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INFO PARTENAIRE

Prise de bénéfices

©DRGerd Altmann/Pixabay

Tous les regards seront rivés cette semaine sur la publication des chiffres de l’inflation du mois d’août aux Etats-Unis. S’il ne fait aucun doute que la progression des prix devrait rester, pour un 4ème mois de rang, supérieure à 5%, le consensus s’attend néanmoins à un léger ralentissement.

Certes, la résurgence des cas de COVID-19 a eu un effet récessif sur l’activité, ce qui devrait se ressentir sur les prix. Mais, dans le même temps, les perturbations des chaînes d’approvisionnement ne se sont pas résorbées et les cours du pétrole sont restés élevés. D’ailleurs, les prix aux producteurs, ressortis au-dessus des attentes (+0,7% sur le mois contre +0,6% attendu par consensus) ont poursuivi leur dynamique, ce qui porte l’envol désormais à +10,4% sur une année glissante. En cas de déception, les craintes d’une annonce prématurée du Tapering de la part de la Réserve fédérale (Fed) vont à nouveau se faire pressantes, ce qui risque de perturber les investisseurs. C’est le scénario qui s’est produit en zone Euro où l’inflation, à 3%, est ressortie au plus haut des 10 dernières années. Dans ce contexte d’accélération des prix qui n’a pas encore atteint son pic (4% en rythme annuel en novembre), la Banque centrale européenne a annoncé un recalibrage de ses achats de titres dans le cadre de son programme PEPP dès le quatrième trimestre.

Cette perspective n’a pas eu l’air de réjouir les investisseurs. Ainsi, alors que le dialogue entre les Présidents chinois et américains a été amorcé, les indices boursiers américains ont reculé lors des 5 séances de la semaine (-1,6% pour le S&P 500, à 4 462,29 points), sous-performant la plupart des grands marchés (-0,5% pour l’EuroStoxx 50, à 4 157 points). Cette frilosité des investisseurs peut également s’expliquer par la multiplication des signaux de vigilance OutreAtlantique. En effet, avec l’arrivée à échéance le 6 septembre dernier des deux plans d’aides d’urgence (Pandemic Unemployment Assistance et Pandemic Emergency Unemployment Compensation) une zone d’incertitude s’ouvre pour la consommation de plus de 12 millions de personnes. Nous restons toutefois confiants dans la consommation américaine, rassurés par l’amélioration des fondamentaux du consommateur perçue dans l’embellie des postes à pourvoir (à un nouveau pic historique de 10,934 millions en juillet). Nous pensons que la situation des consommateurs leur permettra de surmonter l’arrêt de ces aides puisque, corrigés des transferts gouvernementaux, les revenus personnels sont revenus au-dessus de leur niveau d’avant-crise.

Cette fébrilité des marchés actions n’a pas pour autant profité aux emprunts d’Etat. Il faut dire que l’attente par le consensus d’un ralentissement de l’inflation américaine, semblable à ce qui s’est passé en Chine (+0,8% en août, après +1% en juillet), n’est pas du tout assurée. En effet, la légère accalmie des prix chinois est avant tout imputable à la chute des prix du porc (-44,9% en août) après avoir flambé en 2020 suite à l’apparition d’une épidémie de peste porcine africaine. Et la poursuite de la hausse des prix à la production (+9,5% sur un an, à un plus haut de 13 ans) n’annonce rien de bon. C’est ce qui laisse craindre une réduction des achats de la Fed plus rapide qu’anticipé. Le rendement du taux sur les obligations américaines de 10 ans s’est apprécié de 2 points de base (pbs) pour finir la semaine à 1,3428%. La progression a été encore plus forte en Europe (+3 pbs pour Bund à 10 ans) après la révision à la hausse par la BCE de ses prévisions de croissance (de +4,6% en juin à +5% pour 2021) et d’inflation (de +1,9% en juin à +2,2% pour 2021) dans la plupart des pays de la zone. Mais, comme l’a rappelé Christine Lagarde, la situation reste encore fragile du fait du variant Delta. On a pu le voir dans l’évolution de la composante « anticipations » de l’indice ZEW (-11,6 points, revenu à un plus bas niveau de 17 mois à 31,1 points).

Dans ces conditions de hausse pour l’aversion au risque et d’appréciation des taux longs, le dollar a été recherché sur la semaine, aidé aussi par la décision de la BCE de réduire d’environ 10 milliards d’euros dès le 4ème trimestre le montant de ses achats de titres, mais avec un « rythme légèrement plus lent » dans le cadre du programme PEPP. Il semble que la liquidité va rester encore abondante en zone Euro, d’autant plus que la BCE devrait également décider d’augmenter ses achats de titres dans le cadre de son autre programme APP, actuellement à 20 milliards d’euros.

Karamo KABA, Directeur de recherche économique