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Quels enseignements tirer du dernier rapport de l’AIE sur les investissements énergétiques ?

©Pixabay/stevepb

Selon le nouveau rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les investissements mondiaux dans le secteur de l'énergie devraient augmenter de 8 % en 2022 pour atteindre 2 400 milliards de dollars, la hausse prévue se concentrant principalement sur les énergies propres.

Selon l'AIE, la croissance la plus forte des investissements énergétiques émane du secteur de l’électricité, principalement des énergies renouvelables, des réseaux et de l'efficacité énergétique. L'augmentation des dépenses en énergies propres n'est toutefois pas répartie de manière homogène, la plupart d'entre elles se réalisant dans les économies avancées et en Chine. De plus, dans certains pays, les préoccupations en matière de sécurité énergétique et les prix élevés incitent à investir davantage dans l'approvisionnement en combustibles fossiles, plus particulièrement dans le charbon.

Les investissements en énergies propres n'ont augmenté que de 2 % par an au cours des cinq années qui ont suivi la signature de l'Accord de Paris en 2015. Mais, depuis 2020, le rythme de croissance s'est nettement accéléré pour atteindre 12 %.

Cependant, malgré quelques développements remarquables, comme le solaire en Inde, les dépenses en énergies propres dans les économies en développement (hors Chine) restent bloquées au niveau de 2015, sans augmentation depuis la conclusion de l'Accord de Paris. Les fonds publics destinés à soutenir une reprise durable sont rares, les perspectives économiques s'assombrissent et les coûts d'emprunt augmentent.

Une autre alerte provient de l’augmentation de 10 % des investissements dans l'approvisionnement en charbon en 2021, tirée par les économies émergentes d'Asie, avec une progression similaire probable en 2022. Bien que la Chine se soit engagée à ne plus construire de centrales électriques au charbon à l'étranger, une quantité importante de celles-ci est mise en production chaque mois en Chine.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a entraîné une hausse des prix de l'énergie pour de nombreux consommateurs et entreprises dans le monde. Certaines restrictions immédiates des exportations russes doivent être comblées par des sources alternatives, comme le gaz naturel, et de nouvelles infrastructures de gaz naturel liquéfié pourraient également être nécessaires pour faciliter la diversification de l'approvisionnement en dehors de la Russie.

Dans l'ensemble, les dépenses pétrolières et gazières actuelles se trouvent coincées entre deux visions de l'avenir : trop élevées pour une trajectoire alignée sur la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C, mais pas assez pour satisfaire la demande croissante dans un scénario où les gouvernements se défausseraient du sujet climatique.

Les prix élevés actuels des combustibles fossiles pénalisent de nombreuses économies mais génèrent parallèlement une manne sans précédent pour les producteurs de pétrole et de gaz. Les revenus de ce secteur devraient atteindre 4 000 milliards de dollars dans le monde en 2022, soit plus du double de leur moyenne sur cinq ans.

Ces gains exceptionnels offrent aux économies productrices de pétrole et de gaz une occasion unique de financer la transformation indispensable de leurs économies, et aux grandes entreprises pétrolières et gazières de diversifier leurs investissements. Malheureusement, les apports dans les énergies propres ne représentent qu’environ 5 % des dépenses totales d'investissement de ces dernières, même si ce chiffre n’était que de 1 % en 2019.

François LETT, Directeur du département éthique et solidaire.