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Reflux des taux longs américains

©Shutterstock/Reimund Bertrams

Alors que l’indice des prix à la consommation a fortement progressé en mars (+0,6% sur le mois, soit +2,6% sur une année glissante), suite à des effets de base défavorables (énergie, métaux, bois et aliments), les rendements obligataires ont reflué sur la semaine (-8 points de base – pbs – à 1,58% pour le taux à 10 ans).

Pourtant, il y a encore quelques semaines, craignant un retour en force de l’inflation, les investisseurs avaient propulsé le rendement du T-Bonds au-delà de 1,74%. C’est comme si les investisseurs, en dépit de l’accumulation de bonnes nouvelles, commençaient maintenant à prendre au sérieux les banquiers centraux sur le caractère temporaire de la hausse des prix. Peut-être aussi que le rebond de l’épidémie dans le monde, notamment aux Etats-Unis, commence à inquiéter.

Nous ne pensons toutefois pas que le T-Bond va retourner sur les niveaux d’il y a à peine 3 mois (soit sous le seuil de 1%), tant la dynamique de l’économie américaine est forte, ce qui va se répercuter sur les prix et sur les taux. En effet, le rapport des ventes au détail est ressorti très au-dessus des attentes du consensus en mars (+9,8% contre +5,8% anticipé). Comment pouvait-il en être autrement après que le gouvernement fédéral ait envoyé des chèques de 1 400 dollars aux ménages américains en mars, dans un contexte d’amélioration sanitaire (vaccinations).

D’ailleurs, le moral des ménages est au beau fixe comme l’a montré la hausse de l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan, passé de 84,9 en mars à 86,5 en avril. Cet optimisme des consommateurs a été facilité par la bonne orientation de l’emploi puisque les nouvelles demandes d’allocation-chômage, passées de 769 000 à 576 000, sont revenues à leur plus bas niveau depuis le début de la pandémie. Fait intéressant, les 13 catégories du rapport des ventes au détail ont enregistré une hausse sur le mois et 12 d’entre-elles sont maintenant revenues au-dessus de leur niveau pré-Covid-19. Selon toute vraisemblance, l’évolution des ventes au détail de base (+27,5% en rythme annualisé au premier trimestre), laissent penser que la contribution de la consommation va être très forte en ce début d’année.

La progression du PIB instantané est désormais de 8,3% en rythme annualisé d’après la Fed d’Atlanta. Ce bond anticipé de la croissance tient compte également de l’investissement puisque la production industrielle, aidée par des carnets de commandes abondants et des stocks faibles, a progressé de 1,4% en mars. Fait étrange, le reflux des taux américains n’a pas eu d’effets notables sur les rendements d’autres pays.

Les taux allemands (+4 pbs pour le 10 ans, à -0,26%) et français (+3,5 pbs pour le 10 ans, à -0,01%) ont ainsi affiché une contreperformance avec la multiplication des signaux de réouverture de l’économie. Cela se reflète dans l’évolution des indicateurs PMI dans les services, ce qui a permis à l’indice PMI composite de la zone Euro de repasser au-dessus de la barre des 50, une première depuis plus de six mois. Ce contexte de hausse de taux devrait faciliter la tâche de la Banque centrale européenne pour augmenter le montant de ses rachats de titres lors de sa réunion du 22 avril.

La perspective d’une poursuite de l’expansion du bilan de la BCE n’a pas nui à l’euro qui a affiché une des meilleures performances hebdomadaires contre le dollar. En hausse de 0,7% sur la semaine, la monnaie commune est revenue à un niveau très proche de 1,20 dollar. A y regarder de plus près, c’est plutôt le dollar qui se déprécie avec le reflux des taux obligataires aux États-Unis et le regain d’optimisme sur les indices boursiers. Le rebond des indices s’explique par le bond de 18,3% en rythme annualisé du PIB chinois au premier trimestre 2021 et par les bons résultats d’entreprises, notamment ceux des grandes banques aux Etats-Unis. Ce qui a surtout retenu l’attention au niveau des banques est la baisse des provisions pour risque dans la mesure où les plans de relance ont évité des failles en série.

Karamo KABA, Directeur de recherche économique