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Le début de la fin ?

© Shutterstock / everything possible

Après la passionnante séquence politique américaine, la pandémie de la Covid-19, qui ne donne aucun signe de répit, est vite revenue sur le devant de la scène. L’accélération des nouveaux cas aux Etats-Unis dans de grandes villes comme New- York (restriction de circulation) ou Chicago (confinement de 30 jours) fait craindre une réintroduction de mesures de confinement semblables à celles de l’Europe. Dans certains pays comme l’Italie, où la situation semble hors de contrôle dans plusieurs régions, il est même question de durcir les mesures initiales, avec toutes les conséquences négatives que cela implique sur les perspectives.

On comprend alors le soulagement des investisseurs après l’annonce par le consortium Pfizer-BioNTech d’un vaccin potentiel affichant un taux d’efficacité de 90%. Les secteurs les plus sévèrement impactés par la Covid-19 (tourisme, compagnies aériennes, banques, etc.) ont largement surperformé, d’autant que d’autres vaccins expérimentaux sont annoncés (Moderna, Sanofi, AstraZaneca, Institut Pasteur...). Cela a permis aux indices actions européens (+7,6% pour l’EuroStoxx 50) de rattraper une partie du retard accumulé sur les indices américains (+4,1% pour le Dow Jones) depuis le début de la crise sanitaire. L’espoir d’un vaccin à court terme est en effet de nature à alimenter l’optimisme quant aux perspectives de croissance.

Cependant, en regardant de plus près, on s’aperçoit qu’en plus des appréhensions des citoyens à se faire vacciner, les contraintes liées à ce vaccin expérimental (conservation à une température de –72° C, coût élevé) ainsi que d’autres interrogations (date d’approbation par la FDA, début des vaccinations, période d’efficacité, etc.) éloignent le scénario d’un retour rapide « à la normale ».

C’est ce que ressentent les ménages américains qui ont vu leur moral chuter en novembre (-4,8 points, à 77 points pour l’indicateur de l’Université du Michigan) avec un plongeon de la composante liée aux anticipations (-7,9 points) malgré les améliorations notables sur le marché du travail. A l’image des ventes au détail d’octobre qui vont être publiées cette semaine, il faut s’attendre à une généralisation de cette morosité au cours des prochains mois.

En effet, dans plusieurs pays européens, en dépit des aides, le marché du travail n’est pas au beau fixe. On a ainsi vu en septembre le taux de chômage bondir en France (+1,8 point, à +8,8%) et la production industrielle ressortir à un niveau très décevant. A l’image de la chute des enquêtes Zew en Allemagne et dans la zone Euro, une nouvelle accélération du rythme de progression du PIB, semblable à celle du 3ème trimestre (+12,6%, révisé à la baisse) n’est pas à l’ordre du jour. Cela peut expliquer pourquoi, après un envol suite à l’annonce de Pfizer, les rendements des emprunts souverains se sont assagis. Au final, après avoir frisé le seuil de 1%, le rendement du taux à 10 ans américain s’est établi à 0,90% en fin de semaine, soit une appréciation tout de même de 8 points de base (pbs). Ce contexte favorable à la prise de risque peut aussi s’expliquer par l’issue de l’élection présidentielle américaine. Les rendements dans la zone Euro ont également progressé, notamment en Allemagne (+7 pbs, à -0,55% pour le 10 ans) et en France (+5 pbs, à -0,30% pour le 10 ans). Les pays périphériques (Espagne : +2 pbs, à 0,12% ; Italie : +2 pbs, à 0,63%) ont surperformé, aidés par les avancées sur une ratification par les différents parlements nationaux.

Les investisseurs sont également persuadés que la Banque centrale européenne va intervenir à nouveau en décembre. Cela est peut-être lié à l’imminence de la fin des négociations entre le Royaume-Uni et les 27 sur le Brexit, surtout si elles devaient déboucher sur une absence d’accord commercial (« no deal »). Ce scénario semble avoir beaucoup perdu en épaisseur récemment, notamment après le départ de Dominic Cummings, principal conseiller de Boris Johnson. Ce dernier, fragilisé par l’élection de Joe Biden, une situation économique peu favorable et une gestion discutable de la pandémie, ne peut plus jouer la stratégie du pire, à savoir un « no deal ». De difficiles négociations auront lieu mais nous pensons que les deux parties finiront par faire des compromis pour arriver rapidement à un accord, afin de laisser le temps suffisant aux différents parlements pour légiférer avant l’échéance du 31 décembre 2020. Dans ces conditions, la livre sterling (+0,39% contre le dollar) s’est illustrée sur la semaine. Et l’euro, après avoir frisé le seuil de 1,19 dollar, a fini la semaine en recul (-0,27% à 1,18440 $).

Karamo KABADirecteur de la recherche économique