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Alerte sur les coûts cachés du plastique !

©DRDarkmoon_Art/Pixabay

Le plastique est devenu un matériau incontournable, mais sa production, son utilisation et son élimination ont d’innombrables répercussions négatives sur la société.

En raison de son prix apparemment bon marché et de ses multiples usages, la production de plastique a presque doublé au cours des deux dernières décennies. En corollaire, plus de 11 millions de tonnes de plastique se déversent dans l’océan chaque année. La pollution des océans menace la vie marine, nuit à la fourniture de services écosystémiques et endommage des secteurs économiques clés comme la pêche et le tourisme.

Ces impacts génèrent des surcoûts importants non pris en compte dans son prix de marché : le coût du plastique produit en 2019 sur l’ensemble de sa durée de vie serait d’au moins 3 700 milliards de dollars, soit presque la valeur du PIB de l’Allemagne. Le plastique semble être un matériau relativement bon marché si l’on se cantonne au prix du plastique vierge (1 000 dollars par tonne). Cependant, ce prix ne tient pas compte de l’ensemble des coûts générés tout au long de son utilisation. Par exemple, le coût des émissions de Gaz à effet de serre (GES) de l’ensemble du cycle de vie du plastique s’élève à plus de 170 milliards de dollars.

En outre, collecter, trier, éliminer et recycler les énormes quantités de déchets plastiques produits rien qu’en 2019, a coûté plus de 30 milliards de dollars. Le plastique met des centaines - voire des milliers d’années - à se dégrader complètement et, à mesure qu’il se dégrade, il se décompose en particules de plus en plus petites, ce qui rend difficile sa récupération et son élimination dans l’environnement. Le WWF estime que le coût réel du plastique serait ainsi dix fois supérieur à son coût de production.

Dans le même temps, le manque de données ne permet pas d’estimer le coût de la totalité des impacts négatifs du plastique, de sorte que le coût réel sur toute la durée de sa vie est encore plus élevé que les estimations actuelles ne le laissent entendre. Si aucune mesure significative n’est prise, la production de plastique devrait plus que doubler d’ici 2040 et la pollution plastique dans l’océan tripler. À cette date, le plastique représenterait jusqu’à 20% de l’ensemble du budget carbone mondial et accélérerait la crise climatique.

Le plastique est transfrontalier par nature, le cycle de vie d’un article étant réparti entre plusieurs pays. L’extraction des matières premières a souvent lieu dans un pays, la transformation en produits plastiques dans un autre, la consommation encore dans un autre et la gestion des déchets dans un autre... La pollution plastique n’est pas non plus limitée par les frontières nationales, car elle migre via les courants d’eau et d’air et se dépose au fond de la mer. Par conséquent, une réponse mondiale est nécessaire pour faire face à la crise du plastique. Toutefois, il n’existe actuellement aucun instrument visant spécifiquement à prévenir la pollution marine par les plastiques ou à s’attaquer au plastique tout au long de son cycle de vie.

Face à ces défis, la société civile, les entreprises et les institutions financières appellent de plus en plus à l’établissement d’un nouveau traité mondial sur la pollution plastique marine. Soixante-quinze entreprises de premier plan, issues de l’ensemble de la chaîne de valeur du plastique, ont approuvé l’appel des entreprises en faveur d’un traité des Nations-Unies sur la pollution plastique. Fait positif, en août 2021, une majorité des États membres de l’ONU (104 pays) ont explicitement appelé à un nouvel accord mondial. Mais pour qu’un nouveau traité soit établi, les gouvernements devront entamer les négociations par l’adoption d’un mandat de négociation officiel lors de la 5ème session de l’Assemblée des Nations-Unies pour l’environnement en février 2022.

François LETT, Directeur du département éthique et solidaire