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INFO PARTENAIRE

Moment de faiblesse...

©DR Nattanan Kanchanaprat/Pixabay

S’il fallait encore se convaincre du pourquoi de la prudence de la Réserve fédérale (Fed), il suffit de jeter un coup d’œil sur le dernier rapport de l’emploi aux Etats-Unis.

En effet, selon les statistiques du ministère du Travail, les effectifs salariés non agricoles n’ont progressé que de 235 000 postes supplémentaires en août, très en-deçà d’une attente consensuelle de 750 000. Comme on pouvait le craindre, avec la montée en puissance des nouvelles contaminations de Covid 19, l’essentiel de cette déception du marché est expliqué par la nette décélération de l’activité. Dans le secteur des services, par exemple, à peine 203 000 emplois ont été créés en août, ce qui est bien loin des 734 000 postes enregistrés le mois précédent.

Même si le taux de chômage a reflué, passant de 5,4 % en juillet à 5,2 %, la première économie mondiale semble connaître un passage à vide. D’où un recours accru à la main d’œuvre à temps partiel (+423 000) au détriment des postes à temps plein (-30 000). D’où également un écroulement du moral des consommateurs mesuré par le Conference Board, passé de 129,1 en juillet à 113,9 points en août. En dépit de cette désillusion du marché du travail, les indices boursiers sont restés dans le vert (+0,6% sur la semaine pour le S&P 500). Ainsi, dans une logique de « Bad News is Good News », les investisseurs se rassurent sur la perspective que cette déception conduise la Fed à retarder sa volonté de réduire ses achats d’actifs (Tapering).

Il nous semble toutefois que cela ne sera pas suffisant pour infléchir la volonté de la Banque centrale de débuter le ralentissement de sa stimulation monétaire. En effet, la vigueur de l’inflation (+5,4% en juillet, au plus haut depuis 13 ans) est telle que l’institution monétaire n’aura plus d’autre choix si elle veut encore rester crédible. D’ailleurs, l’accélération des salaires (+0,6 % sur le mois, soit +4,3 % sur une année glissante) et des prix de l’immobilier (+19,1 % sur une année glissante en juin, record historique) va commencer à mettre à mal le discours sur le caractère transitoire de l’inflation. Les investisseurs n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner ces craintes d’un taux d’inflation encore plus élevé. Cela a conduit à une légère appréciation du rendement du taux à 10 ans (+ 2 points de base, à 1,3257 %).

Malgré cela, nous ne prévoyons pas de relèvement du taux directeur avant au moins 2023. Dans ces conditions, il est difficile d’imaginer que la Banque centrale européenne (BCE) fasse de la surenchère aux actions de la Fed. En effet, l’agence Eurostat a publié un taux d’inflation au plus haut depuis novembre 2011, à 3,0% en glissement annuel en août dans la zone Euro. La BCE devrait prendre encore davantage son temps, d’autant que l’inflation sous-jacente reste encore sous contrôle (à 1,6 % contre 0,7 % en juillet). Ainsi, au cours de sa réunion de politique monétaire, la BCE pourrait donner davantage de détails sur le rythme futur de ses achats d’actifs sans toutefois confirmer la date de la fin du programme PEPP en mars 2022.

Elle a d’autant plus de raisons de patienter que les signaux de ralentissement n’ont cessé de se multiplier, notamment en provenance de la Chine. Ce qui est corroboré par le recul de l’indicateur avancé PMI dans l’industrie à l’échelle globale, à un plus bas niveau de six mois (à 54,1 points en août), pénalisé particulièrement par les conséquences des fermetures dans des ports importants en Chine. La BCE devrait encore moins se précipiter si elle souhaite mettre fin à la nouvelle phase d’appréciation de l’euro.

En effet, après avoir connu un point bas à la mi-août (à 1,168 dollar), le billet vert n’a cessé de regagner du terrain par rapport au billet vert. Certes, la devise américaine a pâti de la baisse d’appétit pour les valeurs refuges. La monnaie unique a été aidée par la publication d’un taux d’inflation plus élevé que prévu, ce qui a fait craindre un durcissement prématuré de la BCE. Mais c’est surtout le rebond de l’activité depuis la levée des mesures de confinement qui a soutenu la devise européenne. Dans la mesure où il reste encore beaucoup de chemin à recouvrer, la reprise de la consommation va booster l’activité dans les prochains trimestres. Ce scénario va être de plus en plus conforté par la montée en puissance de la campagne de vaccination puisque les Etats seront de moins en moins enclins à recourir à des confinements stricts.

Karamo KABA, Directeur de recherche économique