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Joe Biden s’est fait désirer...

© Shutterstock / Matt Smith Photographer

Au terme d’une attente interminable, c’est finalement Joe Biden qui présidera les destinées des Etats-Unis pour les quatre prochaines années.

Même si rien n’est définitif du fait des recours judiciaires introduits par les avocats de Donald Trump, le scénario du pire semble évité. D’où un énorme soulagement sur les marchés financiers qui s’est traduit par un écroulement de la volatilité (-13,2% pour le VIX, à 24,9 points) et par une forte hausse des places boursières. Les indices S&P 500 et Dow Jones ont ainsi gagné respectivement 7,3% et 6,9% sur la semaine, facilitant l’envol des marchés européens (EuroStoxx 50 : +8,25%).

Cette meilleure performance hebdomadaire depuis avril 2020 des indices salue également l’absence de « vague bleue ». On voit mal en effet comment le Sénat, s’il restait aux mains des Républicains, se renierait de ce qu’il a fait ces quatre dernières années en durcissant la règlementation ou en votant des hausses d’impôts. Tous les regards sont désormais tournés vers la Caroline du Nord et surtout vers la Géorgie où deux élections sénatoriales, qui se tiendront le 5 janvier 2021, pourront faire basculer le Sénat.

Dans tous les cas, l’explosion des cas de Covid-19 rend indispensable une nouvelle stimulation budgétaire pour limiter les dégâts. En dépit de l’amélioration indéniable des créations de postes (+638 000 postes supplémentaires en octobre, bien plus que les 580 000 attendus par le consensus) et du taux de chômage (passé de 7,9% en septembre à 6,9% en octobre), le marché du travail reste en perte de vitesse si l’on se fie à l’évolution de l’indicateur avancé PMI dans les services. En effet, malgré six mois d’amélioration, le marché du travail se trouve encore en deçà de 6,5% de son niveau de février dernier. De plus, le nombre de personnes au chômage de longue durée (plus de 27 semaines), passé de 2,4 millions en septembre à 3,6 millions en octobre, est revenu à un pic inégalé de 6 ans. Au final, près de 21,5 millions de personnes étaient éligibles à une allocation-chômage à la mi-octobre, soit un niveau 15 fois supérieur à la même période l’an dernier.

Selon toute vraisemblance, les dépenses des consommateurs devraient prochainement marquer le pas, à l’image de la zone Euro. Ainsi, les ventes au détail ont reculé de 2% en septembre, avant les mesures de reconfinement, avec de forts reculs en Belgique (-7,4%), en France (-4,4%) et en Allemagne (-2,2%). Nous avons donc abaissé nos prévisions de croissance pour tenir compte de ces réalités. Nous pensons également que l’indicateur avancé PMI global devrait prochainement se rapprocher de la zone de contraction. Cette dégradation serait due au secteur des services qui reculerait après avoir atteint un plus haut de 19 mois (+0,9 point, à 52,9) suite à l’aggravation de la crise sanitaire aux États-Unis et en Europe.
La baisse de l’aversion au risque s’est traduite dans un premier temps par une forte hausse des rendements sur les marchés obligataires. Le taux à 10 ans amé- ricain, après avoir failli dépasser le seuil de 0,90% au jour de l’élection, a terminé la semaine sur une bonne note (-4 points de base - pbs - à 0,82%). Les rendements européens ont sous-performé (Allemagne : +1 pb, à -0,62%) malgré l’annonce par Moody’s du relèvement de la note de la Grèce. Cela peut s’expliquer par la baisse des prévisions de la Commission européenne qui voit désormais la croissance s’éta- blir à 4,2% en 2021 contre +6,1% initialement prévu. Cette prévision nous semble encore trop haute compte tenu de la vigueur de la « seconde vague ».

Sur la scène des changes, le dollar a souffert de la baisse de l’aversion au risque. L’euro a été une des principales devises gagnantes contre le billet vert (+2,04%, à près de 1,19 $). De plus, la victoire de Joe Biden renforce l’Union européenne dans les négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit. En effet, à l’inverse de Donald Trump qui était prêt à signer un traité de libre-échange avec le Royaume-Uni, le président-élu américain, d’origine irlandaise, est très hostile au Brexit. Pendant la campagne il a dit qu’il n’y aurait pas d’accord commercial sans respect des dispositions sur l’Irlande du Nord. Cela revient à demander aux Britanniques de trouver un terrain d’entente avec les 27 pour éviter un « no deal ». Le yuan aussi s’est apprécié contre le dollar après les résultats des élections, avec l’anticipation d’une décrue de la tension entre les deux pays.

Karamo KABADirecteur de la recherche économique