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Pesticides : la bataille des chiffres

©DR/Shutterstock/Fotokostic

Un rapport sur l’usage des pesticides en France, publié le 9 février 2021 par la Fondation Nicolas Hulot (FNH), dresse un panorama complet des financements publics et privés perçus ces dix dernières années par les acteurs de la filière alimentaire (agriculteurs, coopératives...).

D’après la FNH, seul 1% des 23,2 milliards d’euros de fonds publics versés chaque année aurait un effet avéré sur la réduction de l’utilisation des pesticides, objectif pourtant officiel des pouvoirs publics. Ces 23,2 milliards d’euros correspondent aux financements publics, dont la politique agricole commune (PAC) pour 40%, et aux dispositifs d’allègements fiscaux. Le monde agricole vit en effet en perfusion totale : en 2018, les subventions représentaient 70% du résultat des exploitations et même 114% en tenant compte des allègements de charges et des subventions d’investissements.

Caractéristique des échanges actuels qui tournent systématiquement à l’affrontement, le débat s’est focalisé sur un chiffre : celui de l’augmentation de l’usage de produits phytosanitaires (le nom savant des pesticides). « Les objectifs fixés en 2008 n’ont pas été atteints. Entre 2009 et 2017, l’utilisation des pesticides en France a augmenté de 25%. » écrivent les experts.

« Arrêtons de faire croire que la transition n’est pas en cours ou que l’agriculture s’y opposerait ! C’est dégradant et faux. » a apostrophé sur Twitter le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Celui-ci fait valoir au contraire « une baisse de 36% des ventes de produits phytosanitaires en 2019. »

Face à la polémique, la FNH persiste et signe par un discours technique qui se concentre sur l’indicateur utilisé : le Nodu ou nombre de doses unités que seuls les spécialistes connaissent. Cet indicateur n’a pourtant pas été tiré du chapeau par la FNH, il est l’indice de référence de suivi du plan Ecophyto. Lancé en 2008, après le Grenelle de l’environnement, ce grand plan national de réduction des pesticides fixait un objectif ambitieux : diminuer de moitié leur usage en dix ans.

« Le Nodu exprime le nombre de traitements de pesticides appliqués à dose maxi- male sur une surface d’un hectare, rapporté à la surface agricole utile. » explique Caroline Faraldo, autrice du Rapport et chargée des questions d’agriculture et d’alimentation à la FNH. L’objectif de l’indicateur est de mesurer la pression des produits phytosanitaires sur l’écosystème, en attribuant une valeur qui varie selon chaque produit, son efficacité ou sa toxicité.

Parallèlement, comment explique-t-on le chiffre de -36% du ministre ? Si l’on compare les ventes entre l’année 2009 et l’année 2019, elles marquent effectivement une chute de 36%. Mais cela ne signifie pas que celles-ci aient baissé de 3,6% par an pendant dix ans. En réalité, 2019 est une année exceptionnelle parce qu’au 1er janvier 2019 est entrée en vigueur la hausse de la redevance pour pollution diffuse et donc qu’en 2018 la hausse des achats a été très importante en anticipation de la taxe.

Le rapport de la FNH mentionne bien que les ventes de substances dites « préoccupantes » (les pesticides les plus dangereux) ont baissé de 15% entre les périodes 2009-2011 et 2016-2018. On est cependant loin de l’objectif affiché en 2008, qui prévoyait une réduction de 50% de pesticides tous confondus en dix ans.

La Cour des comptes, début 2020, tirait déjà le même bilan : « L’objectif initial de diminution du recours aux produits phytopharmaceutiques de 50% en dix ans, reporté en 2016 à l’échéance 2025 et confirmé en avril 2019, assorti d’un objectif intermédiaire de -25% en 2020, est loin d’être atteint ».

La FNH propose comme solution disruptive une réorientation de la PAC, en multipliant par cinq la rémunération de la production en agriculture biologique tout en accompagnant les conversions, et de consacrer 40% du premier pilier (les revenus des agriculteurs) à des rétributions pour les services environnementaux rendus, soit 14,4 milliards d’euros entre 2023 et 2027...

François LETTDirecteur du département éthique et solidaire