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Plan de relance aux Etats-Unis : bis repetita ?

©DR_Shutterstock/Rohane Hamilton

La bascule du Sénat dans le giron des Démocrates n’a pas provoqué de remous sur les places boursières. Pourtant, avec le contrôle des trois branches de l’exécutif, le parti démocrate peut désormais appliquer son programme, dont une des mesures phares est une hausse de l’imposition pour les entreprises (de 21% à 28%, quand Donald Trump l’avait fait passer de 35% à 28%) et pour les particuliers les plus aisés (de 37% à 39,6% pour le taux marginal d’imposition).

Il faut dire qu’après la déflagration provoquée par l’assaut donné par des militants pro-Trump contre le Capitole, les investisseurs ont accueilli avec soulagement la fin du feuilleton des élections présidentielles et la certification par les parlementaires de la victoire de Joe Biden. Ce dernier n’aura pas d’état de grâce tant l’inquiétude est grande avec le rebond redouté du Covid-19 et l’apparition de plusieurs nouvelles variantes du virus plus contagieuses, faisant craindre la mise en place de restrictions sanitaires pouvant aller jusqu’à un reconfinement, comme au Royaume-Uni. Il faudra donc s’attendre à ce que le marché du travail se remette à nouveau à décevoir, à l’image des chiffres de l’emploi américain.

Selon le rapport du Bureau of Labor Statistics, 140 000 postes ont été perdus en décembre, contre 336 000 en novembre et 654 000 en octobre, principalement dant l’hôtellerie, la restauration et les loisirs. Plutôt que de se focaliser sur cette contreperformance qui n’augure rien de bon pour la consommation, les investisseurs ont retenu le scénario d’un nouveau plan de relance par l’Administration Biden et ont préféré se placer dans l’après-pandémie avec la perspective d’une montée en puissance des campagnes de vaccination et des enquêtes encourageantes. L’élan haussier des dernières semaines s’est ainsi prolongé, conduisant les indices vers de nouveaux sommets (S&P 500 : +3,35%, à 3 824,68 points). La rotation sectorielle est plus favorable aux valeurs « value » dont sont riches les indices européens, ce qui permet d’accentuer leur surperformance par rapport à leurs comparables américains depuis le début de l’année (EuroStoxx 50 : +2,6%, contre +1,83% pour le S&P 500). La surperformance européenne a aussi été facilitée par le bond d’environ 4 points de l’indicateur avancé PMI qui demeure toutefois en zone de contraction. Les investisseurs semblent faire le pari d’une accélération de la campagne de vaccination en Europe.

Le spectre d’une pénurie de vaccins s’est éloigné, ce qui devrait aider à faire face à la nouvelle flambée de l’épidémie qui a par exemple conduit la France à mettre en place un couvre-feu dès 18 heures dans 23 départements. L’Italie a aussi durci les déplacements pendant l’Épiphanie et l’Allemagne va sans doute prolonger, voire durcir les mesures de confinement. Ceci explique la chute des ventes au détail en novembre (-6,1% dans la zone Euro) avec des plongeons particulièrement marqués en France (-18,0%), en Belgique (-15,9%) et en Autriche (-9,9%). A contrario, l’Allemagne a enregistré une belle hausse (+8,7%) due principalement à un reconfinement plus tardif. Ainsi, compte tenu de l’urgence sanitaire, on se dirige vers une dégradation de la consommation et des comptes nationaux au quatrième trimestre. La pression sur les comptes va donc s’accentuer, ce qui devrait peser davantage sur les marchés obligataires. Cela est particulièrement vrai aux Etats-Unis où le rendement du taux à 10 ans a flambé (+20 points de base sur la semaine, à 1,12%) avec la perspective d’une dégradation de la dette américaine, déjà à 131% du PIB selon les prévisions du FMI. L’ensemble des recettes du programme présidentiel de Joe Biden devrait rapporter de 3 000 à 4 000 milliards sur les 10 prochaines années.

Sur la même période, les dépenses devraient s’élever entre 6 000 à 7 000 milliards de dollars. Dans ces conditions, le bitcoin a nouvelle fois été très recherché (+17,12%, à 37 662,22 dollars). La surprise est venue du dollar qui a regagné une partie du terrain perdu les semaines précédentes (+0,4% contre toutes les devises), sans doute aidé par la forte pentification de la courbe des taux américains. L’euro a enregistré une dépréciation (-0,55% sur la semaine) pour revenir à 1,21828 dollar. La perspective d’une accélération de la vaccination et d’un retour à la normal ont profité au pétrole (+9,43% sur la semaine, à 55,89 dollar), ainsi que la baisse surprise d’un million de barils par jour de la production saoudienne pour février et mars.

Karamo KABA, Directeur de la recherche économique