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INFO PARTENAIRE

La guerre qui venait du froid

©DR_Pixabay/Joa70

Avec l’intervention de la Russie en Ukraine, c’est le retour de la guerre en Europe. Cet affrontement en rappelle immanquablement un autre, entre blocs : la guerre froide. Mais aujourd’hui, la guerre est d’une actualité brûlante, une réalité, en Ukraine.

Le 24 février, la Russie a donc lancé une offensive militaire contre l’Ukraine. Si une opération militaire russe était redoutée, la majorité des analystes ne pensait pas qu’elle interviendrait aussi vite après la reconnaissance des régions séparatistes pro-russes de Donetsk et Louhansk. Une attaque massive pour soumettre l’Ukraine sur plusieurs fronts (nord-est-sud) était encore moins attendue. C’est pourtant ce qui s’est passé. Face à cette action, la communauté internationale a mis en place des mesures de rétorsion économiques, financières et territoriales.

La Russie avait probablement anticipé des sanctions en augmentant ses réserves de change et ses stocks d’or. Elle avait probablement imaginé que la dépendance au gaz de l’Allemagne servirait de bouclier pour limiter la réaction européenne ; mais ce n’est pas ce qui s’est passé. C’est même l’effet inverse qui s’est produit, avec une unanimité des 27 ! Moscou devait s’attendre à une bienveillance de la Chine (qui en s’abstenant à l’ONU ne donne pas son aval) et de la Turquie (qui bloque l’accès à la mer Noire). Mais la nature des sanctions annoncées est sans commune mesure avec celles mises en place depuis plusieurs années (notamment 2014 et l’annexion de la Crimée).

Les pressions de la communauté internationale visent à asphyxier l’économie russe par une exclusion des entreprises russes du système de règlement des échanges (Swift), par le gel des avoirs de personnalités du premier cercle de Vladimir Poutine, mais surtout par le gel des avoirs de la banque centrale de Russie placés en Occident.

Le rouble et la bourse de Moscou se sont effondrés.

Face à ces actions fortes de la communauté internationale, la Russie met ses forces nucléaires en alerte, probablement en réaction à l’Allemagne qui se réarme et qui annonce livrer des armes à l’Ukraine ; d’autres pays réputés non alignés comme la Suède et la Finlande se rapprochent d’une adhésion à l’OTAN, précisément ce que voulait éviter Vladimir Poutine pour l’Ukraine.

Au-delà de l’Ukraine et des Ukrainiens, qui vivent une tragédie, la probabilité d’un affrontement entre l’OTAN et la Fédération de Russie augmente dramatiquement, en raison du soutien actif de l’OTAN et de l’UE à l’armée ukrainienne.

Cette guerre, au centre de l’Europe, va pénaliser l’économie mondiale et nourrir une vague d’inflation significative en raison de la pénurie de matières premières (on pense au gaz, aux métaux – aluminium, palladium, titane) et de denrées agricoles (blé). Même si les banques centrales peuvent agir, la croissance mondiale pourrait être amputée de 0,5 % à 1 %. En effet, dans une économie globalisée, la hausse des prix de l’énergie et les pénuries de matières premières vont durablement peser sur la production. Au-delà des effets directs sur les entreprises exposées à la Russie (pour la France, on pense à Renault, Danone, Auchan, Schneider Electric, Total Energies ou encore la Société Générale), des effets de second tour sont à attendre. Les secteurs aérien, aéronautique, automobile, énergétique, agro-alimentaire voire bancaire sont appelés à souffrir.

En conclusion, il est difficile d’entrevoir un cessez-le-feu sur la base de la raison, les actifs financiers sont donc amenés à fluctuer de manière erratique, avec une forte volatilité. La liquidité doit être privilégiée à court terme. Les effets sur les Etats, les entreprises et les ménages seront durables

Olivier GUILLOU Directeur de la gestion