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14 mois chrono pour Draghi

©DR/Shutterstock/Alexandros Michailidis

C’était devenu presque inévitable. Mais on voyait mal comment la Commission européenne pouvait encore ne pas abaisser sa prévision de croissance pour la zone Euro. D’une progression initiale de 4,2%, la Commission s’attend désormais à voir le PIB croître de 3,8% en 2021 avec le renforcement des mesures de confinement.

Cependant, à y regarder de plus près, le tableau dépeint par l’institution européenne semble plus optimiste qu’il n’y paraît. En effet, après une entrée en récession au premier trimestre (-0,9% après déjà -0,7% au 4ème trimestre 2020), l’activité devrait commencer à accélérer dès le deuxième trimestre sous l’effet de l’allègement des mesures sanitaires et de la montée en puissance de la campagne de vaccination. Avec un acquis de croissance plus important en fin d’année, la prévision pour 2022 a ainsi été revue à la hausse, passant de 3% à 3,8%. En termes géographiques, les révisions ont davantage concerné les pays les plus frappés par la pandémie comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Mais la Commission s’attend néanmoins à un regain de forme en cas de déblocage à partir du deuxième semestre des versements du plan de relance « Next Generation EU » de 750 milliards d’euros. C’est peut-être une des raisons de l’enthousiasme des investisseurs à la nomination de Mario Draghi en Italie, principal récipiendaire de ces aides.

Ainsi, une fois le gouvernement formé, ce dernier pourra se mettre au travail pour transmettre à Bruxelles, d’ici le 30 avril 2021, la liste de ses dépenses détaillées. Ce plan italien devra comprendre en majorité des objectifs environnementaux et de digitalisation (respectivement pour au moins 37% et 20% du total des dépenses). Cela s’est traduit par une poursuite de la surperformance des actifs italiens, avec notamment le rendement du taux à 10 ans qui est revenu à un plus bas niveau historique (à 0,48%, soit -6 points de base - pbs - sur la semaine). D’où une nouvelle contraction du spread avec l’Allemagne, revenu à 94 points de base. Les investis- seurs semblent accorder beaucoup de crédit au nouveau premier ministre italien, surtout que ce dernier est assuré d’une large majorité. Cela sera-t-il suffisant pour guérir les maux dont souffre la Péninsule depuis de nombreuses décennies (vieillissement démographique, baisse de la productivité, dette) ? Pas sûr, d’autant qu’avec l’approche des prochaines élections législatives de 2023, cette grande coalition risque de voler en éclat. A moins que d’ici là Mario Draghi ait troqué son poste de premier ministre pour celui de président, en remplacement de Sergio Mattarella en avril 2022. Dans tous les cas, l’heure n’est pas à l’austérité budgétaire, ce qui va fortement peser sur l’endettement du pays, forçant la Banque centrale européenne (BCE) à garder le biais accommodant de sa politique pendant très longtemps.

La tâche de la BCE sera facilitée par la faiblesse de l’inflation. Ainsi, même si nous nous attendons à une accélération à court terme des prix, notamment au niveau des services, celle-ci aura avant tout un côté temporaire. Aux Etats-Unis, comme attendu, les prix sont ressortis en hausse de 0,3% en janvier (+0,2% en décembre et en novembre) sous l’effet d’un bond de la composante énergétique (+3,5%, dont +7,4% pour l’essence). Même si certains investisseurs commencent à redouter les effets sur l’inflation de la volonté des Démocrates de doubler le salaire minimum, le portant de 7,25 dollars l’heure à 15 dollars, la Fed a déjà indiqué qu’elle ne devrait pas changer sa politique monétaire de sitôt. En effet, bien que la situation semble s’améliorer sur le front de l’emploi, celle-ci va rester encore difficile si l’on se fie aux chefs de petites et moyennes entreprises (PME). En effet, outre le recul de l’indice NFIB (-0,9 point, à 95 en janvier) qui est ressorti à un plus bas de 8 mois, c’est la faiblesse du nombre de PME (8%) qui jugent le « moment opportun pour investir » qui frappe les esprits. Ce qui explique la dégradation de la confiance des consommateurs mesurée par l’Université du Michigan, au plus bas de 6 mois.

Le dollar a été pénalisé par ces chiffres économiques décevants, surtout le rapport d’inflation qui était plus faible que prévu. Son taux de change effectif s’est déprécié (-0,63%, à 90,423 points), notamment contre l’euro (+0,6% à 1,21203 dollar). Mais l’une des progressions les plus fortes a été enregistrée par la devise britannique (+0,94%, à 1,38689 dollar). La livre sterling a profité de l’accélération surprise de la croissance économique en fin d’année 2020 grâce à une contribution importante des stocks en vue du Brexit et des dépenses publiques. Le pétrole a bondi (+4,6% à 63,11 dollars) ce qui a profité aux devises liées aux matières premières.

Karamo KABADirecteur de la recherche économique