indice composé PMI flash de Markit, passé de 48,8 à 52,5 points en mars. Il faut cependant s’attendre à un recul pour les prochains mois, après la mise en place de mesures de confinement plus strictes dans plusieurs pays de la zone Euro, ce qui va pénaliser encore davantage les entreprises des services. Les Etats-Unis ont également connu une accalmie sur les marchés obligataires (-6 pbs, à 1,67%).

Pourtant, la situation sanitaire est toute différente avec l’espoir d’un retour à une vie quasi normale le 4 juillet, jour de la fête nationale. Dans ces conditions, les investisseurs seraient fondés de croire à une réduction de la stimulation monétaire de la Réserve fédérale (Fed), d’autant que 4 des 19 membres votants de la Fed jugent désormais opportun une hausse des taux directeurs en 2022. Ce n’est pas en tout cas la direction que semble privilégier l’Institution monétaire américaine qui, par la voix de son président lors d’une audition devant le Congrès, a une nouvelle fois affirmé que la banque centrale accordera à l’économie toute l’aide nécessaire. Comme la Fed, nous pensons que la situation reste encore fragile. En effet, malgré une chute du taux d’épargne, passé de 19,8% à 13,6%, les dépenses de consommation des ménages américains ont reculé (-1,2% corrigé de l’inflation en février après +3,0% en janvier). Cela fait suite à un plongeon des transferts gouvernementaux (-27,6% en janvier) qui a entraîné un écroulement du revenu personnel nominal (-7,1% en février, après +10,1% en janvier).

Cette détermination de la Fed à aider quoi qu’il en coûte l’économie est en partie une des explications à la détente de l’atmosphère (-2,1 points de pourcentage, à 18,9% pour l’indice VIX), ce qui a facilité la bonne tenue des marchés actions (+1,24% pour le Dow Jones, à 33 039 points). Le secteur bancaire continue de profiter de la pentification de la courbe mais aussi de la fin prochaine de l’interdiction de la distribution de versement de dividende et des rachats d’actions décidées par la Fed. Sur la scène des changes, le dollar a été particulièrement recherché compte tenu du décalage sanitaire favorable aux Etats-Unis. Ainsi, malgré le passage des indices PMI en zone d’expansion, une première depuis sept mois, l’euro a cédé du terrain contre le billet vert (-0,97%, à 1,17890 dollar) avec la hausse des craintes d’une troisième vague. La décision de la Cour de Karlsruhe de suspendre la ratification du plan de relance européen de 750 milliards d’euros n’a pas aussi aidé la monnaie commune.

Karamo KABA, Directeur de recherche économique