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Georgia in my mind

DR ©Shutterstock / taniascamera

Peut-être que l’imminence des deux élections sénatoriales - cruciale en Géorgie, où les deux candidats républicains sont donnés perdants par les derniers sondages a poussé la majorité républicaine au Sénat à donner son accord à un nouveau plan de relance. Rappelons juste qu’en cas de succès, les deux partis seraient à égalité, mais le parti démocrate prendrait toutefois le contrôle, la future vice-présidente Kamala Harris devenant automatiquement présidente de la chambre haute.

Cela faciliterait la tâche du prochain président pour faire passer ses priorités législatives, notamment concenant la hausse de la fiscalité pour les plus aisés et la mise en place de son programme pour la transition énergétique et environnementale de 2 000 milliards de dollars.

Certes, le montant de l’enveloppe (892 Mds$) est plus bas qu’anticipé, mais cela va apporter une bouffée d’oxygène aux entreprises et aux ménages. Ces derniers ont commencé à recevoir des chèques pouvant atteindre 600 dollars, de quoi améliorer la confiance des ménages (-4,3 points, à 88,6 en décembre) et le revenu personnel qui s’est fortement contracté (-1,1% en novembre contre -0,3% attendu par le consensus). Ces reculs peuvent s’expliquer selon le Bureau of Economic Analysis (BEA) par la baisse des transferts étatiques que la hausse des salaires n’a pas réussi à compenser.

On comprend donc le soulagement des investisseurs après la promulgation de la Loi, ce qui a facilité la poursuite de la remontée des indices boursiers (S&P 500 : +0,6%, à 3 756,07 points), en dépit d’une situation épidémiologique préoccupante. La prise de risque a aussi été facilitée en Europe (EuroStoxx 50 : +0,3%, à 3 553 points) par l’accord trouvé concernant le Brexit. Ainsi, depuis le 1er janvier, le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne (UE), ce qui l’autorise à s’affranchir des règles de l’Union. Un accord a toutefois été conclu, permettant d’éviter le scénario tant redouté d’une sortie sans accord (« hard Brexit ») ou la
mise en place de quotas ou de droits de douane. L’évolution des indices anglais (FTSE 100 : -0,6%, à 6 461 points) traduit cependant une certaine perplexité de la part des investisseurs. En effet, d’une part, le secteur financier, pesant pour près de 10% du PIB, est exclu de l’accord commercial, ce qui a fait perdre aux entreprises de ce secteur le « passeport européen » leur permettant de proposer sans contrainte leurs services dans l’UE. D’autre part, malgré l’absence de frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, l’accession à la Maison Blanche de Joe Biden risque de revoir à la baisse les ambitions de Boris Johnson sur la mise en place d’un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Enfin, les divisions politiques au sein du Royaume-Uni vont s’intensifier, en particulier du côté de l’Ecosse, qui va demander un référendum d’autodétermination pour revenir à terme dans l’UE.

Le soulagement l’emporte tout de même, ce qui a permis aux taux anglais d’afficher les meilleures performances, à l’image du taux à 10 ans (-6 points de base – pbs – sur la semaine, à 0,20%), loin devant son comparable américain (-2 pbs sur la semaine, à 0,91%). Une remontée du T-Bond américain au-delà du seuil de 1% n’est pas à exclure en cas d’alternance dans le contrôle du Sénat. L’agenda du Président Biden, plus budgétivore que celui d’une administration républicaine, pourrait également creuser le déficit. Ce n’est pas un hasard si la cryptomonnaie Bitcoin a dépassé pour la première fois le cap des 33 000 dollars, après son bond spectacu- laire de près de 30% sur la semaine. Ce rebond des taux américains serait cependant temporaire compte tenu de l’évolution de la crise sanitaire et de ses conséquences néfastes attendues dans les prochaines semaines.

Dans ces conditions, le dollar a poursuivi sa tendance baissière (-0,43% sur la semaine, à 89,937 points). Pourtant, grâce à des contributions meilleures qu’attendu de la consommation des ménages et de l’investissement, le BEA a revu à la hausse sa prévision du PIB au 3ème trimestre, dont le rythme de croissance est passé de 33,1% en deuxième esti- mation à 33,4% en troisième estimation. La livre sterling figure parmi les meilleures performances contre le dollar (+1,03% sur la semaine, à 1,36733 dollar). L’euro aussi a engrangé des gains contre le billet vert (+0,3% à 1,22167 dollar). Si cette appréciation de la monnaie commune se poursuit, elle pourrait nuire au rebond de la croissance européenne en 2021. Les devises liées aux matières premières se sont appréciées avec le rebond du pétrole (+1,9% pour le Brent sur la semaine, à 48,5200 dollars).

Karamo KABADirecteur de la recherche économique