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INFO PARTENAIRE

Presque tous les Etats sont en dehors des clous de l’Accord de Paris sur le climat

©DR_Pixabay/Alain Audet

Alors que s’ouvre aujourd’hui - et jusqu’au 8 octobre - la Semaine européenne du développement durable (#SEDD21) dont le thème est le Climat, les chercheurs de Climate Action Tracker (CAT) ont publié leur dernière analyse des objectifs climatiques des Etats qui intègre l’estimation des effets des politiques actuelles, la prise en compte de la part équitable des émissions d’un pays et le financement des actions climatiques.

Les populations souffrent des effets de plus en plus graves et fréquents du changement climatique dans le monde entier. Le GIEC, dans son nouveau rapport, a une fois de plus clairement mis en avant l’urgence de l’atténuation du changement climatique. Même les pays qui se sont fixés des objectifs forts ne sont généralement pas en mesure de les atteindre, tandis que d’autres n’ont pas réussi à prendre d’engagements plus ambitieux pour 2030.

Les mises à jour des contributions nationales (NDC) en 2020-2021 n’ont diminué l’écart que d’environ 4 gigatonnes de CO2 par rapport à la réduction nécessaire pour atteindre 1,5°C, soit à peine 15 %. Par exemple, l’Australie, le Brésil, l’Indonésie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Russie, Singapour, la Suisse et le Vietnam n’ont pas réussi à relever leurs ambitions : ils ont soumis des objectifs pour 2030 identiques, voire moins ambitieux, que ceux proposés en 2015. Et il y a encore plus de 70 pays qui n’ont pas encore soumis d’objectif actualisé.

En ce qui concerne l’action nationale, seul un pays développé s’est fixé un objectif national qui, selon les chercheurs du CAT, est jugé compatible avec une hausse de 1,5°C : le Royaume-Uni. Mais d’autres pays en sont proches : Union européenne (UE), Allemagne, Norvège. Les objectifs nationaux ne sont toutefois qu’une dimension des actions nécessaires à la compatibilité avec l’Accord de Paris. Aucun de ces Etats n’a proposé de financement international suffisant pour le climat, pourtant absolument essentiel pour une action ambitieuse dans les pays en développement qui ont besoin d’aide pour réduire leurs émissions. En conséquence, l’UE, l’Allemagne et la Norvège sont classés dans la catégorie « insuffisant » dans le nouveau classement général de la CAT, tandis que le Royaume-Uni est légèrement mieux classé dans la catégorie « presque suffisant ». Un seul pays - un pays en développement - la Gambie a obtenu une compatibilité globale de 1,5 °C.

Pour le CAT, il est urgent d’intensifier les ambitions, même si certains pays ont sensiblement amélioré leurs objectifs et mis en œuvre de nouvelles politiques (États-Unis, Union européenne, Allemagne). Ces progrès doivent être suivis par tous les autres pays. Pour les chercheurs du CAT, les Etats doivent profiter de la baisse des coûts des énergies renouvelables et du stockage de l’énergie pour accélérer leur déploiement. Ils doivent renoncer à leurs plans de construction de centrales à charbon, et abandonner les plans et le financement des gazoducs et des nouveaux terminaux.

La date cible la plus importante est 2030, car elle correspond à la date à laquelle les émissions mondiales doivent être réduites de 50 %, et les Etats sont aujourd’hui loin d’y parvenir. Le CAT estime qu’avec le niveau des contributions nationales actuelles des Etats, les émissions mondiales seront à peu près en 2030 au niveau de celles d’aujourd’hui, et nous émettrions donc deux fois plus que la quantité maximale nécessaire pour atteindre la limite de 1,5°C.

Pour que les objectifs nationaux « zero net target (ZNT) » soient crédibles, la date de 2030 doit devenir la « deadline » de cette ambition si l’on veut se donner des raisons d’espérer. L’étude du CAT montre que la plupart des ZNT sont formulées de manière vague. Des objectifs plus volontaires à court terme et des moyens de les atteindre sont absolument nécessaires pour respecter l’Accord de Paris.

François LETT, Directeur du département éthique et solidaire