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INFO PARTENAIRE

Les dividendes et rachats d’actions programmés en 2021 font fi de la pandémie

DR Steve Buissinne/Pixabay

Un des nombreux principes de l’investissement socialement responsable (ISR) est le traitement équitable des parties prenantes. Par exemple, si une baisse de l’activité génère du chômage partiel - voire des licenciements - un principe sain consiste à limiter également le dividende versé par l’entreprise.

En effet, si celui-ci reste fixé indépendamment du résultat, pratique récurrente de quelques entreprises, le coût du risque est supporté beaucoup plus par le salarié que par l’actionnaire. L’an dernier, deux tiers des entreprises du CAC 40 ont maintenu le versement de leur dividende au niveau de 2019.

On estime que la pandémie a entrainé une renonciation à une vingtaine de milliards d’euros de dividendes et de rachats d’actions à comparer aux 42 milliards qui y ont été consacrés en 2020. Une minorité d’entreprises contraintes par l’État (les banques, certaines entreprises dont l’État est actionnaire direct, celles qui avaient bénéficié du soutien direct des pouvoirs publics comme Renault ou Air France) les ont supprimés ou réduits. Mais dès cette année, les dividendes et rachats d’actions vont repartir à la hausse : 43,7 milliards d’euros de dividendes et 7,3 milliards d’euros d’autorisation de rachats d’actions devraient être approuvés avant l’été par les assemblées générales des grands groupes français.

Cette somme a pourtant été contrainte par la limitation des autorités monétaires européennes au versement des dividendes des banques (BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale). Sans cela, la somme record de 64,7 milliards d’euros consacrée aux dividendes et rachats d’actions par les entreprises du CAC 40 aurait été vraisemblablement approchée. En 2021, les plus gros distributeurs seront Total (7,6 milliards d’euros, malgré une perte nette sur l’année de 7,2 milliards), Sanofi (4,8 milliards), Axa (3,7 milliards), LVMH (3 milliards) et Vivendi (2,8 milliards). Les entreprises du CAC 40 ont réalisé un bénéfice net cumulé de 36,9 milliards en 2020, soit une baisse de 55 % par rapport à 2019.

Rapporté aux dividendes et rachats d’actions, les grands groupes français ont donc distribué aux actionnaires l’équivalent de 140 % de leurs profits annuels. Trois entreprises vont verser des dividendes en 2021 malgré des pertes comptables (Engie, Société Générale, Total). D’autres vont consacrer aux dividendes et rachats d’actions l’équivalent de 3 fois (Saint-Gobain), 5 fois (Veolia) ou même 13 fois (EssilorLuxottica) leurs profits. N’accablons cependant pas le seul CAC 40. Les cinq plus grandes compagnies pétrolières mondiales (ExxonMobil, Chevron, BP, Shell et Total) ont versé 49,9 milliards de dollars de dividendes en 2020, selon une étude de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) alors que leurs activités d’extraction et de distribution d’hydrocarbures n’ont généré que 20,5 milliards de dollars de « free cash flow ».

Ce différentiel entre leurs flux de trésorerie et leurs dividendes n’était que d’un peu plus de 10 milliards de dollars en 2019 et sur les dix dernières années, leurs versements de dividendes ont atteint 561 milliards de dollars, pour des « free cash flow » de seulement 325 milliards de dollars. Pour tenter de juguler ces comportements peu soutenables, la politique de vote et d’engagement d’Ecofi impose une limite de 80 % à la moyenne du « pay out ratio » sur 3 ans (rapport du dividende sur le résultat net).

François LETT, Directeur du département éthique et solidaire