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INFO PARTENAIRE

La Fed commence à changer de discours...

DR Gerd Altmann/Pixabay

Il y a comme un début de changement de ton à la Réserve fédérale (Fed) aux Etats-Unis... La récente accélération de l’inflation (+5% en mai et +4,2% en avril) aura finalement eu raison de la patience de la Fed.

Certes, rien ne change à court terme puisque l’institution monétaire américaine va continuer sa politique d’achat d’actifs à hauteur de 120 milliards de dollars par mois. Mais les investisseurs ont vu rouge après la publication des prévisions de taux directeurs des membres de la Fed. Alors que, en mars dernier, aucun relèvement n’était attendu avant 2024, la médiane des projections montre maintenant que les dirigeants de la Banque centrale s’attendent à deux mouvements d’ici fin 2023.

Pire, comme l’a confirmé le patron de la Fed de Saint-Louis, James Bullard, dans une interview télévisée. Il se pourrait même que l’on n’ait pas à attendre aussi longtemps puisque le nombre de participants qui souhaitent voir les taux remonter dès cette année est passé de 4 à 7 (sur 18 membres). Même si le Président Powell a minimisé la portée de ces projections (« dot plot »), toujours est-il que leur onde de choc sur les marchés a été considérable, à l’image des importants reculs enregistrés par les valeurs liées aux secteurs bancaire, automobile ou de l’énergie. Les investisseurs ont particulièrement mal accueilli le fait que la Fed ait confirmé – avant d’avoir commencé à débattre – la nécessité de réduire l’ampleur de sa stimulation monétaire au cours des prochains mois.

Dans ces conditions, les indices américains ont particulièrement souffert (Dow Jones : -3,6%, à 33 265 points ; S&P 500 : -2,15%, à 33 265 points) et ont entraîné dans leur chute les autres places boursières. En effet, il n’y a pas qu’aux Etats-Unis où le biais accommodant des politiques monétaires est en train de se réduire. On a noté un changement de discours au niveau de plusieurs banques centrales entre ceux qui agissent tout de suite (Brésil) et ceux qui promettent des durcissements prochainement (Norvège, Canada et Nouvelle-Zélande). Ainsi, le CAC 40 a cédé du terrain (-0,5%, à 6 569 points), une surperformance par rapport aux indices américains qui peut s’expliquer par l’excellente performance du secteur du luxe.

De façon intuitive, la hausse de l’aversion pour le risque a profité aux marchés obligataires souverains, ce qui s’est traduit par un aplatissement de la courbe des taux sur la semaine aux Etats-Unis (-2 points de base - pbs - à 1,4431% pour le taux à 10 ans). Il faut dire que certaines enquêtes économiques ont clairement déçu, à l’image des ventes au détail (-1,3% en mai contre -0,8% attendu par le consensus) ou de la hausse du nombre des nouvelles inscriptions au chômage (passant de 375 000 à 412 000). Nous ne pensons pas cependant que ces contre-performances soient de nature à remettre en cause le scénario d’accélération du PIB.

D’ailleurs, la Fed a fortement revu à la hausse ses prévisions d’activité pour 2022 (de 6,5% il y a 3 mois à 7%) et d’inflation (de 2,4% en mars à 3,4%). A l’opposé, le « flight to quality » a été particulièrement préjudiciable aux titres italiens (-13 pbs, à 0, 8744% pour le 10 ans), espagnols (+10 pbs, à 0,46%) ou portugais (+9 pbs, à 0,44%), ce qui a contribué à l’écartement des spreads avec l’Allemagne (+7 pbs, à -0,1990%). L’anticipation d’un prochain changement de conduite de la politique monétaire américaine a fait plusieurs autres victimes.

L’euro a subi un sérieux revers (-2,05, à 1,18736 dollar) malgré de bons chiffres de la production industrielle (+0,8% en avril) et d’un excédent commercial positif (+ 9,4 milliards d’euros en avril contre 18,3 milliards d’euros en mars). L’or (-5,1% sur la semaine) a également particulièrement souffert, tout comme le reste des métaux industriels. Le cuivre par exemple (-9,2% sur la semaine) a pâti de la décision de la Chine de puiser ses réserves stratégiques pour calmer l’envolée des prix. Le pétrole a échappé à cette correction, soutenu par les révisions à la hausse de l’activité globale qui dopent la demande. Du côté de l’offre, le pétrole iranien tarde à venir. La fin de l’élection présidentielle iranienne est de nature à pouvoir accélérer les négociations avec les Américains sur le dossier du nucléaire. Cependant, il n’est pas certain que l’élection de Ebrahim Raïssi, qui fait l’objet de sanctions américaines, arrange les choses...

Karamo KABA, Directeur de recherche économique