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Le pétrole, nouvelle victime des investisseurs ?

©DR_Shutterstock/Maksim Safaniuk

Les temps sont durs pour les compagnies pétrolières : forte baisse de la demande en raison de la Covid, chute du prix du pétrole (-75% depuis 2014), dépréciation d’actifs, mise au ban par un nombre croissant d’investisseurs verts... Les résultats 2020 des majors pétrolières américaines reflètent ce changement de paradigme des énergies fossiles.

BP a ainsi enregistré une perte de plus de 20 milliards de dollars, essentiellement due à la dépréciation d’actifs enregistrée cette année (les fameux « stranded assets » représentant 16 milliards), et aussi à la baisse du prix du baril. En 2019, le bénéfice s’élevait à 4 milliards de dollars. L’américain ExxonMobil a subi quant à lui des pertes encore plus énormes de plus de 22 milliards de dollars en 2020.

L’année 2021 s’annonce encore pire pour les compagnies pétrolières. Touchées de plein fouet par la crise sanitaire et économique, elles se retrouvent confrontées à une pression de plus en plus forte des investisseurs pour transformer leur modèle. Fait nouveau et hautement symbolique, l’agence de notation financière Standard & Poor’s va passer en revue les majors pétrolières, pour la première fois sous l’angle du risque climatique. « Le secteur du pétrole et du gaz fait face à de nombreuses incertitudes, ce qui nous a amené à prendre une position de long terme sur ce secteur, même si la demande ne va pas baisser tout de suite. », a proclamé Karl Nietvelt, Directeur de la recherche infrastructures et énergie de S&P. Treize grands groupes, dont Total, ExxonMobil, Shell et Chevron, ont été placés en perspective négative par l’agence de notation avec 50% de probabilité de voir une dégradation de leur note de crédit.

Sous la pression des investisseurs, et notamment de fonds activistes, Darren Woods, le PDG d’Exxon, a annoncé un renforcement très modéré de sa stratégie bas carbone. Il prévoit de réduire les émissions de ses activités de 20% en 2025 au lieu des 15% initialement annoncés, mais en s’appuyant principalement sur la capture de carbone dont on connaît le rejet par les populations avoisinantes. Darren Woods continue cependant de marteler que « le monde ne peut pas atteindre ces objectifs sans la technologie de capture et stockage du carbone. » La firme texane a ainsi créé une nouvelle filiale, ExxonMobil Low Carbon Solutions, pour accélérer la commercialisation de ces technologies et prévoit d’investir 3 milliards de dollars d’ici 2025 dans ce secteur.

Les investisseurs ne demeurent pas inactifs. Par exemple, le fonds souverain norvégien, a terminé la cession de toutes ses participations dans des entreprises pétrolières et gazières. Cette stratégie de désinvestissement a été mise en place il y a quelques années par le Government Pension Fund Global, afin de réduire son exposition aux énergies fossiles.

Les assemblées générales 2021 des majors pétrolières devraient, cette année encore, se révéler particulièrement tendues, avec des actionnaires responsables exigeant une accélération de leur transformation et des compagnies jouant sur la procrasti- nation. Chez BP, l’ONG Follow This a ainsi déjà déposé une résolution sur le climat, sans l’accord du management, en contradiction avec les annonces initiales. La première réponse des pétroliers américains, affichant toujours l’objectif court-termiste de préserver les dividendes, réside en la vente d’actifs et la diminution de leurs effectifs d’environ 15%. L’autre tendance qui commence à faire frémir les marchés est une très probable consolidation du secteur. Selon le Wall Street Journal, des dis- cussions de fusion ont déjà eu lieu entre Exxon et Chevron, même si elles semblent suspendues pour le moment. Le 9 février prochain, ce sera au tour de Total d’annoncer ses résultats. Patrick Pouyanné, son PDG, est très attendu pour un engagement vers un modèle de développement moins carboné et plus durable.

François LETTDirecteur du département éthique et solidaire